{"id":8908,"date":"2026-02-18T18:33:39","date_gmt":"2026-02-18T18:33:39","guid":{"rendered":"https:\/\/deliry.com\/?p=8908"},"modified":"2026-04-13T15:11:33","modified_gmt":"2026-04-13T15:11:33","slug":"aux-origines-de-lodonatologie-francaise-1323-1987","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/deliry.com\/?p=8908","title":{"rendered":"Aux origines de l&rsquo;odonatologie fran\u00e7aise (1323-1987)"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full\"><a href=\"https:\/\/odonates.net\/index.php\/Pr%C3%A9sentation_g%C3%A9n%C3%A9rale_des_Odonates_de_France#Pr%C3%A9sentation_g%C3%A9n%C3%A9rale_des_Odonates_de_France_%281323-1987%29\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"180\" height=\"180\" src=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Calrond-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9006\" srcset=\"https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Calrond-1.png 180w, https:\/\/deliry.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Calrond-1-150x150.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L\u2019<strong>odonatologie fran\u00e7aise<\/strong> tient une place tr\u00e8s importante dans l\u2019\u00e9tude des Libellules y compris au niveau international.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusque r\u00e9cemment j\u2019ai pens\u00e9 que la plus ancienne Libellule \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9terminable de l\u2019histoire odonatologique, se trouvait dans le <em><strong>Br\u00e9viaire de Belleville<\/strong><\/em> repr\u00e9sent\u00e9e par Jean Pucelle (\u2026-1334) manuscrit vers <strong>1323-26<\/strong> et venait de France. On y trouve un <em>Calopteryx<\/em> qu\u2019on pourrait interpr\u00e9ter comme <em>Calopteryx xanthostoma<\/em>. Toutefois suite \u00e0 de nouvelles lectures, c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Asie dans un tableau de Qian Xuan (1235-1305), probablement ant\u00e9rieur d\u2019un si\u00e8cle repr\u00e9sentant un m\u00e2le de <em>Rhyothemis fuliginosa<\/em> originaire de Chine&#8230; mais rien d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Les magnifiques planches de <strong>Joris Hoefnagel (1542-1601)<\/strong> repr\u00e9sentent une dizaine d\u2019esp\u00e8ces fran\u00e7aises suppl\u00e9mentaires datant de 1575. Leur qualit\u00e9 est exceptionnelle et sera in\u00e9gal\u00e9e pendant pr\u00e8s de deux si\u00e8cles. On trouve avec <strong>Ren\u00e9-Antoine Ferchault de R\u00e9aumur (1683-1757)<\/strong> dans son ouvrage <em><strong>Des mouches \u00e0 quatre aisles nomm\u00e9es Demoiselles<\/strong><\/em> paru en <strong>1742<\/strong>, une histoire naturelle et \u00e9tude de la biologie des Libellules qui viennent tout juste d\u2019\u00eatre rebaptis\u00e9es sur nom latin <em>Libellula<\/em> par Carl Linn\u00e6us (1707-1778) en 1735. Ces Insectes conservent toutefois le nom fran\u00e7ais de Demoiselles et le terme Libellule ne se trouve pas dans cette langue, pas avant la synth\u00e8se de <strong>Olivier (1756-1814)<\/strong> dont la partie concernant les Odonates est \u00e9dit\u00e9e en 1792. La premi\u00e8re synth\u00e8se, relativement succincte, sur les <em>Odonates de France<\/em>, se trouve dans la <em>Faune de France<\/em> (Acloque 1897), pr\u00e9par\u00e9e par <strong>Alexandre Acloque (1871-1941)<\/strong> o\u00f9 sont r\u00e9pertori\u00e9es 65 esp\u00e8ces ainsi que quelques autres de pays voisins. Le premier ouvrage \u00ab complet \u00bb para\u00eet sous la plume de <strong>Ren\u00e9 Martin (1846-1925)<\/strong> en 1931. On trouve encore des pr\u00e9cisions sur les <em>Odonates de France<\/em> au sein d\u2019ouvrages de dimension plus large (Robert 1958, Aguesse 1968), mais ce n\u2019est pas avant la synth\u00e8se fondatrice de Jean-Louis Dommanget que na\u00eet l\u2019odonatologie moderne en France (<strong>Dommanget 1987<\/strong>) et il n\u2019y a pas eu de nouvelle synth\u00e8se sp\u00e9cifique d\u2019un tel ordre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dition en ligne de ce document d\u00e9but 2022 (<strong>Deliry 2022<\/strong>), hormis le document tr\u00e8s complet pr\u00e9par\u00e9 sous la coordination de Pascal Dupont r\u00e9dig\u00e9 dans le cadre du premier <strong>Plan National d\u2019Actions en faveur des Odonates en 2010 <\/strong>qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par des ouvrages destin\u00e9s plus particuli\u00e8rement \u00e0 la d\u00e9termination et la pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale des esp\u00e8ces du pays (Grand &amp; Boudot 2006, 2014, 2017, 2019). J\u2019ai depuis amplement compl\u00e9t\u00e9 ce travail dont la premi\u00e8re \u00e9dition \u00ab\u00a0ne comprenait que\u00a0\u00bb 388 pages contre d\u00e9sormais ~576. N\u00e9anmoins le travail n\u2019est pas termin\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons qu\u2019une des premi\u00e8res Libellules repr\u00e9sent\u00e9es et \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9terminable est un <em>Calopteryx cf. xanthostoma<\/em> repr\u00e9sent\u00e9 par Pucelle, aux alentours de 1323-26 dans le \u00ab Br\u00e9viaire de Belleville \u00bb. Cette repr\u00e9sentation est de toute \u00e9vidence fran\u00e7aise. On trouve ensuite vers 1503-08 avec Bourdichon, plusieurs esp\u00e8ces enlumin\u00e9es dans les \u00ab Grandes Heures d\u2019Anne de Bretagne \u00bb avec <em>Cordulegaster boltonii<\/em> et <em>Platetrum depressum<\/em> notamment. <strong>Rondelet (1555 et 1558)<\/strong> dans son \u00ab <em>Histoire enti\u00e8re des Poissons<\/em> \u00bb en 1558, mais aussi dans une pr\u00e9sentation en latin de 1555, introduit le mot <em><strong>Libella fluviatilis<\/strong><\/em> pour les larves de nos Insectes. Il parle ensuite de ceux-ci comme des Mouches d\u2019eau douce pour ce qui est des imagos. Les magnifiques planches d\u2019Hoefnagel (1575) ajoutent sans les nommer \u00e0 nos esp\u00e8ces, <em>Aeshna cyanea, Simaeschna colubercula<\/em>, <em>Sympetrum depressiusculum, Calopteryx virgo, Calopteryx splendens, Sympecma fusca, Sympetrum pedemontanum<\/em> et <em>Orthetrum brunneum<\/em>. Ces Insectes sont pr\u00e9sent\u00e9s parmi les <em>Mouches<\/em> ou <em>Muscas<\/em>. Une illustration de <em>Brachytron pratense<\/em> faite par en 1590 provient probablement aussi de France. Le mot <em>Libellula<\/em>, diminutif du nom donn\u00e9 pr\u00e8s de deux si\u00e8cles auparavant par Rondelet (1555), \u00e0 savoir <em>Libella<\/em>, est une invention de Linnaeus dans sa premi\u00e8re \u00e9dition du \u00ab <em>Systema Naturae<\/em> \u00bb parue en 1735. Dans son troisi\u00e8me m\u00e9moire paru en 1738, de R\u00e9aumur pr\u00e9sente une illustration pr\u00e9coce d\u2019<em>Onychogomphus forcipatus<\/em>, une femelle. C\u2019est en 1742 que para\u00eet son onzi\u00e8me m\u00e9moire, fondation de l\u2019odonatologie moderne : \u00ab <em>Des mouches \u00e0 quatre aisles nomm\u00e9es Demoiselles<\/em> \u00bb. Cet ouvrage qui pr\u00e9sente les comportements et la biologie des Odonates sera sans \u00e9quivalent avant le d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle. On y trouve repr\u00e9sent\u00e9es quelques nouvelles esp\u00e8ces de France comme <em>Coenagrion puella, Aeshna grandis<\/em> ou <em>Libellula quadrimaculata<\/em>. <em>Platetrum depressum<\/em> est une esp\u00e8ce indiqu\u00e9e &#8211; sans nom particulier &#8211; \u00e0 Paris (il s\u2019agit \u00e0 ma connaissance de la premi\u00e8re mention fran\u00e7aise d\u2019Odonates qui soit localis\u00e9e, avec une autre, justement \u00e0 R\u00e9aumur, situ\u00e9e en Vend\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la dixi\u00e8me \u00e9dition du \u00ab <em>Systema Naturae<\/em> \u00bb de Linnaeus parue en 1758 qui comprend les premi\u00e8res descriptions retenues officiellement pour les Libellules. Tr\u00e8s rapidement \u00e0 la suite, en 1762, Geoffroy r\u00e9dige une des toutes premi\u00e8res odonatofaunes r\u00e9gionales, elle est fran\u00e7aise : \u00ab <em>Histoire abr\u00e9g\u00e9e des insectesx qui se trouvent aux environs de Paris<\/em> \u00bb. L\u2019auteur, bien que connaissant, au moins partiellement, la notion de noms scientifiques, n\u2019applique pas la m\u00e9thode de Linnaeus de mani\u00e8re concr\u00e8te. Il faut attendre la r\u00e9\u00e9criture de son ouvrage par de Fourcroy en 1785 pour disposer alors de noms ad\u00e9quates. Ces auteurs introduisent plusieurs synonymes, mais surtout ajoutent \u00e0 la Science, <strong><em>Libellula cecilia<\/em> Geoffroy <em>in<\/em> de Fourcroy, 1785 <\/strong>(la C\u00e9cile), soit <em>Ophiogomphus cecilia<\/em> et un nom maladroitement oubli\u00e9, <em>Libellula victoria<\/em> Geoffroy <em>in<\/em> de Fourcroy, 1785 (<em>nomen oblitum<\/em>) qui concerne <em>Crocothemis erythraea<\/em> dont la description officielle retenue ne datera que de 1832. Geoffroy est donc le premier scientifique \u00e0 d\u00e9crire des Libellules apr\u00e8s Linnaeus en 1758, mais il faut attendre 1785 (<em>op. cit.<\/em>) pour que ses descriptions soient concr\u00e9tis\u00e9es par de v\u00e9ritables noms scientifiques. L\u2019odonatologie est par la suite surtout anglaise, germanique, italienne, suisse voire russe, norv\u00e9gienne&#8230; ou exotique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage r\u00e9dig\u00e9 par <strong>de Villers (1789)<\/strong> reprend la m\u00e9thode de Linn\u00e9. Il pr\u00e9sente une liste relativement compl\u00e8te des Libellules connues \u00e0 son \u00e9poque en Europe et se caract\u00e9rise par l\u2019adjonction de noms fran\u00e7ais bas\u00e9s sur des pr\u00e9noms de femmes et quelques indications de la r\u00e9gion de Lyon, du sud de la France ou de la Bresse. Il reprend avec une bonne rigueur les esp\u00e8ces d\u00e9crites par ses contemporains. Il ajoute par jeu de synonymies de nouvelles esp\u00e8ces pour la France : <em>Leucorrhinia caudalis<\/em> sous <em>Libellula triedra<\/em>, <em>Leucorrhinia pectoralis<\/em> sous <em>Libellula rubicunda<\/em>, <em>Sympetrum striolatum<\/em> sous <em>Libellula variegata<\/em>, <em>Orthetrum cancellatum<\/em> sous <em>Libellula frumenti<\/em>, <em>Orthetrum albistylum<\/em> sous <em>Libellula cancellata<\/em>, <em>Platycnemis pennipes<\/em> sous <em>Libellula albidella<\/em> et il donne aussi <em>Sympetrum sanguineum<\/em> (<em>Libellula sanguinea<\/em>), <em>Sympetrum vulgatum<\/em> (<em>Libellula vulgata<\/em>), etc. Il d\u00e9crit une nouvelle esp\u00e8ce avec <em>Libellula tenella<\/em> qui correspond \u00e0 <em>Ceriagrion tenellum<\/em> (de Villers, 1789) connue en Europe et en France. Une de ses planches repr\u00e9sente une femelle de <em>Calopteryx haemorrhoidalis<\/em> (voir plus bas). Au terme de cet ouvrage, on conna\u00eet un peut plus d\u2019une trentaine d\u2019esp\u00e8ces en France.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re <strong>zoonymie \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8te en langue fran\u00e7aise<\/strong> se trouve chez Olivier (<strong>1792<\/strong>) qui tente dans son ouvrage sur les Insectes, de reprendre la totalit\u00e9 des esp\u00e8ces de Libellules connues dans le Monde \u00e0 son \u00e9poque. Il attribue \u00e0 chaque esp\u00e8ce un nom fran\u00e7ais \u00ab standard \u00bb, \u00e0 savoir un nom qui n\u2019est pas le pr\u00e9nom d\u2019une jeune femme. Par ailleurs cet auteur inaugure l\u2019utilisation du mot \u00ab Libellule \u00bb en fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second ouvrage qui concerne les Odonates de la r\u00e9gion parisienne se trouve sous la plume de Walckenaer (1802). Cet auteur compl\u00e8te les noms fran\u00e7ais des Libellules. Fait m\u00e9connu, c\u2019est Latreille (1804) qui d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois la famille des Libellulid\u00e9s. Cette famille est le plus souvent attribu\u00e9e \u00e0 des auteurs post\u00e9rieurs, \u00ab\u00a0\u00e0 mon sens par erreur\u00a0\u00bb. Nous avons donc les<em> Libellulidae<\/em> Latreille, 1804. Cet auteur d\u00e9crit dans le volume suivant de ses ouvrages,  <em>Aeshna mixta<\/em> Latreille, 1805, une esp\u00e8ce d\u00e9j\u00e0 clairement pr\u00e9sent\u00e9e sous  <em>Libellula colubercula<\/em> par Harris (1780).<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res odonatofaunes europ\u00e9ennes sont publi\u00e9es en 1825, ind\u00e9pendamment par Vander Linden et de Charpentier. Ces deux auteurs d\u00e9crivent plusieurs nouvelles esp\u00e8ces pour l\u2019Europe et le second, en particulier y pr\u00e9cise quelques esp\u00e8ces pour la France. <strong>Risso (1826) d\u00e9crit <em>Agrion nicaeensis<\/em><\/strong> qui n\u2019est autre que le premier signalement de <em>Calopteryx virgo meridionalis<\/em> de Selys Longchamps, 1873 avec cinquante ans d\u2019anticipation. <em>Agrion nicaeensis<\/em> Risso, 1826 (<em>nomen oblitum<\/em>) est un nom oubli\u00e9 pour la sous-esp\u00e8ce m\u00e9ridionale du Calopt\u00e9ryx vierge. Il ne se passera pas grand chose pour la France avant plus de 20 ans et l\u2019odonatologie mondiale est alors anglaise, grecque, belge, russe&#8230; ou exotique. C\u2019est alors que l\u2019auteur proven\u00e7al <strong>Boyer de Fonscolombe (1837, 1838) <\/strong>ajoute \u00e0 nos faunes r\u00e9gionales un article en trois parties sur les Libellules des environs d\u2019Aix-en-Provence. Bien que rigoureux, et, peut-\u00eatre pour partie mal document\u00e9, l\u2019auteur fait quelques confusions qui lui valent la perte de quelques premi\u00e8res scientifiques. Il est toutefois l\u2019auteur d\u2019<em>Orthetrum brunneum<\/em> (Boyer de Fonscolombe, 1837), <em>Boyeria irene<\/em> (Boyer de Fonscolombe, 1838) et <em>Coenagrion caerulescens<\/em> (Boyer de Fonscolombe, 1838). On trouve ajout\u00e9es \u00e0 ses textes de belles planches en couleur. Avec les travaux de l\u2019odonatologue proven\u00e7al, la liste fran\u00e7aise d\u2019Odonates d\u00e9passe les 40 esp\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019en 1825, deux synth\u00e8ses sur les  <em>Odonates d\u2019Europe<\/em> paraissent la m\u00eame ann\u00e9e en 1840. Elles sont pr\u00e9sent\u00e9es ind\u00e9pendamment par de Charpentier et de Selys Longchamps. Le second auteur en particulier, replace les esp\u00e8ces alors connues, entre autres, en France. Rambur (1842) fait de m\u00eame et ajoute quelques esp\u00e8ces ou localit\u00e9s dans son ouvrage \u00e0 dimension mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em><strong>Macromia splendens<\/strong><\/em> \u00bb entre dans l\u2019histoire sous <em>Cordulia splendida<\/em> Pictet de la Rive <em>in<\/em> de Selys Longchamps, 1843 (<em>nomen oblitum<\/em>), mais c\u2019est <em>Cordulia splendens<\/em> Pictet de la Rive &amp; de Selys Longchamps, 1843 r\u00e9serv\u00e9 au premier auteur seulement, qui fera carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Baron de Selys Longchamps pr\u00e9cise et compl\u00e8te tr\u00e8s significativement dans sa \u00ab <em><strong>Revue des Odonates ou Libellules d\u2019Europe<\/strong><\/em> \u00bb pr\u00e9par\u00e9e en colaboration avec H.A.Hagen les connaissances sur nos Insectes. Cet ouvrage fonde l\u2019odonatologie europ\u00e9enne et pr\u00e9sente la premi\u00e8re synth\u00e8se, dans un de ses chapitres, sur les <em>Libellules de France<\/em>. L\u2019auteur y signale 69 esp\u00e8ces sur les 98 connues alors en Europe ; suivent l\u2019Allemagne et l\u2019Italie avec respectivement 65 et 63 esp\u00e8ces. Il y en a 57 en Belgique, un pays bien \u00e9tudi\u00e9 par Edmond de Selys Longchamps. \u00c0 l\u2019\u00e9poque l\u2019odonatofaune de la r\u00e9gion parisienne avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019avant-garde et comprenait 47 esp\u00e8ces. Mes recherches pr\u00e9cisent que nous avions d\u00e9passer les 70 esp\u00e8ces illustr\u00e9es ou signal\u00e9es en France au milieu du XIX\u1d49 si\u00e8cle, ce qui rend les r\u00e9sultats donn\u00e9s par de Selys Longchamps &amp; Hagen (1850) particuli\u00e8rement \u00ab\u00a0pr\u00e9cis\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors l\u2019odonatologie mondiale sera domin\u00e9e par Edmond de Selys Longchamps qui pr\u00e9sente les Odonates, groupe par groupe : notamment les \u00ab\u00a0Calopt\u00e9rygines\u00a0\u00bb en 1853 (publi\u00e9 en 1854), les \u00ab\u00a0Gomphines\u00a0\u00bb d\u00e8s 1854, les \u00ab\u00a0Agrionines\u00a0\u00bb d\u00e8s 1860, les \u00ab\u00a0Cordulines\u00a0\u00bb d\u00e8s 1871, ouvrages suivis de plusieurs compl\u00e9ments ou additions. Les \u00ab\u00a0Libellulines\u00a0\u00bb ne seront trait\u00e9s que par les \u201c\u00e9l\u00e8ves\u201d de l\u2019auteur Belge qui n\u2019a pu boucler son grand ouvrage. La r\u00e9partition des esp\u00e8ces y est donn\u00e9e et le cas opportun, leur citation en France est donn\u00e9e. Entre temps outre quelques br\u00e8ves notes de Martin en fin de XIX\u1d49 si\u00e8cle, seuls deux documents int\u00e9ressent significativement les<em> Libellules de France<\/em> : la r\u00e9gion de Besan\u00e7on avec <strong>Pidancet (1856)<\/strong> et la Savoie avec une br\u00e8ve note de Dessaix (1858). Il convient de noter toutefois que j\u2019ai \u201cd\u00e9couvert\u201d et surtout adapt\u00e9 avec l\u2019aide des coll\u00e8gues lig\u00e9riens, un manuscrit d\u2019\u00e9chelle d\u00e9partementales, bien ant\u00e9rieur pour le d\u00e9partement de la Loire puisqu\u2019il date du tout d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle [\u00e0 pr\u00e9ciser !]. Pidancet (1856) forge les noms de <strong><em>Libellula bruandi<\/em> Pidancet, 1856<\/strong> et d\u2019<strong><em>Aeschna justi<\/em> Pidancet, 1856<\/strong>, synonymes m\u00e9connus, que je consid\u00e8re respectivement \u00e9quivalents d\u2019<em>Orthetrum brunneum<\/em> et d\u2019<em>Aeshna juncea<\/em>. Pour <em>Aeshna juncea<\/em> il s\u2019agit de la premi\u00e8re mention fran\u00e7aise. N\u00e9anmoins le XIX\u1d49 si\u00e8cle reste un parent pauvre de l\u2019odonatologie fran\u00e7aise. On soulignera outre la synth\u00e8se de Pidancet, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e et concernant les Odonates du secteur de Besan\u00e7on, la mention tr\u00e8s remarquable de <em>Macromia splendens<\/em> \u00e0 Jarnac en Charente dans les ann\u00e9es 1860, seconde station fran\u00e7aise (voire mondiale) pour cette Libellules, par Henry Delamain (de Selys Longchamps &amp; Delamain 1868). C\u2019est aussi de Savoie que de Selys Longchamps (1874) signale <em><strong>Nehalennia speciosa<\/strong><\/em> sur le t\u00e9moignage de J.B.Bailly, naturaliste \u00e0 Chamb\u00e9ry bien connu pour son ouvrage en quatre volumes sur l\u2019<em>Ornithologie de la Savoie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son catalogue synonymique mondial, Kirby (1890), ne cite explicitement de France que <em>Gomphus simillimus, Gomphus pulchellus, Gomphus graslinii, Platycnemis acutipennis<\/em> et <em>Coenagrion caerulescens<\/em> ; les autres esp\u00e8ces sont rapport\u00e9es \u00e0 l\u2019Europe, sans plus de d\u00e9tails. Il cite en outre comme de \u00ab bonnes esp\u00e8ces \u00bb,  <em>Libellula dorothea, Libellula sophia<\/em> et  <em>Libellula adelais<\/em> selon les descriptions donn\u00e9es par Geoffoy dans l\u2019ouvrage de Fourcroy (1785), taxons que je pense \u00e9quivalents ou proches de  <em>Coenagrion (cf. puella)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici plus d\u2019un demi-si\u00e8cle que fort peu de choses se passent en ce qui concerne les <em>Odonates de France<\/em>, lorsque Martin (<strong>1931<\/strong>) publie le premier ouvrage concernant les <em>Libellules de France<\/em>. Celui-ci couvre les <strong><em>N\u00e9vropt\u00e8res<\/em> et <em>Pseudo-N\u00e9vropt\u00e8re<\/em><\/strong><em><strong>s<\/strong><\/em>. N\u00e9anmoins, pour le d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle, le Poitou-Charentes fait exception et les recherches de Ren\u00e9 Martin, Joseph Lacroix et Henri Gelin permettent de dresser une liste r\u00e9gionale de 62 esp\u00e8ces (il y en a aujourd\u2019hui 70) et il faudra par contre longtemps avant que soit poursuivi l\u2019inventaire r\u00e9gional qui ne reprend pas avant les ann\u00e9es 1980 (Vienne et Charente), voire la fin des ann\u00e9es 1990 (Deux-S\u00e8vres et Charente-Maritime).<\/p>\n\n\n\n<p>Bas\u00e9 sur le centre de l\u2019Europe, l\u2019ouvrage de <strong>Robert (1958)<\/strong> est un livre naturaliste particuli\u00e8rement d\u00e9taill\u00e9 sur la biologie et les comportements des Libellules. Il est \u00e0 l\u2019origine des premi\u00e8res vocations du grand public pour l\u2019\u00e9tude des <em>Odonates en France<\/em>. Il sera suivi par un livre plus \u00ab scientifique \u00bb r\u00e9alis\u00e9 par <strong>Aguesse (1968)<\/strong>, qui permet une d\u00e9termination rigoureuse des <em>Odonates de France<\/em> et en donne des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9partition relativement pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir des ann\u00e9es 1980, les ouvrages de d\u00e9termination naturalistes tendent \u00e0 se multiplier dans diff\u00e9rentes langues. Ou trouve en particulier en fran\u00e7ais l\u2019ouvrage de <strong>d\u2019Aguilar &amp; Dommanget en 1985<\/strong> qui sera r\u00e9\u00e9dit\u00e9 de mani\u00e8re augment\u00e9e en 1998. Cet ouvrage traduit dans plusieurs langues aura un important succ\u00e8s. On trouve encore le livre de Jurzitza (1993), la cl\u00e9 de Wendler &amp; N\u00fc\u00df (1997) ou le guide naturaliste de Dijkstra &amp; Lewington (2007) qui a depuis \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9, ainsi des guides photographiques de poche (Hentz &amp; al. 2011, Pape-Lange 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi <strong>les ann\u00e9es 1980 posent les fondations de l\u2019odonatologie fran\u00e7aise moderne<\/strong> avec la parution d\u2019un bon guide de d\u00e9termination (d\u2019Aguilar &amp; Dommanget 1985), la naissance de la revue <em>Martinia<\/em> en 1985 qui accompagne la mise en route de l\u2019<em>Inventaire Odonatologique national<\/em> (INVOD) survenue en 1982 (Dommanget 1985), une \u00e9tude faunistique nationale compl\u00e8te (Dommanget 1987).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019odonatologie fran\u00e7aise tient une place tr\u00e8s importante dans l\u2019\u00e9tude des Libellules y compris au niveau international. 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