{"id":13988,"date":"2026-09-03T20:06:15","date_gmt":"2026-09-03T20:06:15","guid":{"rendered":"https:\/\/deliry.com\/?p=13988"},"modified":"2026-09-03T22:59:07","modified_gmt":"2026-09-03T22:59:07","slug":"essai-sur-les-grebes-de-france-histoire-et-statut-actuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/deliry.com\/?p=13988","title":{"rendered":"Essai sur les Gr\u00e8bes de France : histoire et statut actuel"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les gr\u00e8bes forment l&rsquo;une des familles d&rsquo;oiseaux aquatiques les plus singuli\u00e8res. \u00c0 premi\u00e8re vue, tout dans leur anatomie semble avoir \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 autour d&rsquo;une fonction : poursuivre des proies sous l&rsquo;eau. Le corps est fusel\u00e9, les pattes sont rejet\u00e9es tr\u00e8s loin vers l&rsquo;arri\u00e8re et les doigts, plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre r\u00e9unis par une palmure continue, portent de larges lobes ind\u00e9pendants qui s&rsquo;\u00e9cartent pendant la propulsion et se replient au retour du pied. Sur l&rsquo;eau, cette architecture produit des nageurs remarquablement efficaces. \u00c0 terre, elle devient un handicap : les gr\u00e8bes marchent difficilement et passent l&rsquo;essentiel de leur existence sur l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La famille des <em>Podicipedidae <\/em>compte aujourd&rsquo;hui une vingtaine d&rsquo;esp\u00e8ces distribu\u00e9es sur une grande partie du Monde. Elle est particuli\u00e8rement diversifi\u00e9e en Am\u00e9rique, mais plusieurs esp\u00e8ces appartiennent depuis tr\u00e8s longtemps aux avifaunes europ\u00e9ennes. En France m\u00e9tropolitaine, cinq esp\u00e8ces sont observ\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement ou irr\u00e9guli\u00e8rement : le Gr\u00e8be castagneux <em>Tachybaptus ruficollis<\/em>, le Gr\u00e8be hupp\u00e9 <em>Podiceps cristatus<\/em>, le Gr\u00e8be jougris <em>Podiceps grisegena<\/em>, le Gr\u00e8be esclavon <em>Podiceps auritus<\/em> et le Gr\u00e8be \u00e0 cou noir <em>Podiceps nigricollis<\/em>. \u00c0 celles-ci s&rsquo;ajoute un visiteur n\u00e9arctique exceptionnel, le Gr\u00e8be \u00e0 bec bigarr\u00e9 <em>Podilymbus podiceps<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une origine pr\u00e9historique encore imparfaitement connue<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant longtemps, la place des gr\u00e8bes dans l&rsquo;arbre g\u00e9n\u00e9alogique des oiseaux est demeur\u00e9e \u00e9nigmatique. Leur anatomie tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9e pour la plong\u00e9e avait conduit les zoologistes \u00e0 les rapprocher de diff\u00e9rents autres oiseaux aquatiques,  notamment les Plongeons. Les classifications modernes ont compl\u00e8tement transform\u00e9 cette vision. Les donn\u00e9es anatomiques puis mol\u00e9culaires ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une parent\u00e9 qui, au premier abord, para\u00eet extraordinaire : les plus proches parents actuels des gr\u00e8bes sont les flamants. Les Podicipediformes et les Phoenicopteriformes constituent ensemble un ensemble \u00e9volutif aujourd&rsquo;hui g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9 Mirandornithes. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 se trouvent donc des oiseaux plongeurs aux pattes rejet\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du corps ; de l&rsquo;autre, de grands oiseaux aux longues pattes dont l&rsquo;appareil buccal est transform\u00e9 en syst\u00e8me de filtration. La divergence morphologique entre les deux groupes est consid\u00e9rable, mais elle masque une histoire \u00e9volutive commune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette d\u00e9couverte permet \u00e9galement de comprendre l&rsquo;importance de certains oiseaux fossiles longtemps difficiles \u00e0 classer. Les <em>Palaelodidae<\/em>, notamment, poss\u00e9daient un m\u00e9lange \u00e9tonnant de caract\u00e8res. Tr\u00e8s abondants dans certains gisements europ\u00e9ens du C\u00e9nozo\u00efque, ils ne doivent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des gr\u00e8bes proprement dits, mais ils appartiennent \u00e0 l&rsquo;histoire ancienne du groupe r\u00e9unissant gr\u00e8bes et flamants. Les v\u00e9ritables <em>Podicipedidae<\/em> apparaissent clairement dans le registre fossile au Mioc\u00e8ne inf\u00e9rieur, il y a environ 18 \u00e0 16 millions d\u2019ann\u00e9es. Le plus ancien taxon formellement d\u00e9crit actuellement attribu\u00e9 aux Podicipediformes est <em>Miobaptus walteri<\/em>, d\u00e9couvert en R\u00e9publique tch\u00e8que dans des terrains du Mioc\u00e8ne inf\u00e9rieur. Des restes plus anciens, provenant de l\u2019Oligoc\u00e8ne du Kazakhstan ou de la limite Oligoc\u00e8ne-Mioc\u00e8ne en Australie, ont parfois \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9s des gr\u00e8bes, mais ils demeurent trop fragmentaires ou insuffisamment d\u00e9crits pour constituer des preuves aussi solides. Plus tard, au Mioc\u00e8ne sup\u00e9rieur, au Vall\u00e9sien, entre environ 11,1 et 8,7 millions d\u2019ann\u00e9es, vivait en Espagne <em>Thiornis sociata<\/em>. Son squelette presque complet, d\u00e9couvert dans les d\u00e9p\u00f4ts de Libros, dans la province de Teruel, constitue l\u2019un des fossiles de gr\u00e8bes les mieux conserv\u00e9s connus. L\u2019animal \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fortement sp\u00e9cialis\u00e9 pour la nage et la plong\u00e9e et pr\u00e9sente des caract\u00e8res qui le rapprochent des petits gr\u00e8bes actuels. Son \u00e2ge est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant : <em>Thiornis sociata<\/em> montre qu\u2019il y a au moins 9 millions d\u2019ann\u00e9es, certaines des grandes lign\u00e9es internes des gr\u00e8bes modernes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 diff\u00e9renci\u00e9es. Le registre fossile reste n\u00e9anmoins beaucoup moins complet que ne pourrait le laisser penser l&rsquo;abondance actuelle de ces oiseaux. Les petits os fragiles des gr\u00e8bes ne poss\u00e8dent pas les meilleures caract\u00e9ristiques pour parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 nous et les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 leur conservation ne sont r\u00e9unies que dans certains environnements s\u00e9dimentaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire fran\u00e7aise doit par ailleurs \u00eatre abord\u00e9e avec prudence. Plusieurs gisements c\u00e9nozo\u00efques fran\u00e7ais ont livr\u00e9 des oiseaux appartenant aux lign\u00e9es anciennes des Mirandornithes, notamment des <em>Palaelodidae<\/em>. Ceux-ci \u00e9clairent l&rsquo;histoire profonde du groupe, mais leur pr\u00e9sence ne signifie pas que des <em>Podiceps<\/em> semblables aux esp\u00e8ces modernes nageaient d\u00e9j\u00e0 dans tous ces lacs. Avec le Quaternaire, en revanche, le paysage devient beaucoup plus familier. Les travaux consacr\u00e9s aux oiseaux pl\u00e9istoc\u00e8nes de France ont identifi\u00e9 des <em>Podicipedidae<\/em> appartenant aux lign\u00e9es modernes. Le Gr\u00e8be castagneux est notamment document\u00e9 dans les faunes quaternaires, y compris en Corse, et diff\u00e9rents <em>Podiceps<\/em> apparaissent dans les assemblages fossiles europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis plusieurs si\u00e8cles, l&rsquo;Europe occidentale a simultan\u00e9ment d\u00e9truit et cr\u00e9\u00e9 des habitats pour les gr\u00e8bes. Des marais ont \u00e9t\u00e9 drain\u00e9s, des cours d&rsquo;eau rectifi\u00e9s et des mares combl\u00e9es. Mais l&rsquo;homme a \u00e9galement construit des milliers d&rsquo;\u00e9tangs piscicoles, de r\u00e9servoirs et de barrages. \u00c0 partir du XX\u1d49 si\u00e8cle, l&rsquo;exploitation des granulats a produit un autre habitat enti\u00e8rement nouveau \u00e0 grande \u00e9chelle : les gravi\u00e8res. Une carri\u00e8re abandonn\u00e9e et envahie par l&rsquo;eau peut devenir en quelques ann\u00e9es un v\u00e9ritable lac. Des roseli\u00e8res apparaissent, des poissons colonisent le milieu et des gr\u00e8bes s&rsquo;installent. Une part importante de la distribution fran\u00e7aise actuelle de certaines esp\u00e8ces est ainsi devenue indissociable de plans d&rsquo;eau artificiels. L&rsquo;histoire moderne des gr\u00e8bes de France est donc celle d&rsquo;oiseaux anciens vivant dans des paysages aquatiques en perp\u00e9tuelle transformation.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-background\" style=\"background:linear-gradient(321deg,rgb(238,238,238) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\">Le Gr\u00e8be castagneux \u2013 <em>Tachybaptus ruficollis<\/em> (Pallas, 1764)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be castagneux est le plus petit repr\u00e9sentant europ\u00e9en de la famille. Avec seulement 25 \u00e0 29 cm de longueur, il poss\u00e8de une \u00e9cologie assez diff\u00e9rente de celle des grands Gr\u00e8bes. L\u00e0 o\u00f9 ceux-ci recherchent volontiers de vastes plans d&rsquo;eau, le Castagneux peut occuper une mare, un petit \u00e9tang, une gravi\u00e8re, un canal, un bras mort ou une portion calme de rivi\u00e8re. Cette capacit\u00e9 \u00e0 utiliser de petites zones humides explique \u00e0 la fois son immense r\u00e9partition fran\u00e7aise et la difficult\u00e9 de conna\u00eetre pr\u00e9cis\u00e9ment ses effectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les anciens naturalistes fran\u00e7ais connaissaient parfaitement ce petit Gr\u00e8be. Mais les m\u00e9thodes ornithologiques anciennes \u00e9taient particuli\u00e8rement mal adapt\u00e9es \u00e0 son recensement. Un oiseau vivant isol\u00e9ment sur des milliers de petites pi\u00e8ces d&rsquo;eau ne pouvait produire les m\u00eames s\u00e9ries d&rsquo;observations que les esp\u00e8ces se rassemblant sur les grands lacs ou les c\u00f4tes. Historiquement, le Gr\u00e8be castagneux ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 un oiseau rare en France. Les t\u00e9moignages r\u00e9gionaux du d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle le donnent parfois comme commun, voire tr\u00e8s commun, et Mayaud (1936) le consid\u00e9rait m\u00eame plus commun qu\u2019\u00e0 la fin du XX\u1d49 si\u00e8cle. Une certaine r\u00e9gression semble s\u2019\u00eatre produite au cours du XX\u1d49 si\u00e8cle, avant une stabilisation r\u00e9cente des populations nicheuses, avec toutefois d\u2019importantes disparit\u00e9s r\u00e9gionales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be castagneux est aujourd&rsquo;hui un nicheur largement r\u00e9pandu en France. Pour la p\u00e9riode 2009-2012, sa population nationale \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 environ 12000 \u00e0 19000 couples. Sa distribution couvre l\u2019essentiel du territoire, \u00e0 l\u2019exception des r\u00e9gions les moins favorables, notamment les secteurs pauvres en zones humides et une grande partie des zones montagneuses. L\u2019esp\u00e8ce peut n\u00e9anmoins atteindre localement la moyenne montagne : des couples cantonn\u00e9s sont observ\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 1370 m dans les C\u00e9vennes et, ailleurs en Europe, la nidification est connue jusqu\u2019\u00e0 1710 m en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9galement pr\u00e9sente en hiver, mais la population observ\u00e9e n&rsquo;est pas simplement constitu\u00e9e des oiseaux nicheurs restant sur place. Des d\u00e9placements ont lieu apr\u00e8s la reproduction et l&rsquo;arriv\u00e9e en France d&rsquo;individus d&rsquo;origine \u00e9trang\u00e8re est d\u00e9montr\u00e9e par le baguage, notamment depuis la Belgique et les \u00eeles Britanniques. Plus largement, les mouvements observ\u00e9s en Europe indiquent une origine possible des hivernants depuis l&rsquo;Europe centrale et nord-orientale, notamment l&rsquo;Allemagne, la Pologne et la Tch\u00e9quie. Les oiseaux gagnent alors volontiers des milieux plus ouverts : grands lacs, fleuves, retenues, estuaires et secteurs c\u00f4tiers prot\u00e9g\u00e9s. Les vagues de froid produisent des mouvements particuli\u00e8rement visibles. Lorsqu&rsquo;une mare ou un petit \u00e9tang g\u00e8le, son occupant doit partir. Les rivi\u00e8res et autres eaux libres concentrent alors des Castagneux qui, quelques jours auparavant, \u00e9taient dispers\u00e9s dans tout le paysage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la p\u00e9riode 2013-2017, les d\u00e9nombrements de la mi-janvier donnaient une moyenne nationale d\u2019environ 10 000 individus. Ce chiffre constitue manifestement un minimum : beaucoup des petites zones humides fr\u00e9quent\u00e9es par l\u2019esp\u00e8ce ne sont pas couvertes par les comptages et la discr\u00e9tion du Castagneux favorise encore sa sous-d\u00e9tection. Malgr\u00e9 ces limites, les s\u00e9ries disponibles montrent une augmentation mod\u00e9r\u00e9e des effectifs hivernants depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, de l\u2019ordre de 3 % par an, tendance qui semble toutefois s\u2019\u00eatre interrompue au cours des ann\u00e9es 2010, avec une stabilisation r\u00e9cente des effectifs recens\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La reproduction s\u2019\u00e9tend principalement d\u2019avril \u00e0 septembre, avec des premi\u00e8res pontes possibles d\u00e8s mars et des pontes tardives jusqu\u2019en ao\u00fbt, voire septembre. Deux nich\u00e9es successives peuvent \u00eatre produites au cours d\u2019une m\u00eame saison.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-background\" style=\"background:linear-gradient(339deg,rgb(238,238,238) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\">Le Gr\u00e8be hupp\u00e9 \u2013 <em>Podiceps cristatus<\/em> (Linnaeus, 1758)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be hupp\u00e9 est le plus grand et le plus familier des gr\u00e8bes fran\u00e7ais. Il fr\u00e9quente les lacs, grands \u00e9tangs, r\u00e9servoirs, gravi\u00e8res et retenues, et peut aujourd&rsquo;hui \u00eatre observ\u00e9 jusque sur des plans d&rsquo;eau entour\u00e9s de secteurs fortement urbanis\u00e9s. Son apparente familiarit\u00e9 est pourtant relativement r\u00e9cente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux XVIII\u1d49 et XIX\u1d49 si\u00e8cles, les gr\u00e8bes sont \u00e0 la fois des oiseaux \u00e9tudi\u00e9s par les naturalistes et des animaux exploit\u00e9s. Leur plumage ventral extr\u00eamement dense et soyeux fut utilis\u00e9 dans l&rsquo;habillement et l&rsquo;ornementation (plumasserie). La chasse et le commerce des peaux ont contribu\u00e9 \u00e0 la diminution de certaines populations europ\u00e9ennes avant que la protection des oiseaux ne modifie progressivement la situation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le XX\u1d49 si\u00e8cle transforme ensuite profond\u00e9ment son habitat. Les retenues artificielles se multiplient et surtout des milliers de gravi\u00e8res apparaissent dans les vall\u00e9es fran\u00e7aises. Beaucoup deviennent, apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat de leur exploitation, des plans d&rsquo;eau permanents parfaitement utilisables par le Gr\u00e8be hupp\u00e9. L&rsquo;esp\u00e8ce dispose ainsi de nouveaux territoires de reproduction jusque dans des r\u00e9gions o\u00f9 les grands lacs naturels sont pratiquement absents. Au d\u00e9but du XXI\u1d49 si\u00e8cle, la population nicheuse fran\u00e7aise \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 environ 15000 \u00e0 20000 couples. L&rsquo;esp\u00e8ce est largement distribu\u00e9e mais demeure naturellement plus abondante dans les r\u00e9gions poss\u00e9dant de nombreux grands plans d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En France, la reproduction s\u2019\u00e9tend principalement d\u2019avril \u00e0 juillet, mais elle peut se prolonger sensiblement plus tard \u00e0 la suite de pontes tardives ou de remplacement. Les parades sont nettement plus pr\u00e9coces que les pontes. Elles sont r\u00e9guli\u00e8res d\u00e8s f\u00e9vrier, parfois d\u00e8s janvier. En Picardie, des parades ont \u00e9t\u00e9 not\u00e9es d\u00e8s le 3 f\u00e9vrier, avec m\u00eame des accouplements et constructions de nid d\u00e8s le 19 janvier ; des observations r\u00e9centes signalent aussi des couples paradant en janvier. \u00c0 l&rsquo;inverse, des familles avec des jeunes encore d\u00e9pendants peuvent ainsi \u00eatre observ\u00e9es en ao\u00fbt et septembre, exceptionnellement plus tard. Apr\u00e8s la reproduction, la g\u00e9ographie de l&rsquo;esp\u00e8ce change. Certains oiseaux restent sur leurs plans d&rsquo;eau, tandis que d&rsquo;autres gagnent de grands lacs, des retenues ou le littoral. Des populations originaires d&rsquo;autres r\u00e9gions europ\u00e9ennes viennent \u00e9galement hiverner en France. La dispersion postnuptiale commence d\u00e8s la fin de la reproduction : des rassemblements de non-nicheurs peuvent appara\u00eetre d\u00e8s fin juin-juillet, mais les mouvements deviennent surtout sensibles en ao\u00fbt et septembre. Les oiseaux quittent alors certains sites de reproduction pour gagner de grands lacs, retenues, estuaires ou secteurs littoraux ; ces rassemblements peuvent se maintenir jusqu\u2019en septembre-octobre. \u00c0 cette dispersion des populations fran\u00e7aises se superpose une v\u00e9ritable migration d\u2019automne, principalement d\u2019octobre \u00e0 d\u00e9cembre, avec l\u2019arriv\u00e9e d\u2019oiseaux provenant du nord et du nord-est de l\u2019Europe. Les donn\u00e9es de baguage et la distribution europ\u00e9enne indiquent notamment des origines britanniques, n\u00e9erlandaises, allemandes, danoises, scandinaves et d\u2019Europe centrale, auxquelles peuvent s\u2019ajouter des oiseaux provenant plus \u00e0 l\u2019est. La France constitue ainsi une importante zone d\u2019hivernage pour les populations europ\u00e9ennes. Le mouvement de retour commence d\u00e8s f\u00e9vrier, devient important en mars et se poursuit jusqu\u2019en avril, localement jusqu\u2019en mai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour 2013-2017, les comptages de janvier donnaient une moyenne nationale d&rsquo;environ 39000 Gr\u00e8bes hupp\u00e9s. Parmi les principaux secteurs figuraient la partie fran\u00e7aise du L\u00e9man, les littoraux normands, la Camargue, les grands lacs champenois et le lac du Der. Ces rassemblements ne sont toutefois pas immuables. Certains lacs qui accueillaient autrefois des concentrations gigantesques ont vu leurs effectifs diminuer. Le lac du Bourget, notamment, pouvait recevoir environ 15000 individus dans les ann\u00e9es 1970. Les modifications de l&rsquo;\u00e9tat trophique des eaux et des populations de poissons peuvent compl\u00e8tement redistribuer les oiseaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be hupp\u00e9 est ainsi devenu l&rsquo;un des oiseaux les plus visibles de la transformation moderne des paysages aquatiques fran\u00e7ais. Son abondance actuelle n&rsquo;est pas seulement une propri\u00e9t\u00e9 biologique de l&rsquo;esp\u00e8ce : elle r\u00e9sulte \u00e9galement d&rsquo;une histoire faite de protection juridique, de cr\u00e9ation de plans d&rsquo;eau et de changements \u00e9cologiques profonds. Sa r\u00e9partition reste cependant tr\u00e8s in\u00e9gale. Il demeure rare ou tr\u00e8s localis\u00e9 dans les r\u00e9gions pauvres en grands plans d&rsquo;eau, notamment dans une partie de l&rsquo;Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que dans les massifs montagneux, et reste tr\u00e8s rare comme nicheur en Corse. L&rsquo;altitude ne constitue toutefois pas en elle-m\u00eame une limite absolue : en Matheysine (Is\u00e8re), le Gr\u00e8be hupp\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 nicheur sur les lacs d&rsquo;altitude par Lavauden d\u00e8s 1911 et confirm\u00e9e d\u00e8s les ann\u00e9es 1960, autour de 900\u20131 000 m. La reproduction est connue plus haut encore, notamment au col Bayard (Hautes-Alpes), vers 1 250 m, et \u00e0 Charpal (Loz\u00e8re), vers 1 325 m, o\u00f9 l&rsquo;esp\u00e8ce a nich\u00e9 de 1992 \u00e0 2008. Ce dernier site figure parmi les plus hauts cas de nidification document\u00e9s en France. Ces implantations d\u2019altitude demeurent toutefois marginales dans la distribution nationale : l\u2019essentiel de la population nicheuse se concentre \u00e0 basse et moyenne altitude, dans les r\u00e9gions riches en grands lacs, \u00e9tangs, retenues et gravi\u00e8res, principalement dans les deux tiers nord et est de la France, ainsi que dans certaines grandes zones humides m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be hupp\u00e9 appara\u00eet ainsi comme une esp\u00e8ce dont le statut fran\u00e7ais s\u2019est profond\u00e9ment renforc\u00e9 au cours du XX\u1d49 si\u00e8cle, au point de devenir aujourd\u2019hui un \u00e9l\u00e9ment caract\u00e9ristique de l\u2019avifaune des grands plans d\u2019eau, naturels comme artificiels. Il avait fr\u00f4l\u00e9 toutefois en bien des endroits l&rsquo;extinction en regard de la chasse farouche qui en \u00e9tait fait au XIX\u1d49 si\u00e8cle pour la plumasserie.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/podcri.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/podcri-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13994\" style=\"width:800px\" srcset=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/podcri-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/podcri-300x300.jpg 300w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/podcri-150x150.jpg 150w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/podcri-768x768.jpg 768w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/podcri.jpg 1254w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Cycle annuel du Gr\u00e8be hupp\u00e9Y&rsquo;Ado! selon mes consignes<br><sup>\u00a9\u00a9 byncsa &#8211; Cyrille Deliry &#8211; <em>Histoires Naturelles<\/em><\/sup><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-background\" style=\"background:linear-gradient(345deg,rgb(238,238,238) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\">Le Gr\u00e8be jougris \u2013 <em>Podiceps grisegena<\/em> (Boddaert, 1783)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be jougris appartient principalement aux r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es froides et bor\u00e9ales de l&rsquo;Eurasie. Son aire de reproduction europ\u00e9enne s&rsquo;\u00e9tend surtout de l&rsquo;Europe centrale et orientale \u00e0 la Scandinavie et \u00e0 la Russie. Une seconde grande population occupe l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est principalement migratrice et hivernante, en effectifs faibles. Elle appara\u00eet sur le littoral de la mer du Nord, de la Manche et de l&rsquo;Atlantique, mais \u00e9galement sur les grands lacs, retenues et autres plans d&rsquo;eau int\u00e9rieurs. Le passage automnal devient surtout visible entre octobre et novembre. Les oiseaux sont g\u00e9n\u00e9ralement isol\u00e9s ou en tr\u00e8s petits groupes. Les vagues de froid peuvent provoquer des arriv\u00e9es plus importantes. Au printemps, les d\u00e9parts commencent d\u00e8s f\u00e9vrier et se poursuivent en mars, quelques individus pouvant demeurer beaucoup plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son statut fran\u00e7ais poss\u00e8de toutefois une particularit\u00e9 remarquable : le Gr\u00e8be jougris a nich\u00e9 exceptionnellement dans le pays. Une reproduction fut constat\u00e9e dans l&rsquo;Yonne en 1978, puis en Argonne en 1988. D&rsquo;autres tentatives ou indices ont ensuite \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s. Les grands lacs champenois ont jou\u00e9 un r\u00f4le particuli\u00e8rement important dans cette petite histoire de la reproduction fran\u00e7aise. Apr\u00e8s plusieurs estivages et suspicions de nidification, un couple du lac d&rsquo;Orient produisit trois jeunes en 2007. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, un ou quelques couples continuaient \u00e0 \u00eatre signal\u00e9s selon les ann\u00e9es, mais la reproduction effective restait exceptionnelle. En 2015, un seul couple \u00e9tait encore suivi au lac d&rsquo;Orient et aucune preuve de reproduction n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 obtenue cette ann\u00e9e-l\u00e0. Il serait toutefois trompeur de pr\u00e9senter le Jougris comme un v\u00e9ritable nicheur fran\u00e7ais comparable aux Castagneux, Hupp\u00e9 ou Gr\u00e8be \u00e0 cou noir. La France se situe \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame marge occidentale et m\u00e9ridionale de sa distribution reproductrice europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son statut hivernal a \u00e9galement beaucoup \u00e9volu\u00e9. Les comptages nationaux montrent une forte diminution : plusieurs dizaines de Gr\u00e8bes jougris \u00e9taient encore r\u00e9guli\u00e8rement recens\u00e9s \u00e0 la mi-janvier dans les ann\u00e9es 1980-1990, avec des effectifs d\u00e9passant certaines ann\u00e9es la centaine d\u2019individus, tandis que depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 ils ne d\u00e9passent g\u00e9n\u00e9ralement plus une vingtaine, avec une moyenne d\u2019environ 10 oiseaux en 2013-2017. Les donn\u00e9es de migration indiquent cependant que davantage d\u2019oiseaux traversent ou s\u00e9journent en France au cours de l\u2019hiver. Cette rar\u00e9faction est difficile \u00e0 interpr\u00e9ter. Un d\u00e9placement vers le nord de l\u2019aire d\u2019hivernage \u00e0 la faveur d\u2019hivers plus doux a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9, mais les donn\u00e9es disponibles ne montrent pas chez le Gr\u00e8be jougris l\u2019augmentation correspondante que l\u2019on pourrait attendre dans les principales r\u00e9gions d\u2019hivernage septentrionales : les effectifs sont notamment stables en Baltique sur 1991-2021, apr\u00e8s y avoir fortement diminu\u00e9 auparavant. Le recul observ\u00e9 en France ne peut donc pas, en l\u2019\u00e9tat actuel des connaissances, \u00eatre simplement attribu\u00e9 \u00e0 un raccourcissement de la migration et la combinaison des \u00e9l\u00e9ments sont en d\u00e9finitive en faveur d&rsquo;un d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Jougris fran\u00e7ais poss\u00e8de ainsi un statut contrast\u00e9 : migrateur r\u00e9gulier mais peu commun, hivernant devenu tr\u00e8s rare et reproducteur seulement exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-background\" style=\"background:linear-gradient(316deg,rgb(238,238,238) 63%,rgb(169,184,195) 100%)\">Le Gr\u00e8be esclavon \u2013 <em>Podiceps auritus<\/em> (Linnaeus, 1758)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be esclavon est le plus franchement septentrional des gr\u00e8bes r\u00e9guli\u00e8rement observ\u00e9s en France. Ses populations europ\u00e9ennes nichent principalement dans les r\u00e9gions bor\u00e9ales : Islande, Scandinavie, Finlande et Russie notamment. Apr\u00e8s la reproduction, les oiseaux quittent les petits plans d&rsquo;eau septentrionaux et gagnent des eaux plus vastes, une partie atteignant les c\u00f4tes occidentales de l&rsquo;Europe. La situation europ\u00e9enne de l&rsquo;esp\u00e8ce suscite des inqui\u00e9tudes. Certaines populations reproductrices ont connu des d\u00e9clins importants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La France constitue essentiellement une zone de migration et d&rsquo;hivernage. L&rsquo;esp\u00e8ce est observ\u00e9e sur le littoral, particuli\u00e8rement dans la Manche et sur la fa\u00e7ade atlantique, mais \u00e9galement sur des lacs et retenues continentales. Certains secteurs abrit\u00e9s, baies et golfes peuvent accueillir plusieurs oiseaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour 2013-2017, les comptages de la mi-janvier donnaient une moyenne nationale d&rsquo;environ 330 individus. Les variations annuelles \u00e9taient importantes, avec plus de 500 oiseaux certaines ann\u00e9es et \u00e0 peine plus de 200 d&rsquo;autres ann\u00e9es. Ces fluctuations sont en partie r\u00e9elles, mais les conditions d&rsquo;observation jouent un r\u00f4le consid\u00e9rable. Un gr\u00e8be situ\u00e9 loin du rivage peut facilement \u00e9chapper au recensement, et quelques rassemblements d\u00e9plac\u00e9s d&rsquo;un secteur \u00e0 un autre suffisent \u00e0 modifier sensiblement le total national.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En France, les premiers Gr\u00e8bes esclavons peuvent appara\u00eetre d\u00e8s la fin ao\u00fbt ou en septembre, mais le passage postnuptial devient surtout sensible en octobre et novembre. L\u2019esp\u00e8ce s\u00e9journe principalement d\u2019octobre \u00e0 avril, avec un maximum entre d\u00e9cembre et mars ; la migration de retour se concentre en mars et avril, les mentions de mai \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 rares et celles de la p\u00e9riode estivale exceptionnelles. Ces s\u00e9jours tardifs ont n\u00e9anmoins parfois pris une tournure particuli\u00e8re : des Gr\u00e8bes esclavons en plumage nuptial ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s sur des sites de reproduction du Gr\u00e8be \u00e0 cou noir, notamment dans le Forez et la Dombes, o\u00f9 des appariements mixtes entre Podiceps auritus et P. nigricollis ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9s. Ces cas restent exceptionnels et n\u2019ont pas conduit \u00e0 l\u2019installation d\u2019une population reproductrice r\u00e9guli\u00e8re de Gr\u00e8be esclavon en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be esclavon constitue ainsi un \u00e9l\u00e9ment discret mais constant de l&rsquo;avifaune hivernale fran\u00e7aise, dont la pr\u00e9sence relie chaque ann\u00e9e nos c\u00f4tes et nos grands plans d&rsquo;eau aux r\u00e9gions bor\u00e9ales europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-background\" style=\"background:linear-gradient(327deg,rgb(238,238,238) 68%,rgb(169,184,195) 100%)\">Le Gr\u00e8be \u00e0 cou noir \u2013 <em>Podiceps nigricollis<\/em> Brehm, 1831<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gr\u00e8be \u00e0 cou noir poss\u00e8de une histoire fran\u00e7aise particuli\u00e8rement dynamique. L&rsquo;esp\u00e8ce est largement distribu\u00e9e dans le monde, avec des populations en Eurasie, en Afrique et en Am\u00e9rique. En Europe, elle a \u00e9tendu son aire vers l&rsquo;ouest au cours du XX\u1d49 si\u00e8cle. La France appartient aujourd&rsquo;hui pleinement \u00e0 son aire de reproduction, mais les colonies y sont tr\u00e8s localis\u00e9es et peuvent changer rapidement d&rsquo;une ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les principales populations nicheuses fran\u00e7aises se trouvent traditionnellement dans de grandes r\u00e9gions d&rsquo;\u00e9tangs comme les Dombes, le Forez, la Brenne et la Sologne, auxquelles s&rsquo;ajoutent diff\u00e9rents sites plus ponctuels.  La population nationale a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9e au d\u00e9but du XXI\u1d49 si\u00e8cle \u00e0 environ 1200 \u00e0 2000 couples<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La reproduction poss\u00e8de une particularit\u00e9 \u00e9cologique remarquable. Les Gr\u00e8bes \u00e0 cou noir installent volontiers leurs colonies \u00e0 proximit\u00e9 de colonies de Mouettes rieuses. Cette association n&rsquo;est pas fortuite. Les mouettes d\u00e9fendent agressivement leur colonie contre certains pr\u00e9dateurs et les gr\u00e8bes b\u00e9n\u00e9ficient indirectement de cette protection collective. Cette strat\u00e9gie rend n\u00e9anmoins les colonies mobiles. Une modification du niveau d&rsquo;eau, de la v\u00e9g\u00e9tation ou de l&rsquo;installation des mouettes peut suffire \u00e0 d\u00e9placer ou faire dispara\u00eetre un site reproducteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la reproduction, les premiers mouvements dispersifs peuvent commencer d\u00e8s juin-juillet, puis la migration postnuptiale devient importante en ao\u00fbt et septembre et se poursuit jusqu\u2019en octobre-novembre. Les oiseaux quittent alors largement les \u00e9tangs de reproduction et deviennent tr\u00e8s gr\u00e9gaires, des centaines ou parfois plusieurs milliers d\u2019individus pouvant se concentrer sur de grands lacs, lagunes, baies et secteurs littoraux. L\u2019hivernage se stabilise principalement de novembre \u00e0 f\u00e9vrier. La migration pr\u00e9nuptiale devient sensible d\u00e8s f\u00e9vrier-mars, culmine en mars-avril et peut se poursuivre jusqu\u2019en mai ; les couples commencent \u00e0 se former au cours de cette migration, avant l\u2019installation sur les sites de reproduction principalement en avril-mai. Les mouvements europ\u00e9ens sont complexes : les donn\u00e9es de baguage montrent notamment des \u00e9changes entre Europe centrale et occidentale, tandis qu\u2019une partie importante des populations d\u2019Europe centrale gagne les Balkans et la mer Noire. Les hivernants fran\u00e7ais sont probablement issus \u00e0 la fois des populations nicheuses fran\u00e7aises et d\u2019oiseaux provenant d\u2019Europe centrale et nord-orientale, mais leur origine exacte demeure imparfaitement connue. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour 2013-2017, la moyenne des comptages fran\u00e7ais de janvier atteignait environ 8 721 individus. L&rsquo;\u00e9tang de Berre constitue l&rsquo;un des grands sites fran\u00e7ais et peut accueillir certaines ann\u00e9es plusieurs milliers de Gr\u00e8bes \u00e0 cou noir. La rade de Brest, le golfe du Morbihan, la Camargue, diff\u00e9rents \u00e9tangs m\u00e9diterran\u00e9ens et le L\u00e9man figurent \u00e9galement parmi les secteurs importants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La g\u00e9ographie hivernale est donc tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de la reproduction. Un oiseau caract\u00e9ristique des \u00e9tangs continentaux pendant la nidification devient en hiver un habitant des grands lacs, des lagunes saum\u00e2tres et du littoral. Le Gr\u00e8be \u00e0 cou noir est ainsi simultan\u00e9ment un nicheur fran\u00e7ais tr\u00e8s localis\u00e9, un migrateur important et un hivernant parfois abondant.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Grebes.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"535\" src=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Grebes-1024x535.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13993\" srcset=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Grebes-1024x535.jpg 1024w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Grebes-300x157.jpg 300w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Grebes-768x401.jpg 768w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Grebes-1536x802.jpg 1536w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Grebes.jpg 1692w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Cycle annuel chez nos Gr\u00e8bes de France<br><sup>Y&rsquo;Ado! selon mes consignes &#8211; \u00a9\u00a9 byncsa &#8211; Cyrille Deliry &#8211; <em>Histoires Naturelles<\/em><\/sup><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-background\" style=\"background:linear-gradient(327deg,rgb(238,238,238) 0%,rgb(169,184,195) 100%)\">Le Gr\u00e8be \u00e0 bec bigarr\u00e9 \u2013 <em>Podilymbus podiceps<\/em> (Linnaeus, 1758)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Podilymbus podiceps<\/em> est une esp\u00e8ce am\u00e9ricaine. Sa distribution s&rsquo;\u00e9tend d&rsquo;une partie du Canada et des \u00c9tats-Unis \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique centrale, aux Antilles et \u00e0 diff\u00e9rentes r\u00e9gions d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud. Les populations les plus septentrionales sont migratrices. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sence d&rsquo;un Gr\u00e8be \u00e0 bec bigarr\u00e9 en France suppose normalement une arriv\u00e9e transatlantique. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est exceptionnel mais parfaitement compatible avec les capacit\u00e9s de d\u00e9placement des populations migratrices nord-am\u00e9ricaines. Des oiseaux \u00e9gar\u00e9s atteignent occasionnellement l&rsquo;Europe occidentale. L&rsquo;esp\u00e8ce poss\u00e8de ainsi plusieurs donn\u00e9es europ\u00e9ennes, particuli\u00e8rement dans les \u00eeles Britanniques, et a \u00e9galement atteint la France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;une des donn\u00e9es fran\u00e7aises les plus remarquables concerne un individu ayant effectu\u00e9 un s\u00e9jour prolong\u00e9 dans la Sarthe, suffisamment exceptionnel pour faire l&rsquo;objet d&rsquo;un article particulier dans <em>Ornithos<\/em> en 2002. Son statut ne pr\u00eate \u00e0 aucune ambigu\u00eft\u00e9 : le Gr\u00e8be \u00e0 bec bigarr\u00e9 est un accidentel exceptionnel en France.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-background\" style=\"background:linear-gradient(357deg,rgb(238,238,238) 31%,rgb(169,184,195) 100%)\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h4>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Bochenski Z.M. 1994<\/strong> \u2013 The comparative osteology of grebes (Aves: Podicipediformes) and its systematic implications. \u2013 <em>Acta Zoologica Cracoviensia<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Cramp S. &amp; Simmons K.E.L. 1977<\/strong> \u2013 Podicipedidae. <em><span style=\"text-decoration: underline;\">In<\/span><\/em> : <em>Handbook of the Birds of Europe, the Middle East and North Africa. The Birds of the Western Palearctic. Volume I: Ostrich to Ducks.<\/em> \u2013 Oxford University Press, Oxford.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Dubois P.J. &amp; al. 2008<\/strong> \u2013 <em>Nouvel inventaire des oiseaux de France.<\/em> \u2013 Delachaux &amp; Niestl\u00e9, Paris : 560 pp.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Dubois P.J., Gaudard C. &amp; Quaintenne G. 2018<\/strong> \u2013 Plongeons, gr\u00e8bes et grands \u00e9chassiers hivernant en France : \u00e9volution r\u00e9cente des effectifs. \u2013 <em>Ornithos,<\/em> 25 (4) : 185-215.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Issa N. &amp; Muller Y. coord. 2015<\/strong> \u2013 <em>Atlas des oiseaux de France m\u00e9tropolitaine. Nidification et pr\u00e9sence hivernale.<\/em> \u2013 Delachaux &amp; Niestl\u00e9, Paris.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Ksepka D.T., Balanoff A.M., Bell M.A. &amp; Houseman M.D. 2013<\/strong> \u2013 Fossil grebes from the Truckee Formation (Miocene) of Nevada and a new phylogenetic analysis of Podicipediformes (Aves). \u2013 <em>Palaeontology,<\/em> 56 : 1149-1169.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Louchart A. 2002<\/strong> \u2013 Les oiseaux du Pl\u00e9istoc\u00e8ne de Corse et de quelques localit\u00e9s sardes. \u00c9cologie, \u00e9volution, biog\u00e9ographie et extinctions. \u2013 <em>Documents des Laboratoires de G\u00e9ologie de Lyon,<\/em> 155.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Mourer-Chauvir\u00e9 C. 1975<\/strong> \u2013 Les oiseaux du Pl\u00e9istoc\u00e8ne moyen et sup\u00e9rieur de France. \u2013 <em>Documents des Laboratoires de G\u00e9ologie de la Facult\u00e9 des Sciences de Lyon,<\/em> 64.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Olson S.L. 1995<\/strong> \u2013 <em>Thiornis sociata<\/em> Nav\u00e1s, a nearly complete Miocene grebe (Aves: Podicipedidae). \u2013 <em>Courier Forschungsinstitut Senckenberg<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Yeatman-Berthelot D. &amp; Jarry G. 1991<\/strong> \u2013 <em>Atlas des oiseaux de France en hiver.<\/em> \u2013 Soci\u00e9t\u00e9 Ornithologique de France, Paris : 576 pp.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les gr\u00e8bes forment l&rsquo;une des familles d&rsquo;oiseaux aquatiques les plus singuli\u00e8res. \u00c0 premi\u00e8re vue, tout dans leur anatomie semble avoir \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 autour d&rsquo;une fonction : poursuivre des proies sous l&rsquo;eau. Le corps est fusel\u00e9, &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13996,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[486,478,268,399,1,342],"tags":[],"class_list":["post-13988","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-fossiles-t","category-france","category-histoires-naturelles","category-historiques","category-maintenance","category-oiseaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13988","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13988"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13988\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13995,"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13988\/revisions\/13995"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/13996"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13988"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13988"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/deliry.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13988"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}