{"id":14318,"date":"2026-09-25T20:58:14","date_gmt":"2026-09-25T20:58:14","guid":{"rendered":"https:\/\/deliry.com\/?p=14318"},"modified":"2026-09-25T21:20:28","modified_gmt":"2026-09-25T21:20:28","slug":"le-gaze-aporia-crataegi-dans-le-grand-poitou-ou-de-la-difficulte-a-fonder-le-declin-des-especes-communes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/deliry.com\/?p=14318","title":{"rendered":"Le Gaz\u00e9, <i>Aporia crataegi<\/i>, dans le Grand Poitou ou de la difficult\u00e9 \u00e0 fonder le d\u00e9clin des esp\u00e8ces communes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En 2026, le Gaz\u00e9 a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu\u00eate dans les Deux-S\u00e8vres \u00e0 laquelle ont r\u00e9pondu 16 observateurs. J&rsquo;aurai bien voulu, mais je n&rsquo;en ai pas vu ! Quand on cite une observation de la Vall\u00e9e de la Boutonne comme remarquable, ceci montre la place qu&rsquo;\u00e0 ce papillon dans les Deux-S\u00e8vre&#8230; rare ou plus commun, vraiment plus ? C&rsquo;est un papillon que j&rsquo;ai vu r\u00e9gresser en Rh\u00f4ne-Alpes, mais je continuais de le voir encore r\u00e9guli\u00e8rement il y a une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/blackveined-white-aporia-crataegi-underside-lake-bohinj-copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/blackveined-white-aporia-crataegi-underside-lake-bohinj-copie-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14320\" style=\"width:640px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/blackveined-white-aporia-crataegi-underside-lake-bohinj-copie-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/blackveined-white-aporia-crataegi-underside-lake-bohinj-copie-300x200.jpg 300w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/blackveined-white-aporia-crataegi-underside-lake-bohinj-copie-768x512.jpg 768w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/blackveined-white-aporia-crataegi-underside-lake-bohinj-copie.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9\u00a9 bysa &#8211; Charles James Shap<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire du Gaz\u00e9 dans l\u2019Ouest fran\u00e7ais est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante parce qu\u2019elle illustre bien le d\u00e9calage qui peut exister entre le statut actuel d\u2019une esp\u00e8ce, encore class\u00e9e \u00ab Pr\u00e9occupation mineure \u00bb, et son \u00e9volution historique r\u00e9elle. Les documents anciens d\u00e9crivent <em>Aporia crataegi <\/em>comme un papillon largement r\u00e9pandu, parfois abondant, dans les campagnes du Poitou, des Charentes et plus largement de l\u2019Ouest. Les t\u00e9moignages naturalistes du XXe si\u00e8cle d\u00e9crivent ensuite une r\u00e9gression consid\u00e9rable, accompagnant les transformations agricoles de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Les donn\u00e9es contemporaines montrent enfin une esp\u00e8ce toujours bien implant\u00e9e dans certains secteurs bocagers ou calcaires, mais beaucoup moins uniform\u00e9ment distribu\u00e9e qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut cependant aborder cette histoire avec une pr\u00e9caution m\u00e9thodologique importante : avant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, on ne dispose ni de protocoles standardis\u00e9s, ni d\u2019une couverture homog\u00e8ne du territoire. Une esp\u00e8ce commune pouvait \u00eatre tr\u00e8s peu collect\u00e9e ou simplement not\u00e9e \u00ab partout \u00bb, alors qu\u2019une aberration remarquable pouvait donner lieu \u00e0 une publication pr\u00e9cise. Les absences anciennes de donn\u00e9es ne sont donc presque jamais assimilables \u00e0 des absences de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Du XVIIIe si\u00e8cle au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle : une esp\u00e8ce ordinaire des campagnes<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire scientifique du Gaz\u00e9 commence en <strong>1758<\/strong>, lorsque Linn\u00e9 d\u00e9crit l\u2019esp\u00e8ce sous le nom de <em>Papilio crataegi<\/em> dans la dixi\u00e8me \u00e9dition du <em>Systema Naturae<\/em>. Les combinaisons <em>Pieris crataegi<\/em> et <em>Leuconea crataegi<\/em>, que l\u2019on rencontre dans certaines collections et publications anciennes, correspondent \u00e0 la m\u00eame esp\u00e8ce aujourd\u2019hui plac\u00e9e dans le genre <em>Aporia<\/em>. Cette synonymie est importante pour rechercher les donn\u00e9es historiques dans les catalogues et dans GBIF.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En revanche, je n&rsquo;ai trouv\u00e9 aucune donn\u00e9e d\u00e9partementale suffisamment document\u00e9e du XVIIIe si\u00e8cle pour la Charente, la Charente-Maritime, les Deux-S\u00e8vres, la Vienne ou la Vend\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le v\u00e9ritable socle documentaire r\u00e9gional appara\u00eet au XIXe si\u00e8cle. Les synth\u00e8ses consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;histoire de la l\u00e9pidopt\u00e9rologie en Poitou-Charentes placent parmi les premiers travaux importants celui de Pierre-N\u00e9h\u00e9mie Maillard, publi\u00e9 en 1878 pour les Deux-S\u00e8vres. \u00c0 partir de la fin du XIXe et surtout du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les observations accumul\u00e9es par les naturalistes occidentaux permettent \u00e0 Henri Gelin et Daniel Lucas d&rsquo;\u00e9laborer leur grand catalogue des L\u00e9pidopt\u00e8res de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9tat des connaissances publi\u00e9 par Gelin et Lucas en 1912 est capital pour le Gaz\u00e9. Ils indiquent que l&rsquo;esp\u00e8ce \u00ab habite toute la r\u00e9gion \u00bb et qu&rsquo;elle est \u00ab plus ou moins abondante selon les ann\u00e9es \u00bb. Ils la rencontrent dans les prairies et les champs cultiv\u00e9s, les adultes visitant notamment scabieuses et chardons, tandis que les chenilles vivent sur les aub\u00e9pines (<em>Crataegus<\/em>), le prunellier (<em>Prunus spinosa<\/em>) et d&rsquo;autres Rosac\u00e9es ligneuses. Cette formulation est extr\u00eamement instructive. En 1912, le Gaz\u00e9 n&rsquo;est manifestement pas consid\u00e9r\u00e9 comme une curiosit\u00e9 localis\u00e9e : il appartient au fonds ordinaire des paysages ruraux de l&rsquo;Ouest. Sa distribution englobe suffisamment largement la r\u00e9gion pour que les auteurs ne jugent m\u00eame pas n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer une longue s\u00e9rie de stations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;un des probl\u00e8mes de l&rsquo;exploitation historique des collections. Robert L\u00e9vesque et les auteurs des synth\u00e8ses ult\u00e9rieures soulignent que les esp\u00e8ces communes ont souvent \u00e9t\u00e9 moins pr\u00e9cis\u00e9ment localis\u00e9es que les esp\u00e8ces rares. Les cartes historiques constitu\u00e9es \u00e0 partir de <em>L&rsquo;Amateur de Papillons<\/em>, de la <em>Revue fran\u00e7aise de L\u00e9pidopt\u00e9rologie<\/em>, d&rsquo;<em>Alexanor<\/em>, du catalogue Lhomme et d&rsquo;autres publications distinguent les donn\u00e9es ant\u00e9rieures et post\u00e9rieures \u00e0 1950, mais les simples mentions du type \u00ab partout \u00bb ne peuvent pas \u00eatre cartographi\u00e9es. Les auteurs appelaient d&rsquo;ailleurs \u00e0 rechercher les carnets et collections priv\u00e9es pour compl\u00e9ter cette lacune documentaire. Ainsi, paradoxalement, la relative pauvret\u00e9 des points pr\u00e9cis\u00e9ment g\u00e9or\u00e9f\u00e9renc\u00e9s avant 1940 est compatible avec une esp\u00e8ce alors <strong>tr\u00e8s r\u00e9pandue<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Les premi\u00e8res donn\u00e9es pr\u00e9cises et les collections : 1920-1960<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines captures particuli\u00e8res fournissent n\u00e9anmoins des jalons tr\u00e8s s\u00fbrs. En Charente-Maritime, par exemple, L. Le Charles publie en 1927 l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;un Gaz\u00e9 aberrant captur\u00e9 \u00e0 Burie en juin 1921. L&rsquo;exemplaire avait notamment \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 par Charles Oberth\u00fcr. Ce type de publication rappelle le r\u00f4le fondamental des collections : la donn\u00e9e existe parce que le sp\u00e9cimen pr\u00e9sentait une variation suffisamment remarquable pour \u00eatre conserv\u00e9 et publi\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les collections deviennent particuli\u00e8rement informatives dans les Deux-S\u00e8vres. Le <em>Nouveau Catalogue des L\u00e9pidopt\u00e8res des Deux-S\u00e8vres<\/em> conserve une remarquable succession de mentions \u00e0 Villiers-en-Bois : 25 mai 1947, 9 et 30 mai 1948, 30 mai et 13 juin 1959, 14 mai 1960, puis encore 1981 et 1983. \u00c0 cela s&rsquo;ajoutent Chiz\u00e9 en 1972, Moutiers-sous-Argenton en 1980, Saint-Georges-de-Rex en 1992 et 1995, Argenton-les-Vall\u00e9es et Genneton en 2010, puis Voultegon en 2011. Cette s\u00e9quence deux-s\u00e9vrienne est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse : elle montre que les observations modernes ne correspondent pas \u00e0 une recolonisation r\u00e9cente d&rsquo;un territoire vide, mais \u00e0 la survie fragment\u00e9e d&rsquo;une population historiquement install\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le grand basculement : des ann\u00e9es 1950 aux ann\u00e9es 1980<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est probablement la p\u00e9riode d\u00e9cisive pour comprendre la situation actuelle. Robert L\u00e9vesque, qui a observ\u00e9 les L\u00e9pidopt\u00e8res du Poitou-Charentes et de Vend\u00e9e durant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, est ici une source essentielle. Son texte publi\u00e9 en 2008 repose largement sur des observations et une synth\u00e8se \u00e9labor\u00e9es d\u00e8s les ann\u00e9es 1980 : il constitue donc un t\u00e9moignage direct sur le changement des campagnes intervenu apr\u00e8s 1950.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e9vesque d\u00e9crit notamment les anciennes \u00ab chaumes \u00bb, parcours, pelouses et terrains agricoles extensifs qui occupaient encore de grandes superficies en Charente, Charente-Maritime et dans le sud des Deux-S\u00e8vres. Une grande partie de ces paysages dispara\u00eet ou change profond\u00e9ment avec les remembrements, l&rsquo;agrandissement des parcelles et les nouveaux modes de culture. Pour <em>Aporia crataegi<\/em>, son diagnostic est particuli\u00e8rement explicite : l&rsquo;esp\u00e8ce, auparavant d\u00e9crite comme plus ou moins abondante dans toute la r\u00e9gion, avait \u00ab sensiblement r\u00e9gress\u00e9 avec les remembrements et nouveaux modes de culture \u00bb, au point que les chaumes et certains paysages rest\u00e9s extensifs devenaient ses principaux refuges. Il insiste sur le r\u00f4le des aub\u00e9pines et des prunelliers, plantes nourrici\u00e8res des chenilles, tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans ces milieux. Papillons de Poitou-Charentes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution correspond biologiquement tr\u00e8s bien aux exigences du Gaz\u00e9. Il ne suffit pas qu&rsquo;une aub\u00e9pine subsiste quelque part : le papillon d\u00e9pend d&rsquo;un paysage fonctionnel, associant arbustes nourriciers, haies, lisi\u00e8res, prairies riches en fleurs et espaces suffisamment connect\u00e9s. La suppression des haies et bosquets, la diminution des prairies permanentes, la disparition de nombreux parcours extensifs et l&rsquo;intensification de l&rsquo;entretien des marges agricoles peuvent donc agir simultan\u00e9ment.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire r\u00e9gionale du Gaz\u00e9 semble ainsi comporter une rupture nette : avant le milieu du XXe si\u00e8cle, une esp\u00e8ce largement r\u00e9pandue et ordinaire ; entre les ann\u00e9es 1950 et 1980, une forte contraction dans les campagnes intensifi\u00e9es ; depuis, une distribution plus discontinue, avec persistance dans les secteurs ayant conserv\u00e9 un bocage, des prairies, des pelouses embroussaill\u00e9es ou une mosa\u00efque agricole relativement extensive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sch\u00e9ma r\u00e9gional correspond tr\u00e8s largement \u00e0 celui observ\u00e9 dans une bonne partie de la France de plaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Charente (16)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La documentation ancienne ne permet pas de dresser une carte d\u00e9taill\u00e9e du Gaz\u00e9 en Charente au XIXe si\u00e8cle, mais l&rsquo;affirmation de Gelin et Lucas en 1912 selon laquelle il \u00ab habite toute la r\u00e9gion \u00bb s&rsquo;applique \u00e0 la Charente comme aux autres territoires prospect\u00e9s. Le paysage charentais du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u2014 polyculture, prairies, haies, friches et nombreux coteaux calcaires \u2014 devait offrir de tr\u00e8s nombreux habitats convenables. Le t\u00e9moignage de L\u00e9vesque est particuli\u00e8rement important pour le d\u00e9partement : certaines parties de la Charente comptaient encore apr\u00e8s-guerre de vastes chaumes et parcours calcaires, mais une partie consid\u00e9rable des espaces de plaine a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e par le remembrement et l&rsquo;intensification. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;il place la forte r\u00e9gression du Gaz\u00e9. Papillons de Poitou-Charentes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les inventaires modernes montrent n\u00e9anmoins que l&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;a nullement disparu de Charente. La base r\u00e9gionale FAUNA comptabilise des donn\u00e9es r\u00e9parties sur une part importante du d\u00e9partement ; environ 42,6 % des communes poss\u00e8dent au moins une mention dans le r\u00e9f\u00e9rentiel cumul\u00e9. C&rsquo;est m\u00eame la proportion la plus \u00e9lev\u00e9e parmi les quatre d\u00e9partements de l&rsquo;ancien Poitou-Charentes. Cette valeur ne mesure toutefois ni l&rsquo;abondance actuelle, ni le pourcentage de communes actuellement occup\u00e9es : elle refl\u00e8te l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es disponibles, toutes p\u00e9riodes confondues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lecture historique la plus vraisemblable est donc celle d&rsquo;un <strong>recul massif<\/strong> par rapport \u00e0 une situation ancienne tr\u00e8s diffuse, suivi du maintien de noyaux assez nombreux pour que l&rsquo;esp\u00e8ce reste aujourd&rsquo;hui largement repr\u00e9sent\u00e9e dans le d\u00e9partement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Charente-Maritime (17)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Charente-Maritime fournit l&rsquo;un des jalons historiques les mieux dat\u00e9s avec l&rsquo;exemplaire de Burie, juin 1921, publi\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard. L\u00e0 encore, Gelin et Lucas indiquaient en 1912 une pr\u00e9sence g\u00e9n\u00e9rale dans la r\u00e9gion. La Charente-Maritime ancienne offrait une mosa\u00efque particuli\u00e8rement favorable : bocages du nord et du sud, prairies, lisi\u00e8res, secteurs calcaires, anciennes chaumes et haies riches en prunelliers et aub\u00e9pines. Papillons de Poitou-Charentes L\u00e9vesque compte explicitement la Charente-Maritime parmi les territoires o\u00f9 les anciennes chaumes \u00e9taient encore beaucoup plus \u00e9tendues quelques d\u00e9cennies auparavant. Leur recul contribue \u00e0 expliquer pourquoi une esp\u00e8ce autrefois banale est devenue beaucoup plus localis\u00e9e. Papillons de Poitou-Charentes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le recul n&rsquo;aboutit toutefois pas \u00e0 une disparition. Les inventaires contemporains continuent de rencontrer le Gaz\u00e9. Un inventaire charentais-maritime r\u00e9cent de 2022 le signale encore et lui attribue dans son r\u00e9f\u00e9rentiel local un niveau correspondant \u00e0 une esp\u00e8ce assez commune, tout en rappelant son classement r\u00e9gional LC. FAUNA comporte aujourd&rsquo;hui au moins une donn\u00e9e historique ou r\u00e9cente dans environ 32,4 % des communes de Charente-Maritime. Comme pr\u00e9c\u00e9demment, ce chiffre doit \u00eatre utilis\u00e9 comme indicateur de couverture documentaire cumul\u00e9e, et non comme estimation d&rsquo;occupation actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Charente-Maritime para\u00eet ainsi repr\u00e9senter un <strong>territoire de maintien diffus mais discontinu<\/strong>, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de la banalit\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e par les textes du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Deux-S\u00e8vres (79)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Deux-S\u00e8vres constituent le d\u00e9partement pour lequel l&rsquo;histoire documentaire est probablement la plus riche. C&rsquo;est ici que para\u00eet en 1878 le travail de Pierre-N\u00e9h\u00e9mie Maillard, l&rsquo;un des premiers grands jalons de la l\u00e9pidopt\u00e9rologie r\u00e9gionale. Cette ant\u00e9riorit\u00e9 explique aussi en partie pourquoi les collections anciennes deux-s\u00e9vriennes sont relativement bien repr\u00e9sent\u00e9es dans les synth\u00e8ses ult\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le catalogue moderne permet surtout d&rsquo;\u00e9tablir une v\u00e9ritable chronologie locale du Gaz\u00e9. \u00c0 Villiers-en-Bois, les captures de 1947, 1948, 1959 et 1960, puis de 1981 et 1983, constituent une s\u00e9rie remarquable. D&rsquo;autres mentions jalonnent Chiz\u00e9 en 1972, Moutiers-sous-Argenton en 1980, Saint-Georges-de-Rex en 1992 et 1995, Argenton-les-Vall\u00e9es et Genneton en 2010 et Voultegon en 2011. Papillons de Poitou-Charentes Ces donn\u00e9es illustrent bien la transition entre l&rsquo;ancienne faune et la distribution contemporaine. Le Gaz\u00e9 n&rsquo;a pas brutalement disparu : il persiste pendant toute la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, mais les observations deviennent g\u00e9ographiquement structur\u00e9es autour de secteurs favorables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sud des Deux-S\u00e8vres est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;un des territoires cit\u00e9s par L\u00e9vesque pour l&rsquo;importance ancienne des chaumes. Il explique que la transformation agricole de ces paysages et le remembrement ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 l&rsquo;habitat du Gaz\u00e9.  La base FAUNA poss\u00e8de aujourd&rsquo;hui des donn\u00e9es dans environ 23,8 % des communes deux-s\u00e9vriennes, proportion la plus faible des quatre d\u00e9partements de l&rsquo;ancien Poitou-Charentes. Cette diff\u00e9rence est int\u00e9ressante mais ne suffit pas \u00e0 d\u00e9montrer que le Gaz\u00e9 est effectivement deux fois moins fr\u00e9quent qu&rsquo;en Charente : l&rsquo;effort de prospection, l&rsquo;histoire des bases et la concentration spatiale des donn\u00e9es jouent aussi un r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9anmoins, la combinaison des archives, collections et observations modernes sugg\u00e8re une situation coh\u00e9rente : une esp\u00e8ce tr\u00e8s largement distribu\u00e9e historiquement, <strong>fortement r\u00e9duite<\/strong> par la transformation des paysages de plaine, mais ayant conserv\u00e9 des noyaux p\u00e9rennes, notamment dans certains ensembles bocagers et forestiers du sud et du nord-ouest du d\u00e9partement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vienne (86)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Vienne est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante parce que l&rsquo;on dispose d&rsquo;une meilleure continuit\u00e9 entre litt\u00e9rature ancienne et inventaires modernes. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bilan r\u00e9alis\u00e9 par Vienne Nature \u00e0 la fin de 2008 recensait 41 citations r\u00e9parties sur 23 communes, les principaux milieux mentionn\u00e9s \u00e9tant les haies et les prairies bocag\u00e8res. L&rsquo;esp\u00e8ce apparaissait dans Gelin et Lucas d\u00e8s 1912 et demeurait pr\u00e9sente dans les inventaires contemporains. Papillons de Poitou-Charentes Surtout, les \u00e9valuations d\u00e9partementales r\u00e9centes montrent une certaine stabilit\u00e9 : le Gaz\u00e9 \u00e9tait class\u00e9 AC, \u00ab assez commun \u00bb, dans l&rsquo;indice d\u00e9partemental de distribution de 2020 ; la m\u00eame cat\u00e9gorie appara\u00eet pour 2022 et 2024.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">FAUNA poss\u00e8de au moins une mention dans environ 33,1 % des communes de la Vienne. La Vienne constitue donc peut-\u00eatre le meilleur exemple r\u00e9gional d&rsquo;un territoire o\u00f9 le Gaz\u00e9 a certes particip\u00e9 au recul g\u00e9n\u00e9ral constat\u00e9 depuis le milieu du XXe si\u00e8cle, mais o\u00f9 un r\u00e9seau relativement dense de populations s&rsquo;est maintenu. Le bocage, les vall\u00e9es, les pelouses et coteaux, les lisi\u00e8res et les secteurs agricoles comportant encore aub\u00e9pines et prunelliers offrent de multiples refuges.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est aussi le d\u00e9partement o\u00f9 les donn\u00e9es modernes permettent le mieux d&rsquo;\u00e9viter une confusion entre \u00ab forte r\u00e9gression historique \u00bb et \u00ab esp\u00e8ce actuellement tr\u00e8s rare \u00bb : les deux propositions ne sont pas \u00e9quivalentes. Le Gaz\u00e9 peut \u00eatre aujourd&rsquo;hui assez commun dans certains paysages de la Vienne tout en \u00e9tant <strong>consid\u00e9rablement moins r\u00e9pandu qu&rsquo;un si\u00e8cle auparavant<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vend\u00e9e (85)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Vend\u00e9e pose un probl\u00e8me documentaire un peu diff\u00e9rent. Les grandes synth\u00e8ses historiques de l&rsquo;Ouest et le travail de Robert L\u00e9vesque l&rsquo;int\u00e8grent bien au territoire \u00e9tudi\u00e9, mais les donn\u00e9es anciennes accessibles en ligne sont moins souvent publi\u00e9es sous forme de localit\u00e9s vend\u00e9ennes pr\u00e9cises que pour les Deux-S\u00e8vres. Il serait donc excessif d&rsquo;inventer une chronologie aussi fine que celle du 79. Ce que les sources permettent d&rsquo;affirmer est que la Vend\u00e9e appartient historiquement \u00e0 l&rsquo;ensemble occidental dans lequel le Gaz\u00e9 \u00e9tait largement r\u00e9pandu, et qu&rsquo;elle est explicitement incluse dans la r\u00e9flexion de L\u00e9vesque sur l&rsquo;\u00e9volution des Macrol\u00e9pidopt\u00e8res du Poitou-Charentes et de Vend\u00e9e. Cette situation est \u00e9cologiquement coh\u00e9rente avec l&rsquo;ancienne importance du bocage vend\u00e9en. Les paysages de haies, prairies et lisi\u00e8res \u00e0 aub\u00e9pine et prunellier correspondent pr\u00e9cis\u00e9ment aux habitats exploit\u00e9s par l&rsquo;esp\u00e8ce. Les transformations du bocage au XXe si\u00e8cle fournissent donc un contexte analogue \u00e0 celui observ\u00e9 dans les d\u00e9partements voisins, m\u00eame si la documentation disponible ne permet pas d&rsquo;attribuer \u00e0 la Vend\u00e9e une courbe quantitative propre sur toute la p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui, le Gaz\u00e9 reste class\u00e9 LC \u2014 Pr\u00e9occupation mineure dans la Liste rouge des papillons de jour et Zyg\u00e8nes des Pays de la Loire publi\u00e9e en 2022.  Des inventaires r\u00e9cents confirment encore sa pr\u00e9sence en Vend\u00e9e. Il faut donc plut\u00f4t parler d&rsquo;une <strong>contraction historique<\/strong> et d&rsquo;une redistribution des populations.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Comparaison avec l&rsquo;\u00e9volution en France<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La trajectoire r\u00e9gionale s&rsquo;inscrit dans une \u00e9volution fran\u00e7aise beaucoup plus vaste. Les synth\u00e8ses nationales d\u00e9crivent le Gaz\u00e9 comme une esp\u00e8ce autrefois <strong>largement r\u00e9pandue et commune<\/strong>, ayant subi une <strong>forte rar\u00e9faction dans les plaines<\/strong>, particuli\u00e8rement dans la moiti\u00e9 nord et dans l&rsquo;Ouest, tandis qu&rsquo;elle demeure beaucoup plus r\u00e9guli\u00e8re dans plusieurs r\u00e9gions de moyenne montagne. Les synth\u00e8ses naturalistes contemporaines du Poitou-Charentes parlent ainsi d&rsquo;une esp\u00e8ce \u00ab jadis commune partout \u00bb ayant fortement r\u00e9gress\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">G\u00e9rard Luquet a consacr\u00e9 en 2014 un article sp\u00e9cifiquement \u00e0 la <strong>r\u00e9gression du Gaz\u00e9 en France<\/strong>. Son analyse insiste sur l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne dans les r\u00e9gions de plaine et discute plusieurs facteurs susceptibles d&rsquo;intervenir. La transformation des habitats agricoles appara\u00eet fondamentale, mais l&rsquo;\u00e9volution climatique et d&rsquo;autres facteurs sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La situation fran\u00e7aise est aujourd&rsquo;hui tr\u00e8s contrast\u00e9e. Dans certaines r\u00e9gions septentrionales, l&rsquo;esp\u00e8ce a quasiment disparu en tant que population reproductrice r\u00e9guli\u00e8re. En \u00cele-de-France, par exemple, les populations historiques sont consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9teintes et les observations contemporaines sont devenues exceptionnelles ou p\u00e9riph\u00e9riques. \u00c0 l&rsquo;inverse, les populations de moyenne montagne restent souvent beaucoup plus solides. Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 explique en partie comment l&rsquo;esp\u00e8ce peut avoir subi une r\u00e9gression majeure de son aire et de son abondance en plaine tout en restant class\u00e9e LC au niveau national.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La comparaison avec l&rsquo;ancienne Aquitaine est \u00e9galement instructive : lors de l&rsquo;\u00e9valuation r\u00e9gionale de 2019, le Gaz\u00e9 y a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 NT \u2014 Quasi menac\u00e9, tandis que le Poitou-Charentes le classait encore LC.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Comment interpr\u00e9ter les r\u00e9sultats du STERF ?<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>STERF \u2014 Suivi Temporel des Rhopaloc\u00e8res de France<\/strong> apporte un \u00e9l\u00e9ment essentiel, mais il faut \u00eatre tr\u00e8s rigoureux sur ce qu&rsquo;on peut lui faire dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le programme a d\u00e9marr\u00e9 en 2005 et repose sur des parcours standardis\u00e9s r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans des carr\u00e9s de 2 \u00d7 2 km. Les observateurs effectuent plusieurs passages annuels sur des transects d\u00e9finis, ce qui permet de comparer les abondances dans le temps beaucoup plus solidement qu&rsquo;avec les donn\u00e9es opportunistes des atlas ou des plateformes naturalistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne, les indicateurs fond\u00e9s sur les papillons de prairies traduisent une d\u00e9gradation g\u00e9n\u00e9rale : le bilan publi\u00e9 en 2022 indiquait une <strong>diminution de l&rsquo;ordre de 36 % <\/strong>en 33 ans pour l&rsquo;indicateur europ\u00e9en des <strong>papillons des prairies<\/strong>. Cet indicateur constitue un contexte g\u00e9n\u00e9ral et ne mesure pas sp\u00e9cifiquement le Gaz\u00e9 en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d&rsquo;autres termes, le STERF confirme solidement que de nombreux papillons des milieux agricoles et prairiaux connaissent des \u00e9volutions pr\u00e9occupantes, mais les publications publiques disponibles \u00e0 ce jour ne fournissent pas, \u00e0 ma connaissance, un coefficient national de tendance propre au Gaz\u00e9 suffisamment robuste pour \u00eatre cit\u00e9 comme tel.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/apocramap.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"724\" src=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/apocramap-1024x724.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14329\" style=\"width:640px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/apocramap-1024x724.jpg 1024w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/apocramap-300x212.jpg 300w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/apocramap-767x543.jpg 767w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/apocramap-120x85.jpg 120w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/apocramap.jpg 1224w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">R\u00e9partition occidentale du Gaz\u00e9 (depuis le GBIF &#8211; 25 septembre 2026)<br><sup>\u00a9\u00a9 byncsa &#8211; Cyrille Deliry (<em>Histoires Naturelles<\/em>)<\/sup><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-background wp-block-paragraph\" style=\"background:linear-gradient(135deg,rgb(238,238,238) 71%,rgb(169,184,195) 100%)\"><em>Le Gaz\u00e9 <\/em>(Aporia crataegi)<em> appara\u00eet historiquement comme un \u00e9l\u00e9ment caract\u00e9ristique des paysages ruraux de l&rsquo;Ouest de la France. D\u00e9crit par Linn\u00e9 en 1758 sous le nom de <\/em>Papilio crataegi<em>, il n&rsquo;est document\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment dans le Poitou et les Charentes qu&rsquo;\u00e0 partir du XIXe si\u00e8cle, avec notamment les travaux de Maillard dans les Deux-S\u00e8vres en 1878, puis ceux de Gelin et Lucas. En 1912, ces derniers le consid\u00e8rent comme pr\u00e9sent dans toute la r\u00e9gion et plus ou moins abondant selon les ann\u00e9es, fr\u00e9quentant prairies et espaces cultiv\u00e9s et utilisant principalement l&rsquo;aub\u00e9pine et le prunellier comme plantes nourrici\u00e8res. Les collections anciennes et quelques publications ponctuelles, comme l&rsquo;exemplaire de Burie en Charente-Maritime en 1921 ou la s\u00e9rie de captures r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 Villiers-en-Bois dans les Deux-S\u00e8vres entre 1947 et 1960, confirment cette pr\u00e9sence ancienne, tout en sous-estimant vraisemblablement la distribution d&rsquo;une esp\u00e8ce alors jug\u00e9e commune. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1950, la situation change profond\u00e9ment. Robert L\u00e9vesque d\u00e9crit une r\u00e9gression sensible du Gaz\u00e9 parall\u00e8lement aux remembrements, \u00e0 la disparition de nombreuses haies et chaumes et \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des pratiques agricoles. Ce recul, particuli\u00e8rement marqu\u00e9 dans les paysages de plaine, correspond \u00e0 une \u00e9volution observ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale : le Gaz\u00e9 s&rsquo;est fortement rar\u00e9fi\u00e9 dans une grande partie de la moiti\u00e9 nord et de l&rsquo;Ouest de la France, jusqu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre de plusieurs territoires o\u00f9 il \u00e9tait autrefois commun, tandis que les populations de moyenne montagne se sont globalement mieux maintenues. En Poitou-Charentes et en Vend\u00e9e, l&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;a cependant pas connu une telle disparition g\u00e9n\u00e9rale. Elle subsiste dans les cinq d\u00e9partements, avec une situation particuli\u00e8rement bien document\u00e9e dans la Vienne o\u00f9 elle demeure class\u00e9e \u00ab assez commune \u00bb, et des noyaux persistants en Charente, Charente-Maritime, Deux-S\u00e8vres et Vend\u00e9e. Les atlas et bases naturalistes modernes t\u00e9moignent de ce maintien, mais leur forte augmentation du nombre de donn\u00e9es apr\u00e8s 2000 traduit aussi une intensification consid\u00e9rable de la prospection. Les donn\u00e9es GBIF, collections et bases r\u00e9gionales doivent donc \u00eatre utilis\u00e9es avant tout pour reconstruire la distribution et les continuit\u00e9s de pr\u00e9sence, et non pour d\u00e9duire directement une \u00e9volution d&rsquo;abondance. Le STERF apporte \u00e0 cet \u00e9gard un cadre beaucoup plus robuste pour mesurer les tendances temporelles ; les r\u00e9sultats nationaux r\u00e9cents mettent en \u00e9vidence le d\u00e9clin de plusieurs groupes de papillons de milieux agricoles et prairiaux, notamment des \u00ab pi\u00e9rides blanches \u00bb, mais ne fournissent pas encore dans les synth\u00e8ses publiques une tendance nationale sp\u00e9cifique suffisamment document\u00e9e pour Aporia crataegi. Ainsi, la situation actuelle du Gaz\u00e9 en Poitou-Charentes et en Vend\u00e9e peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e comme celle d&rsquo;une esp\u00e8ce ayant subi une contraction historique majeure depuis une situation de quasi-omnipr\u00e9sence au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, mais ayant conserv\u00e9 un r\u00e9seau significatif de populations, ce qui explique son classement actuel en Pr\u00e9occupation mineure malgr\u00e9 une perte historique manifeste.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Le d\u00e9clin des esp\u00e8ces autrefois communes est souvent difficile \u00e0 documenter. Parce qu\u2019elles \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme banales, elles ont longtemps \u00e9t\u00e9 peu suivies. Leur rar\u00e9faction peut ainsi passer inaper\u00e7ue, tandis qu\u2019elles restent per\u00e7ues comme communes. Ce n\u2019est souvent qu\u2019une fois devenues manifestement rares qu\u2019elles commencent \u00e0 \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment, alors que les donn\u00e9es manquent justement pour mesurer l\u2019ampleur du d\u00e9clin ant\u00e9rieur.<\/h5>\n\n\n\n<ul style=\"background-color:#eeeeee\" class=\"wp-block-list has-background has-small-font-size\">\n<li class=\"has-small-font-size\"><strong>Gelin H. &amp; Lucas D. 1912<\/strong> \u2013 Catalogue des L\u00e9pidopt\u00e8res observ\u00e9s dans l\u2019Ouest de la France. 1\u00e8re partie : Macrol\u00e9pidopt\u00e8res. \u2013 <em>M\u00e9moires de la Soci\u00e9t\u00e9 historique et scientifique des Deux-S\u00e8vres<\/em> : 1-230.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Le Charles L.G. 1927<\/strong> \u2013 Descriptions de formes nouvelles de L\u00e9pidopt\u00e8res. \u2013 <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 entomologique de France<\/em>, 32 (8).<\/li>\n\n\n\n<li><strong>L\u00e9vesque R. 2008<\/strong> \u2013 L\u00e9pidopt\u00e8res du Poitou-Charentes, Vend\u00e9e et leurs biotopes. \u2013 <em>Cahiers de l\u2019OPIE Poitou-Charentes<\/em>, 1 : 1-52.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Luquet G.C. 2014<\/strong> \u2013 Observations et r\u00e9flexions \u00e0 propos de la r\u00e9gression du Gaz\u00e9, <em>Aporia crataegi<\/em> (Linn\u00e9, 1758) (Lepidoptera Pieridae Pierinae). \u2013 <em>Alexanor, <\/em>26 (3) : 167-175.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Maillard P.-N. 1878<\/strong> \u2013 <em>Papillons des Deux-S\u00e8vres. Description des Rhopaloc\u00e8res ou papillons diurnes, suivie de celle des Sphingides<\/em>. \u2013 Melle : 70 p.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2026, le Gaz\u00e9 a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu\u00eate dans les Deux-S\u00e8vres \u00e0 laquelle ont r\u00e9pondu 16 observateurs. J&rsquo;aurai bien voulu, mais je n&rsquo;en ai pas vu ! 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