Loup gris

Loup gris

Canis lupus (Linnaeus, 1758)

Avertissement - On dit beaucoup de choses sur le Loup, on diffuse des informations diverses et variées et si nous avons pu succomber comme tous à l'imaginaire collectif, il convient de rester critique en ce qui concerne les éléments dits autour de cette espèce. Attention de ne pas "crier au loup" par erreur !

Les derniers Loups de Poitou-Charentes et Vendée auraient disparu dans les années 1930. L'espèce de retour en France devrait être bientôt, sinon un jour dans la région, si on lui laisse quelques chances…


Charlemagne ne s'est pas contenté d'inventer l'école ! Il a, en 813, pris une disposition pour lutter contre les Loups. Il créa les premiers officiers de Louveterie alors nommés
Luparii. Il fut imité par plusieurs de ses successeurs ; les premiers louvetiers, gens du peuple dont la vocation était l'éradication du Loup, apparaissent en 1318. François Ier définit en 1520 les fonctions de grand louvetier et sous Louis XIV le dauphin en personne devint responsable de la louveterie.

En patois local on trouve comme en français le
Loup mais aussi le Loup. On crillait "cajho !" pour les chasser. Quant au loup-garou, il porte le joli nom de galipote (et diverses variantes), la femelle étant la jhenope.

Les derrniers Loups gris types (ou Loup de Linné, Canis lupus lupus) connus en France, l'on été entre 1935 et 1940 (1954 ?) en Poitou-Charentes. C'est actuellement la souche italienne (ou Loup romain, Canis lupus italicus) qui est en cours d'installation dans le pays.


La présence du Loup en Poitou-Charentes & Vendée doit remonter à la nuit des temps : il est signalé dès le Paléolithique (anté-Holocène) sur l'essentiel des départements non littoraux. Sur ces derniers il n'est indiqué que plus tard, en général dès l'âge de Bronze ou du Fer (pas avant 4000 BP donc). Dumerchat (2010) souligne le paradoxe de la faiblesse du nombre de preuvent de relations entre le Loup et l'Homme au cours de la Préhistoire, la période de l'Antiquité et même du Moyen Âge.
Les récits sont nombreux et de nouveaux commentaires inédits sur la région sont encore rapportés, descendants d'hommes qui ont vu l'homme qui ont vu le Loup comme Dupuigrenet Desroussilles (2019). Nous en présentons quelques uns choisi ici, avec tout ce que celà peut comporter d'incertitudes car nous avons une imagination bien fertile, nous les humains et déformons volontiers la réalité tout particulièrement lorsqu'il s'agit du Loup.

Dumerchat (2010) dit que l'entrée d'un Loup dans une ville, ou dans un camp, est un prodige attesté 23 fois du Ve siècle avant JC au IIIe siècle de notre ère, par des chroniqueurs et historiens latins. Ainsi ne viendra-t-on pas s'étonner du fait relaté par Grégoire de Tours pour un animal entré dans les murs de Poitiers dans les années 580 où on ferma les porte, la traqua et le tua. Cette histoire aux fondements vraisemblablement rééls est associé à un volet de superstitions et de présages dramatiques.

Durant la guerre de Cent Ans (XIV-XVe siècle) les Loups pénètrèrent dans les rues de St Jean-d'Angély dévorant les cadavres qu'on n'avait alors plus la force d'enterrer. Le 23 octobre 1572 un vieil individu entre sans nulle gêne dans une boucherie à La Rochelle et fut malmené par les chiens et le gens ; témoignage de vue de Loups en ville à l'époque. On a pu dans le secteur de Poitiers détruire 180 Loups et 358 louveteaux en 1770. Dans la Généralité de Poitiers (essentiel de la Vienne, des Deux-Sèvres, de la Vendée et le nord de la Charente) ce sont pas moins de 5247 Loups qui furent abattus entre 1770 et 1784 (Prévost 2014). Les Loups apprécient tout particulièrement les landes nombreuses dans la région, nommées les "brandes du Poitou". A la fin du XVIIIe siècle, le Loup est en Deux-Sèvres plus abondant dans les arrondissements de Bressuire et de Parthenay. Notons que les battues étaient souvent organisées administrativement et qu'on trouve trace de documents attestant le contexte de celles-ci (
exemple de 1814 pour Vernoux-en-Gâtine, Deux-Sèvres). En 1842 le Loup était assez répandu en Charente-Maritime, notamment dans les forêts de Benon, Chizé, les bois de Saintes et de l'Houmé. Il n'est déjà plus qu'en petite quantité et localisé au milieu du XIXe siècle sur l'essentiel de la Charente, mais de belles populations subsistent à proximité de la Vienne et de la Haute-Vienne et perdureront jusqu'au "bout". En 1863 le duc de Beaufort vient spécialement d'Angleterre avec son équipage pour chasser le Loup en Poitou [1]. Il est encore abondant jusqu'après 1870 dans les brandes de la Vienne, mais sur ce département le déclin sera rapide. Par ailleurs, dans les années 1880 il est dit qu'il devient assez rare dans les forêts de la Charente-Maritime. A la fin du XIXe siècle il ne subsiste plus en Deux-Sèvre que dans les cantons de Lezay et Sauzé. Dans ce dernier département les mentions deviennent très ponctuelles au début du XXe siècle et la dernière date de 1927 (cas précisé ci-dessous). Ce ne sont pas moins de 121 Loups détruits dans la Vienne entre 1900 et 1929, essentiellement avant la première guère mondiale date après laquelle les mentions deviennent très localisées sur ce département. De même 256 Loups furent tués entre 1900 et 1929 dans un de ses derniers beau bastion situé en marge du département de la Charente. Pour la période de 1917 à 1937, Prévost (2014) a recueilli 42 données de Loups pour la région dont 34 authentifiées par la capture d'un animal. Si les derniers Loups du Poitou sont signalés au delà de 1930, un des derniers individus tués, l'est le 6 décembre 1927 sur Aigonnay (Deux-Sèvres) par Felix Morin. On trouve encore avec Prévost (2014) le cas d'un indvidu tué en 1932 sur Vinax en Charente-Maritime rapporté par Jeanne Brunet, le dernier Loup tué dans la Vienne signalé en 1932 à Pleumartin rapporté à Daniel Bernard ou un animal abattu en septembre 1933 sur la commune de Les Pins en Charente ainsi qu'un dernier en 1937 à St Angeau, toujours en Charente, dernier cas authentifié en France. Plusieurs mentions concernent ensuite principalement les Deux-Sèvres, voire la Vienne. Mais il doit subister dans les autres départements du Poitou puisqu'en 1935 ce sont quelques individus qui auraient été aperçus en Forêt de Braconne (Charente), information parue dans le journal local, l'Observateur de Ruffec, le 3 mars. Il s'agit d'une des dernières mentions "officielles" du Loup de Linné en France, néanmoins Salvat pense en 1937 qu'il reste quelques individus subsisteraient dans les bois impénétrables et les brandes du sud du Poitou et du pays Charentais de Montmorillon à Confolens, de Civais à Ruffec et à l'est d'Angoulême. Il en resterait de même encore en Dordogne entre Nontron et Ribérac. On rapporte même pour la Charente un contact dans le nord département en 1947. Outre le fait que ces indications tardives sont pléthoriques, on n'en connaît pas, ni les fondements, ni les sources exactes. Elles seront donc à considérer avec doute raisonnable. Nous signalerons en dernier chef un Loup rapporté à Sauzé-Vaussais (Deux-Sèvres) en 1954, sans qu'il soit possible d'en apporter ni preuve, ni clairs fondements.

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©© bysa - M.Steichen - Loup de Linné (Canis lupus lupus) - Wikimedia Commons

Une grande empreinte du Loup en Poitou-Charentes


Ce ne sont pas moins de 150 toponymes faisant référence au Loup qui sont identifiés dans la Vienne et 60 dans les Deux-Sèvres (Prévost 2014).

Surveillance du retour du Loup en Poitou-Charentes & Vendée


Des signes de présence possible seulement… Quelques premiers indices sont déjà disponibles pour la Vienne et pour la Charente, mais pour l'instant aucune preuve d'un animal qu'on pense, selon certaines sources, déjà présent jusqu'en Bretagne. Il est bien signalé dans le Limousin et côté Aquitaine ou Vendée on en est au même point qu'en Poitou-Charentes (indices sans preuves).
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Un loup gris authentifié le 20 novembre 2019 en Charente-Maritime

Quelques références


Bost-Lamondie J. 2018 - Ecoute en tête ! Les derniers Loups. Souvenirs de vénerie. - Montbel : 216 pp. [Première éd. en 1990 chez Le Pigache éd.]
d'Osmond R. 1892 - L'Homme des Bois. - Firmin-Didot, Paris.
Dumerchat F. 2010 - Histoire des loups en Poitou-Charentes-Vendée et plus particulièrement dans les Deux-Sèvres. Un état de la question. - Bull. de liaison des Soc. historiques des Deux-Sèvres, 4.
Dumerchat F. & Ribouillault C. 2013
- Histoire et mémoire du Loup. Charentes-Poitou - Vendée. - Cpe, Passeurs de Mémoire.
Dumerchat F. & Ribouillault C. 2018 - Le Loup en Poitou. - Ed. La Geste.
Dupuigrenet Desroussilles G. 2019 - Le Loup. - Ed. Montbel.
Fougeyrollas C.A. 1969 - Un animal de grande vénerie. Le Loup. Les chasses de loups en Poitou. - Ed.Perrin.
Prévost O. 2014 - Les derniers loups du Poitou-Charentes ? - Le Picton, 224.
Reynaud M. 1985 - Loups du Poitou. - Les Amis du paays de Lussac-les-Châteaux.
Teulière J.M. 2002
- Le Loup en Limousin, petite histoire d'une grande disparition. - Ed. Souny.

Liens Internets


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Miscellaneous Biodiversita (Loup gris)

Notes


de la besge
[1] - A Persac le vicomte Emile de la Besge (1812-1905 - photo ci-contre) est un des louvetiers les plus célèbre du Poitou. Il eut notamment l'honneur de recevoir le duc de Beaufort en 1863, venu spécialement d'Angleterre, pour chasser le Loup en forêt de Verrières avec les chiens de sa meute, qui au demeurant furent de médiocres courseurs à la différence des "bâtards du Poitou". Cet événement fit déplacer des Louvetiers de divers endroits venant même depuis Paris ou la Nièvre (illustration ci-dessous extraite de d'Osmond 1892).
le déplacement du duc de Beaufort en Poitou 2 -Tiré de Les Hommes des Bois (1892) - R. d'Osmond
A la fin du XIXe siècle en Poitou, un seul chasseur pouvait dans sa vie encore tuer jusqu'à 62 Loups à lui-seul. Certains disent qu'aux XVIII et XIXe siècles, le dernier moyen trouvé par les nobles des campagnes pour prouver au paysans qu'ils avaient encore un rôle protecteur était de mener la chasse au Loup. Au cours de l'années 1905, c'est a priori, le dernier équipage qui est réuni pour chasser le Loup en Poitou : il sonna 63 hallalis sur cet animal au cours de l'année. La meute comprenait alors un Chien hybride (ou demi-Loups) prompt à mieux repérer les traces de l'animal. Notons que plusieurs races de Chiens furent forgés en Poitou pour la chasse au Loup. Celles-ci ont disparu. On notera les Anglo-Poitevins, le Gascon-Saitongeois, le Griffon Vendéen, le Haut-Poitou, le Bâtard de Persac, le Saintonge, le Vendée. Fougeyrollas (1969) détaille par ailleurs la biographie de nombreux Louvetiers de la région.
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