Les perdants des changements climatiques chez les Odonates : pourra-t’on les préserver ?
Cyrille Deliry – Niort, le 24 janvier 2026
Introduction et articles commentés – Des preuves… – Analyses européennes… – Régions holarctiques septentrionales… – Australie… – Alertes empiriques… – Afrique du nord… – Réputées en déclin en Europe occidentale… – Discussion générale – Conclusion provisoire – Références classées chronologiquement – Annexe : les espèces réputées gagnantes…
On s’est intéressé le plus généralement aux gagnants du réchauffement climatique parmi les Odonates, toutefois certaines espèces montrent au contraire des déclins nets ou des éléments de fragilité réels liées aux changements climatiques. L’objectif de cette présentation est de tenter d’identifier les espèces ou les ensembles affectés négativement tout en distinguant ce qui est prouvé, les signaux empiriques ou les avis et alertes des naturalistes de terrain, experts en Odonates.
D’après l’UICN, 16% des quelques 6000 espèces d’Odonates décrites dans le Monde sont menacées d’extinction (CR, EN, VU), toutefois un fort contingent d’espèce mal connues (DD) vient s’ajouter à cet ensemble et comprend immanquablement des espèces menacées, méconnues par définition et parfois même probablement disparues. La perte des zones humides est un élément dominant des causes de déclin et les changements climatiques s’ils sont de plus en plus souvent pointés du doigt ont un impact apparemment modéré sur les Odonates. En effet les causes principales des menaces affectant les Odonates sont des pertes de zones humides d’origine anthropique comme le drainage des marais, la destruction ou la calibration des rivières ou autres cours d’eau. Les changements climatiques mettant en œuvre des températures en augmentation, des modifications du régime hydrologique, une augmentation des sécheresses ou a contrario la multiplication des inondations ou de crues cataclysmiques sont la seconde cause principale de l’altération des populations d’Odonates, voire de leur disparition. Enfin, pollution, pesticides et intensification de l’agriculture aggravent plus encore les cas de régression constatés. À titre d’exemple en France métropolitaine, sur 89 espèces évalués, 11 sont menacées et 13 quasi-menacées alors que 2 sont déjà considérées comme disparues. On peut citer parmi les espèces menacés, Macromia splendens ou Coenagrion caerulescens. Diverses évaluations régionales existent et des listes rouges adaptées ont été préparées pour l’essentiel des régions françaises. Ainsi en région Centre Val-de-Loire ce sont 26% des espèces qui sont menacées à cette échelle. Les facteurs menace rapportés en France et notamment en Nouvelle Aquitaine, sont principalement la disparition ou la dégradations des zones humides ou des cours d’eau, les modifications hydrologiques tels que la construction de barrages ou des activités de drainage, la pollution chimique ou l’eutrophisation artificielle des eaux ainsi que la propagation d’espèces exotiques envahissantes comme les écrevisses américaines. Les changements climatiques interviennent dans les facteurs de menaces en favorisant la régression des espèces thermosensibles et/ou des milieux oligotrophes. Pour les espèces menacées au niveau mondial, les changements climatiques restent des paramètres peu cités et la liste rouge mondiale met en évidence de manière similaire à la France des espèces associés à l’altération de leurs habitats, des diminutions de populations sans que les facteurs agissant soient clairement démontrés. Ceux-ci étant le plus souvent donnés comme des hypothèses ou des actions négatives possibles.
Les modèles climatiques montrent toutefois que de nombreuses espèces d’Odonates, en particulier celles présentant des plages thermiques étroites ou vivant dans des eaux froides, sont vulnérables aux changements de température et des fonctionnement hydrologiques. Dans des secteurs au climat chaud vient s’ajouter l’action, certes peu étudiée, de feux de forêts en augmentation entraînant un déclin des populations d’Odonates, tout comme d’ailleurs celui d’autres espèces d’Insectes.

| Observation historiques de changements d’aires de répartition Pour la Grande-Bretagne, Hickling & al. (2005) sont cités comme exemple montrant que certaines espèces d’Odonates étendent leur aire vers le nord en réponse au réchauffement climatique. L’historique a pu être mené à partir d’une quarantaine d’années d’observations. Il est illustre de cartes comparées entre les années 1960 et les années 1990. Les déplacements constatés sont interprétés comme une réponse au réchauffement climatique. Il ne s’agit pas ici d’informations sur le déclin proprement dit, mais un indicateur de vulnérabilité climatique pour les espèces le plus septentrionales dont la marge méridionales de répartition est en contraction. |
| L’augmentation des températures affecte la phénologie et le développement larvaire des Odonates Hassall & Thompson (2008) font une revue des effets du réchauffement global sur les Odonates. Ils montrent que la température agit sur la physiologie, la phénologie, le développement, la répartition géographique ainsi que sur les traits comportementaux. Ils modifient ces éléments. Ceci a des conséquences potentielles sur la vulnérabilité de populations avec des risques de pertes locales ou globales pour certaines espèces. |
| Projections – Des alertes sont portées sur au moins trois espèces du bassin méditerranéen Dans l’Atlas des Odonates du Bassin méditerranéen (Boudot & Kalkman 2009) on repère au moins trois espèces qui sont susceptibles d’êtres impactées par les changements climatiques, notamment en raison de l’assèchement aléatoire des cours d’eau : Oxygastra curtisii, Gomphus simillimus et Boyeria cretensis. |
| Projections – Des Cordulies en limite d’aire, en Roumanie sont susceptibles de fortement régresser Selon De Knijf & al. (2011), en Roumanie, Somatochlora alpestris et Somatochlora arctica se trouvent dans les Carpathes en limite d’aire et confinées aux tourbières d’altitude entre (1300) 1600 et 1800 (2100) m. On prévoit un déplacement altitudinal vers le haut de 200 m et une réduction de la répartition de 40% si l’augmentation des températures est de +1,5°C alors que celui-ci serait de 600 m avec une perte de 90% de l’aire de répartition si cette augmentation atteignant des +3,0°C ! La rapidité de l’augmentation des température est trop forte pour permettre des adaptations écologiques particulières et l’extinction de l’essentiel des populations en sera la conséquence. |
| Projections – On prédit que les aires de répartition des espèces vont se modifier en se déplaçant vers des latitudes et des altitudes plus élevées en raison de modifications des températures de habitats initiaux Différents scénarios de réchauffement à l’horizon 2055-2085 sont projetés par Bush & al. (2014) sur les Odonates d’Australie quant aux changements de leur répartition et la perte de leurs habitats. J’en discute de nouveau plus loin dans un paragraphe spécifique à l’Australie. |
| Les fluctuation des niveaux d’eau pouvant conduire jusqu’à l’assèchement sont des perturbations propres à modifier les caractéristiques essentielles de zones humides auparavant plus stables hydrologiquement Gamillo ([2021]) présente dans un contexte global, y compris le climat, le fait que la disparition des zones humides combinée à des pressions comme la sécheresse accrue et la variabilité hydrique liée aux changements climatiques accroît le risque d’extinction locale et globale des espèces d’Odonates. |
| Houard (2021) dans le Plan national d’action Libellules pour la France, mentionne de manière explicite que les changements climatiques modifient les aires de distribution et favorisent des espèces thermophiles alors que les espèces des milieux froids ou stables sont localement en difficulté. Il se base ici toutefois principalement sur des généralisations aux espèces françaises d’informations rapportées par ailleurs dans la littérature. |
| Il n’existe pas d’impact négatif important du changement climatique sur les Libellules en Europe Toutefois une contraction de l’aire de répartition de certaines espèces relativement répandues a été constatée pour Coenagrion lunulatum ou Leucorrhinia albifrons ou une espèce beaucoup plus localisée comme Nehalennia speciosa selon Olsen & al. (2022). Il s’agit le plus généralement d’une combinaison de la réduction anthropique de la qualité des habitats avec une aggravation du déclin des espèces en raison des changements climatiques. |
| D’autres facteurs comme les pesticides aggravent les effets du climat Sirois-Delisle & Kerr (2022) montrent que les changements climatiques interagissent avec d’autres pressions environnementales comme les pesticides comme facteur aggravant le déclin et la fragmentation des populations d’Odonates, tout particulièrement dans les zones où les températures maximales augmentent. |
| Pikert & al. (2023) produisent un chapitre de référence discutant des réponses des odonates face aux changements climatiques et confirment des modification de la répartition des espèces, de leur phénologie, de leur abondance ou des traits fonctionnels mis en relation avec ces modifications environnementales. |
| Alors que l’un serait gagnant, Cordulegaster heros, l’autre serait perdant, Thecagaster bidentata Dans une modélisation de la répartition de deux espèces de Cordulégastridés européens centrées notamment sur les Balkans, Fekete & al. (2023) montrent que les deux espèces considérées auront des réactions faces aux changements de variables bioclimatiques. Si l’une sera plutôt gagnante, la seconde déclinera et ces éléments sont précieux pour programmer les mesures de préservations les plus adéquates en regard de la situation. |
| Toutes les espèces menacées ne le sont pas à cause du Climat Dans la Liste Rouge des Odonates d’Europe, De Knijf & al. (2024), il est constaté une augmentation significative du nombre d’espèces classées En Danger ou Vulnérables (EN, VU) au cours de la dernière décennie, ce qui est en partie corrélé avec une perte et une dégradation des habitats aquatiques dont de manières indirecte les impacts climatiques comme la sécheresse ou des perturbations hydrologiques sont des facteurs agissant. |
| Les communautés odonatologiques sont en pleine mutation avec disparition d’espèces sensibles et apparitions d’espèces thermophiles Une étude sur les tourbières d’Europe centrale (Šigutová & al. 2025) comparant les cohortes d’espèces d’Odonates sur deux périodes comparées (1998-2006 / 2020-2024) poour des tourbières peu perturbées de cette région montre un déclin d’espèces adaptées aux eaux froides et une augmentation des espèces thermophiles. Ceci se traduit par une réorganisation des communautées odonatologiques dans un contexte de réchauffement calculés de +1,23°C entre les deux périodes comparées. |
Des espèces à tendance septentrionales ou boréo-alpines semblent particulièrement pénalisées par les changements climatiques. Ces espèces spécialistes du froid, des eaux oligotrophes ou des tourbières montrent d’ores et déjà un déclin net et attribuable de manière cohérente au Climat qui se réchauffe ce qui se traduit par une contraction de leur aire de répartition, la perte des populations périphériques, la disparition d’habitats climatiquement viables, ce de manière cohérente géographiquement sur une grande échelle.
| Ecologie | Signal climatique | Tendances envisagées | Références | |
| Nehalennia.speciosa | Eaux oligotrophes froides | Perte d’habitats en adéquation thermique | Très fort déclin | Pinkert & al. (2023); Goertzen & Sühling (2019), Boudot & al. (2013) |
| Sympetrum.danae | Tourbières froides | Assèchement et chaleur | Très fort déclin | De Knijf & al. (2024), Ott (2010), Hassall & Thompson (2008) |
| Coenagrion.hastulatum | Boréo-montagnarde | Assèchement | Fort déclin | A préciser… |
| Aeshna.juncea | Boréo-montagnarde | Rechauffement de l’eau | Fort déclin | De Knijf & al. (2024), Hassall & al. (2007), Hickling & al. (2005) |
| Leucorrhinia.dubia | Tourbières froides | Assèchement et chaleur | Fort déclin | De Knijf & al. (2024), Hassall (2015) |
Des preuves rassemblées par les scientifiques ou les naturalistes
Le suivi temporel des population est une méthode robuste, mais rarement mise en forme pour l’instant. Il n’y a guère de conclusions raisonnées. Des éléments sur la modélisation des habitats restent encore peu rassemblés. La contraction connue de populations en limite de répartition méridionale paraissent encore peu sensives. Il convient de se fier aux observations de naturalistes ou d’experts avisés. Quelques opinions supplémentaires peuvent nous alerter et nous inviter à être attentifs et interviennent en tant qu’éléments d’alertes pour lesquels il faudra approfondir les recherches tout en augmentant leur rigueur à l’analyse.
Il est néanmoins souvent difficile dans un environnement soumis à de multiples pressions d’isoler l’impact des climats sur d’autres facteurs environnementaux actifs comme le déclin des habitats, l’impact de la pollution. Pour le premier facteur donné ici il y a souvent une corrélation lorsque les habitats déclines sous l’effet des changements climatiques.
Quelques analyses européenne indiquent des espèces réellement affectées par les changements climatiques
On trouve en premier chef des espèces des zones froides, boréales ou boréo-alpines. Pour celles-ci les changements climatiques ont un fort impact. Ce sont des Odonates spécialistes des eaux le plus froides, généralement oligotrophes telles qu’on les trouve dans des tourbières. Alors que dans divers car les habitats sont protégée, ces actions ne suffisent pas à limiter les pertes. En bien des endroits on constate une augmentation préjudiciable de l’augmentation de la température de l’eau en pleine saison ce qui va se traduir jusqu’à une assèchement estival des localités ainsi que la disparitions d’habitats refuges. Sont principalement impactées Sympetrum danae, Aeshna juncea, Nehalennia speciosa et Leucorrhinia dubia en Europe.

Les aires de répartition se contractent sur leur marge méridionales, les stations les plus au sud tendant à disparaître. On constate notamment une perte des populations de plaine ou de basse altitude, avec un déplacement vers les nord ou vers des altitudes plus élevées une part des populations ce qui tend à compenser les pertes par un déplacement du barycentre biogéographique. Il s’agit d’un indicateur de déclin qui touche souvent des populations en marge de répartition, ce qui impacte peu le cœur des populations. IL s’agit ici d’un indicateur d’impact négatif des climats sur les espèces concernées, sans mener globalement à des risques de disparition de celles-ci
On ne dispose pas de preuves robustes de déclin des espèces de plaine en Europe, tout particulièrement du fait que de tels déclins sont polyfactoriels comme l’altération conjointe et artificielle des habitats ou des impacts comme la pollution. L’ensemble facteurs ajoutés contribue à la fragilisation des populations. En plaine on trouve régulièrement des espèces euryèces et thermotolérantes, théoriquement peu impactées par les changements climatiques. Toutefois il devrait apparaître dans des analyses plus fines des observations que les assemblages odonatologiques, les cohortes se réorganisent, les espèces apparaissant prenant des espèces perdus par d’autres espèce. Toutefois aucun déclin net n’a été publié et démontré rigoureusement pour les espèces de plaine en ce qui concerne les Climats.
Les régions holarctiques septentrionales sont impactées
Il s’agit du nord de l’Europe, de la Scandinavie et de manière globale des régions boréales qui sont concernées.
Les espèces des habitats occupés les plus froids ont une aire de répartition souvent large, mais une niche écologique étroite. Ceci se traduit par une vulnérabilités accrues dans les régions déjà proches des limites thermiques ainsi que par une réduction de la niche climatique future, même dans les régions nordique en particulier en raison d’absence de zones continentales de substitution plus au nord. La contraction de la limite méridionale de l’aire de ces espèce est documentée par des données historiques. Une projection future montre une adéquation climatique dans les zones colonisables plus haut nord dont la surface est généralement restreinte. Les refuges climatiques ne sont en conséquence pas suffisants à long terme.
| On prédit que les espèces des hautes latitudes selon Pélissié & al. (2022) vont subir une contraction de leur aire des répartition sur le bord méridional, et certaines s’étendront vers le nord. Il s’agit dans cette modélisation de présenter les perdantes et les gagnants des changements climatiques dans les zones les plus septentrionales. |
En dehors de l’Europe, le cas de l’Australie, bien étudié est emblématique de ce thème
Des études de référence australiennes intègrent l’ensemble de la faune odonatologique de ce sub-continent. Dans ce contexte de recherche, une forte proportion d’espèces montrent une perte d’habitats climatiquement favorables avec un exposition élevée dans les régions au climat de type méditerranéen ou tropical humide. Néanmoins les limites sont ici l’absence de suivis démographiques sur des historiques de long terme. On ne peut se baser que sur des probabilités de déclins futurs directement imputables aux climats, ce qui est la seule référence disponible pour les régions mal suivies.
| Bush & al. (2014) modélisent l’impact du changement climatiques sur 270 espèces d’Odonates d’Australie, ce qui couvre près de 85% de l’odonatofaune de ce sub-continent. Leurs projections envisagent qu’ente 56 et 69% des espèces montreront un déclin d’ici 2085 en raison de la diminution calculée de la surface de leurs habitats optimaux. Les espèces ne se déplaçant pas rapidement seront tout particulières vulnérables aux Climat. Elles représentent entre 7 et 17% des taxons évalués. Une réduction nette de leurs habitats optimaux climatiquement devrait conduire à une perte significative des populations locales, voire à leur extinction. Ce ne sont pas seulement les espèces du froid qui sont concernées, celles occupant les cours d’eau ou les zones humides continentales seront aussi impactées. Bien que cette étude soit une modélisation prédictive plutôt que le résultat d’un suivi sur le long terme, elles constitue une preuve robuste qu’un grand nombre d’espèces d’Odonates perdront face aux changements climatiques et prévoient des déclins futurs représentatifs. |
| Haque & al. (2025) étudient la tolérance de deux espèces aux températures critiques selon la période de l’année en Australie. Ils montrent que chez deux espèces répandues en Australie, Ischnura heterosticta et Xanthagrion erythroneurum, plage de tolérance des spécimens est nettement plus grande au printemps et en automne qu’en période estivale. La différence de plasticité thermique selon les saisons est consdérables chez ces deux demoiselles et si d’un côté ceci leur confère une certaine résilience vis à vis des climats futurs, lors de la période la plus critique qui est l’été, les pics de chaleurs tendront à pousser une part importante des populations au-delà des limites tolérées. Notons ici, qu’afin d’en déduire un risque de déclin des populations il conviendrait de coupler ces résultats avec les activités biologiques des espèces afin d’estimer si ces différences de platicité thermique sont susceptibles d’altérer la taille des populations à terme (com. pers.). |
Des alertes empiriques issues d’observations de terrain ou d’avis d’experts sont à considérer
En compléments des éléments les plus solides rapportés par des études généralement vérifiées, des alertes plus empiriques sont issues de témoignages issus directement du terrain, des opinions d’experts ou des synthèses d’avis scientifiques, sans avoir été obligatoirement été visés par la communauté scientifique, en dehors de revues à Comité de lecture notamment.
Les naturalistes ou les experts de l’environnement dressent volontiers des observations locales associés à la chaleur extrême, aux sécheresses, voire aux feux répétés. Il s’agit de premiers signaux de dépassement des limites physio-écologiques des espèces. Ainsi des espèces d’espèces de climats froids montrent des disparitions locales accompagnées de l’apparition simultanée d’espèces thermophiles sans qu’on sache encore mesure l’impact de la compétition des unes sur les autres. De tels témoignages, certes ponctuels, sont convergeant dans plusieurs pays européeans. Ces éléments sont le fait d’avis d’experts, d’associations qualifiées et l’objet de publications éparses dans des revues entomologiques. Bien souvent le climat est identifié comme un facteur aggravant, voire déclencheur de déclins associés à d’autres facteurs environnementaux négatifs. L’intérêt de telles alertes est surtout interprétatif et prospectif. Celles-ci permettent de forger des hypothèses propres à être vérifiées par des plans standardisés de suivis de dimension plus scientifique et surtout mesurable dans une démarche interprétative comparative à la fois dans l’espace et dans la durée ou le temps.
| Ott (2010) dresse l’inventaire d’espèces jusqu’alors absentes de certains territoires européens qui apparaissent désormais dans des localités qui se sont réchauffées, tandis que les spécialistes du froid reculent. Ces éléments repris dans la littérature « quotidienne » est de plus en plus souvent interprété comme un indice empirique de pression climatique locale, même si d’autres facteurs comme les changements anthropiques des habitats, la fragmentation des métapopulations, l’intrusion d’espèces invasives commes les écrevisses américaines ou l’impact de la pollution sont mêlés et difficiles à distinguer au cas par cas comme facteurs dominants ou non. On est dans le domaine d’intuitions sérieuses fondées sur les paramètres les plus évidents (com. pers.). |
| Nalley & Moore (2025) rendent compte d’observation empiriques de l’impact des vagues de chaleur et des incendies sur les Odonates aux États-Unis. À partir de plus de 1600 estimations d’extinction locale pour une soixantaine d’espèce, ils révèlent que certaines libellules avec des ailes ornementées de couleurs, présentent plus d’extinctions locales dans les régions les plus chaudes du pays et après les incendies que les espèces moins ornées. Ceci suggère un lien combiné entre la chaleur, les feux et la dynamique démographiques, ce qui est un signal fort de pression climatique réelle sur certaines populations d’Odonates. Ce sont ici de nouvelles données écodynamiques encore peu analysées. |
| Les informations diffusées sont dominées par le spectaculaire, à savoir l’arrivée de nouvelles espèces venues du sud. Les éléments sur le déclin des espèces ou des populations restent encore peu analysés. Ce sont des notes ou articles éparpillés dans la littérature ou sur Internet qui citent de plus en plus régulièrement les changements des communautés odonatologiques sous la pression des changements climatiques selon un schéma général de déclin de la richesse spécifique stationnelle accompagnée de l’arrivée d’espèces thermophiles qui dans certains cas viennent même occuper les niches écologiques libérées. Ainsi Trithemis annulata en France se montre de plus en plus fréquemment, s’installe et se reproduit avec un constat encore balbutiant d’espèces aussi communes que Crocothemis erythraea ou Orthetrum cancellatum dont on note la diminution des effectifs. Nous avons alors des pertes d’espèces, mais aussi des déclins populations ce qui par hypothèse pourrait concerner des rééquilibres écosystémiques associés à des compétitions interspécifiques nouvelles (com. pers.). |
| On trouve des communiqués notamment du WWF ou d’experts naturalistes rappelant que le changement climatique est un facteur clé dans l’assèchement des habitats aquatiques ce qui impacte les petits cours d’eau en premier chef, assèche des zones humides qui deviennent temporairement en eau, transforment aussi des mares autrefois permanentes en mares temporaires. Ceci impacte les espèces aux cycles pluriannuels qui ne peuvent se maintenir et se traduit par une remplacement des Odonates présents par des espèces spécialisées dans les milieux temporaire grâce à leurs cycles de développement brefs, voire couplés avec des diapauses adéquates pendant les périodes d’assèchement. Les besoins anthropiques en eau étant maintenus et renforcées par des mesures de pompage augmenté pour compenser les manques pluviologiques aggravent fortement la durées d’assèchement des habitats et peuvent alors avoir des conséquences irrémédiables sur les populations d’Odonates. Les métapopulations en place ou les déplacements entre les stations valides et celles rendues même accidentellement dans le temps inhabitables ne suffisent pas toujours à compenser les pertes alors que des saisons plus fastes sont de retour. Le manque d’eau même ponctuellement ou accidentellement dans le temps (une seule année) peut être un agent aux conséquences irrémédiables et parfois définitives sans retour possible des populations (com. pers.). |
Des indications données pour l’Afrique du nord et ailleurs restent encore à intégrer
La dynamique odonatologique en Afrique du Nord est bien développée. Les thématiques sur l’assèchement critiques des cours d’eau ou des habitats lotiques sont de plus en plus développées, mais sont souvent mêlées des besoins humains pour cette ressource plus rare dans ces régions qui est certainement le facteur dominant vis à vis des impacts climatiques. Ailleurs en Afrique les alertes impactantes concernent les zones humides dans leur globalité et l’aspect odonates n’a pas été étudié a priori. L’impact direct du Climat, s’il existe n’est pas même démontré pour le continent africain et devrait être envisagé sur la progression ou non des zones désertiques par exemple.
| Khelifa & al. (2021) qui traitent des zones climatiques méditerranéennes les présentent tant au niveau du Maghreb qu’à l’autre extrémité du continent en Afrique du Sud. Des marqueurs raisonnés de l’impact de l’environnement sur les Odonates sont définis et des modélisations faites jusqu’en 2100. L’intégration intellectuelle de ces indicateurs reste à intégrer pour le commun des naturalistes et viennent complexifier le message qui mérite d’être reformulé (com. pers.). On peut en première lecteur dégagder que parmi 53 espèces d’Odonates considérés, environ 32% sont affectées par le changement climatique de manière négative, ou impactées par des événements météorologiques extrêmes. Les projections orientent vers une augmentation continue des températures et une basses des précipitations ce qui est propre à conduire à l’assèchement de divers habitats aquatiques. S’ajoutent notamment en Afrique du Nord une augmentation de la pollution des eaux et des facteurs anthropiques de prélèvement nécessaires face à la dynamique démographique humaine. Ce sont même probablement les facteurs majeurs du déclin d’espèces d’Odonates sur cette région. Toutefois les changements climatiques apparaissent commun un des facteurs d’impact majeurs qui aggravent un contexte déjà difficile pour la faune aquatique. |
| On cite volontiers Coenagrion (mercuriale) hermeticum comme une espèce menacée en raison de la contraction de son aire de répartition couplée avec une perte des populations dans le contexte nord-africain marqué par la pénurie d’eau (Ferreira & al. 2015). Calopteryx exul est aussi désigné, sans grandes démonstrations, avec toutefois des indications sérieuses. J’ajoute dans le lot des taxons sinistrés, certainement Coenagrion puella kocheri qui se trouve dans un contexte très difficile et a contrario et probablement avec une certaine limite le fait que Coenagrion caerulescens est un gagnant au moins provisoirement du contexte actuel, sans que les analyses statistiques n’aient été réellement faites pour démontrer ce qui relève de l’intelligence du recoupement d’informations multiples convergeant vers des conclusions similaires. À part quelques commentaires ponctuels sur le Moyen-Orient où des espèces sont menacées suite aux pénuries d’eau renforcées par la démographie humaine très dynamique, les indications demandent à être approfondies par des analyses raisonnées (com. pers.). |
| L’entrée par l’étude de la phénologie des espèces notamment, celle d’Urothemis edwardsii, une espèce très menacée dans cette région du Monde a été exposée (Zoualmia & al. 2022). Elle montre une sensibilité aux conditions météorologiques de l’espèce susceptible d’affecter les populations en prévisions d’événements saisonniers extrêmes envisageables dans un contexte de changements climatiques. Ceci pourrait conduire à l’extinction locale de l’espèce très rapidement (com. pers.). |
Des espèces européennes occidentales réputées en déclin : des rapports avec le Climat ?
Au moins deux espèces sont généralement considérées comme en fort déclin en France, et plus largement dans une partie de l’Europe occidentale : Coenagrion pulchellum et Sympetrum vulgatum. À ce constat s’ajoute l’hypothèse d’une surestimation ancienne de leur fréquence, liée à des confusions possibles avec des espèces proches telles que Coenagrion puella et Sympetrum striolatum. Il est souvent difficile de distinguer un déclin réel d’un biais d’identification. Si certaines données anciennes peuvent être entachées d’erreurs, de nombreux observateurs connaissant la difficulté, faisaient alors preuve d’une grande rigueur, les déterminations reposant fréquemment sur l’examen de caractères morphologiques précis en cas de doute. Il serait néanmoins hasardeux d’affirmer que ce niveau d’exigence a été uniforme partout et à toutes les périodes. Par ailleurs, une phase plus incertaine a pu s’installer, et le recours croissant aux identifications sur photographie s’est parfois révélé insuffisant, voire inadapté, pour des espèces nécessitant un examen détaillé. Un gros travail de tri serait à faire, associée à une enquête au cas par cas sur les méthodes de détermination employées pour mesurer la qualité réelle du déclin. Toutefois les éléments fiables déjà réunis font qu’il n’y a pas de doute sur le fait et sur son apparition relativement brève dans le temps.
À celles-ci s’ajoutent selon certaines indications Erythromma lindenii et même la très comme Ischnura elegans. Il apparaît plus finement que les populations de la première espèce après une phase de progression ont repris des valeurs plus habituelles tout en conservant les nouvelles stations colonisées. Nous sommes dans son cas dans un contexte de fluctuation qui peut apparaître localement comme des phases de déclin. Les indications calculées sur des échantillons importants pour Ischnura elegans montrent que les populations ont tendance à décliner. Toutefois la masse d’information à traiter et la dimension multi-factorielle des impacts possibles sur cette espèce euryèce ne permettent pas de conclure à un impact réel du Climat. Des indications de synchronisation des phénomènes, réchauffement climatique significatif et mise en route de témoins de déclin, sont dans ce cas toutefois une indication à évaluer avec beaucoup plus de précision. Le cas de Leucorrhinia pectoralis est aussi évoqué et ceci se situant à la marge méridionale de sa répartition, l’associations aux climats ressemble à une supposition. Néanmoins dans divers cas le déclin stationnel est associé à la fois de manière synchronisée avec le réchauffement climatique enregistré et l’assèchement concomittant de certaines localités méridionales. Des facteurs comme l’empoissonnement dont l’introduction de carpes herbivores, viennent interférer et rendent difficiles toute conclusion. Si la cause n’est pas officiellement déclarée, on ne peut nier toutefois la réalité du déclin au niveau des stations les plus méridionales chez une espèce qui est bien représentée ailleurs sur le continent européen.
| Espèces examinées | Statut | Déclin liés au Climat |
| Coenagrion.pulchellum | EN | Aucune preuve climatique solide, mais synchronisme des phénomènes de déclin subits et du réchauffement climatique. La mise en doute des déterminations viennent brouiller la lecture. Cette espèce semble en déclin face au Climat, mais l’essentiel reste à démontrer. |
| Sympetrum.vulgatum | NT+ | Possible réponse d’assemblage mal démontrée pour les stations de plaine, mais désertions connues, installations sur des stations d’altitude, mise en doute des déterminations compliquée par une réputation d’absence parfois infondée. Cette espèce semble en déclin face au Climat, mais l’essentiel reste à démontrer. |
| Leucorrhinia.pectoralis | NT | Cette espèce est sensible aux changements environnementaux et l’influence du Climat est tout à fait possible pour les stations méridionales ou les pistes sont toutefois brouillées par des facteurs anthropiques forts et très aggravants. Globalement le pool populationnel européen n’est pas menacé mais son étude mérite d’être menée pour cette espèce très probablement sensible aux Climats et en particulier à l’assèchement de certains de ses habitats. |
| Erythromma.lindenii | LC | L’examen de cette espèce est fondé sur des déclins locaux concomitants avec les facteurs climatiques. Nous sommes probablement plus ici dans une dynamique de fluctuation dans un contexte d’une espèce qui est en expansion et possiblement sensible aux aléas météorologique sur son front de progression. |
| Ischnura elegans | LC | L’examen de cette espèce est associée à une sensation généralisé de baisse des effectifs à partir du moment où les calculs statistiques sont appliqués. Sa forte valence écologique toutefois ne permet pas en l’état actuel des analyses de distinguer les différents paramètres environnementaux agissant de manière dominante et le déclin s’il parait au moins pour partie synchronisé avec les changements climatiques demanderait une étude fine sur de vastes nombres, car c’est une espèce très commune. |
| En conclusion… | → | …il est difficile de prouver l’impact du Climats sur des espèces dont la déterminations est délicate, de plus remise en question, celles dont les effectifs sont très faibles tout comme a contrario les espèces qui restent très communes et où les tendances au déclin n’ont qu’une valeur indicatrice et n’ont pas d’intérêt identifié pour la conservation des habitats ou des espèces. Il est pertinent de s’attacher à utiliser les espèces les plus nombreuses comme indicatrices de l’état de l’environnement et de son évolution car elles sont propres à produire des historiques et montre des cas d’évolution plus fiables que pour les espèces rares (com. pers.). |
Sources principales : Deliry (2008), Deliry & al. (2014), Boudot & Kalkman (2015), De Knijf & al. (2024), Šigutová & al. (2025).
Discussion générale
Les espèces les plus vulnérables apparaissent être celles qui sont spécialistes du froid, des habitats oligotrophes destabilisés, ayant une faible capacité de dispersion ou ayant des cycles de développement larvaires longs et les espèces thermosensibles en particulier vis à vis d’accidents météorologiques aigus, défavorables propres à décimer en quelques « instants » des populations locales.
Les espèces de plaine paraissent moins orientées vers des déclins significatifs ou lisibles en raison de leur grande plasticité écologiques : ce sont des espèces souvent euryèces. Elles sont en outre promptes à se déplacer facilement ce qui permet de compenser globalement les pertes locales. Enfin les facteurs environnement dominant pouvant conduire à leur déclin sont étrangers aux climats en premier chef.
| De manière systématique le manque d’analyse statistiques est criant alors que les données existent dans bien des cas. Les naturalistes ou les experts ne font pas la démarche satisfaisante de travailler sur les informations accumulées au fil du temps, en particulier suite à une défection de ne vouloir travailler sur de grandes masses d’informations tout particulièrement non standardisées (données opportunistes). En conséquence l’effort de rassembler les données standardisées, qui sont pourtant significativement importantes, est de la même manière encore insuffisant et il conviendrait de déterminer les éléments communs et comparatifs statistiquement entre les différentes méthodologiques qui présentent souvent des similitudes sur les aspects tant qualitatifs que quantitatifs (par exemple mis en place d’une mesure standard comme le nombre d’individus comptés sur 100 m de transect). L’importance qui consiste à rassembler des masses de données et d’aller jusqu’à leur analyse en travaillant sur la vertu statistique des grands nombres est une démarche qui reste généralement à mener malgré les critiques des puristes à l’extrême car elles si elles ne donnent pas obligatoirement des certitudes dans un fonctionnement des populations car celles-ci sont sous de multiples influences, ce sont des indications fortes lorsque les paramètres sont concomitants du point de vue des chronologies synchronisés des facteurs agissant et des résultats calculés. De plus ces informations sont propres à fonder des modèles prédictifs importants pour devancer les actions de conservation les plus adéquates à mener. |
| Les informations de base existent mais elles restent à rassembler et surtout à exploiter (com. pers.). |
Conclusion provisoire
Les preuves les plus robustes en dehors de l’Europe semblent être des modèles climatiques prédictifs réalisés notamment en Autralie. De tels modèles ont été appliqués y compris en Europe, mais selon une vision partielle de l’odonatofaune. Pour les faunes septentrionales de la zone Holarctique, les témoignages de déclin proprement dits sont rares, mais ils sont implicites lorsqu’on constate une contraction de la limite méridionale d’aire de répartition. Ce sont des indications forte de l’impact climatique dans un contexte d’augmentation globale des températures.
Les changements climatiques ne provoquent pas un déclin généralisé des Odonates, mais il entraîne des déclins ciblés accompagnées d’une perte d’espèces spécialisées et une tendance à une homogénéisation faunistique par une banalisation des cohortes d’espèces. En termes de recherches actuelles, les faits les mieux démontrés sont les pertes constatées chez des espèces des climats froids du domaine holarctique ou de certaines faunes régionales comme en Australie. Il s’en dégager une nécessité de combiner et encourager la mise en place significative de suivis à long terme, de réfléchir à des modélisations climatiques et à renforcer l’expertise naturaliste de terrain en ciblant la qualité des informations récoltés par les observateurs.
Le principe de rassembler les connaissances a été initié par la première session Odo’Clim dont j’ai coordonné la mise en place à La Selysienne le 8 octobre 2022. L’idée d’un indicateur fondé sur le suivi des Odonates a avait été suggéré dès le 23 décembre 2021 par Jean-Michel Faton, alors président du Groupe Sympetrum, auprès de l’Office Français de la Biodiversité, contactant Amélie Le Mieux (voir aussi Faton & Deliry 2021). La définition d’un indicateur simple mérite d’être finalisé. Je donne en dernière conclusion une image de ce qu’il pourrait être en ajoutant une portée préservation et gestion des Odonates menacés par les changements climatiques qui tendent à avoir été les grands oubliés sur ce thème, éclipsés par les espèces gagnantes qui frappent plus volontiers les esprits et que je reprend de manière résumée en annexe.

Références classées chronologiquement
Lanceurs d’alerte… bienque quelques rares autres signalement existent antérieurement, c’est la mise en ligne d’informations sur le sujet pour la Wallonie qui a déclencher la question côté France…
- Goffart P. & de Schaetzen R. 2001 – Des libellules méridionales en Wallonie : une conséquence du réchauffement climatique. – Forêt wallone, 51 : 2-5.
Couplé à des éléments sur Internet du côté de la Belgique, Goffart & de Schaetzen (2001) semblent être les premiers à avoir écrit ouvertement sur la question en Europe. Il y a un article canadien de 1985, isolé dans le temps et la littérature qui évoque la question près d’une quinzaine d’année auparavant (Hilton 1985), mais là seul le mot réchauffement du climat est donné et la question n’est pas clairement posée pour les Odonates modernes.
- Hickling R. & al. 2005 – A northward shift of range margins in British Odonata. – Global Change Biology, 11 (3) : 502-506.
- Hassall C. & al. 2007 – Historical changes in the phenology of British Odonata. – Global Change Biology, 13 : 933–941.
- Deliry C. (coord.) 2008 – Atlas illustré des Libellules de la région Rhône-Alpes. – Dir. du Groupe Sympetrum et Muséum d’Histoire Naturelle de Grenoble, éd. Parthénope, Mèze : 404 pp.
- Hassall C. & Thompson D.J. 2008 – The effects of environmental warming on Odonata: a review. – International Journal of Odonatology, 11(2) : 131-153.
- Boudot J.P. & Kalkman V.J. 2009 – Atlas of the Odonata of the Mediterranean and North Africa. – Libellula, supp., 5. – PDF LINK
- Ott J. 2010 – Dragonflies and climatic change. Recent Trends in Germany and Europe. – BioRisk, 5, 30 décembre 2010 : 1–14.
- De Knijf F. & al. 2011 – The status of two boreo-alpine species, Somatochlora alpestris and S. arctica, in Romania and their vulnerability to the impact of climate change (Odonata: Corduliidae). – International J. of Odonatology, 14 (2), 1er juin 2011 : 111-126. – ONLINE
- Boudot J.P. & al. 2013 – Atlas of the European dragonflies and damselflies. – SfO & Libellula : 256–257.
- Bush A.A. & al. 2014 – Continental-Scale Assessment of Risk to the Australian Odonata from Climate Change. – PLoS ONE, 9(2).
- Deliry C. & le Groupe Sympetrum 2014 – Liste Rouge des Odonates de Rhône-Alpes 2014. – Col. Concepts & Méthodes, Groupe Sympetrum, Histoires Naturelles, n°25 (Première édition en 2011). – PDF
- Boudot J.P. & Kalkman V.J. 2015 – Atlas of the European dragonflies and damselflies. – KNNV, the Netherlands. – ONLINE
- Ferreira S. & al. 2015 – Local extinctions and range contraction of the endangered Coenagrion mercuriale in North Africa. – International Journal of Odonatology, 18(2), 137–152.
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- Sühling F. & al. 2015 – Climate change effects on Odonata. – In : Advances in Odonatology.
- Goertzen D. & Sühling F. 2019 – Prominent decline of cold-adapted Odonata under climate warming. – Insect Conservation and Diversity, 12 : 101–112.
- Sánchez-Bayo F. & Wyckhuys, K.A. 2019 – Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers. – Biological Conservation, 232 : 8–27.
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- Faton J.M. & Deliry C. 2021 – 50 ans de données odonatologiques récoltées en France. – Document du Groupe Sympetrum, version 1 (travail).
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- Houard X. (coord.) 2021 – 2020-2030. Plan national d’actions en faveur des « libellules ». Agir pour la préservation des odonates menacés et de leurs habitats. – OPIE, DREAL Haut-de-France, Min. de la transition écologique et solidaire, (2020), mars 2021 : 66 pp. – PDF LINK
- Olsen K., Svenning J.C. & Balslev H. 2022 – Climate Change Is Driving Shifts in Dragonfly Species Richness across Europe via Differential Dynamics of Taxonomic and Biogeographic Groups. – Diversity, 14 (2), 1066.
- Pélissié M., Johansson F. & Hyseni C. 2022 – Pushed Northward by Climate Change: Range Shifts With a Chance of Co-occurrence Reshuffling in the Forecast for Northern European Odonates. – Environ Entomolo., 51 (5), 26 août 2022 : 910-921. – ONLINE
- Sirois-Delisle C. & Kerr J.T. 2022 – Climate change aggravates non-target effects of pesticides on dragonflies at macroecological scales. – Ecology appl., mars 2022, 32 (2).
- Zhoualmia A. & al. 2022 – Phenology of the regionally Critically Endangered dragonfly Urothemis edwardsii in the National Park of El Kala, Northeast of Algeria. – Nature Conservation Research, 7 (1) : 1–9.
- Fekete J. & al. 2023 – Winners and Losers: Cordulegaster Species under the Pressure of Climate Change. – Insects, 14 (4), 348.
- Mochon A. & Savard M. 2023 – Premier inventaire de l’odonatofaune du parc national du Bic et liste annotée des espèces de la région administrative du Bas-Saint-Laurent, Québec (Insecta : Odonata). – Le naturaliste canadien, 147 (2), automne 2023 : 30-53.
- Pinkert S., Beatty C.D. & Bried J.T. 2023 – Odonata as focal taxa for biological responses to climate change. In : Dragonflies and Damselflies: Model Organisms for Ecological and Evolutionary Research (2nd ed.). – Oxford University Press.
- De Knijf G. & al. 2024 – Measuring the pulse of European biodiversity. European Red List of Dragonflies & Damselflies (Odonata). – Bruxelles, Belgique, Commission Européenne : 46 pp. – ONLINE
- La Porta G. & Hardersen S. 2024 – A Warm Welcome to the Alps-The Northward Expansion of Trithemis annulata (Odonata, Libellulidae) in Italy. – Insects, 15 (3), 340, 9 mai 2024.
- Haque M.D. & al. 2025 – Seasonal plasticity of thermal tolerance indicates resilience to future climate in Australian damselflies. – Oecologia, 207, 109 : 1-11.
- Nalley S.E. & Moore M.P. 2025 – Showy dragonflies are being driven extinct by warming and wildfire. – Nature Climate Change, 15 : 1056–1059.
- Šigutová A. & al. 2025 – Highly Conserved Ecosystems Facing Climate Change: Rapid Shifts in Odonata Assemblages of Central European Bogs. – Glob Chang Biol., avril 2025.
- Sirois-Delisle C., Gordon S.C. & Kerr J.T. 2025 – Range geography and temperature variability explain cross-continental convergence in range and phenology shifts in a model insect taxon. – eLife, 12 décembre 2025 : 1-25. – PDF LINK
Annexe – Les espèces réputées gagnantes des changements climatiques
Du point de vue biologique, les Odonates sont à la fois des espèces majoritairement présentes dans des climats chauds, de préférence humide et présentent en outre un grand nombre d’espèces plus associées aux secteurs forestiers qu’aux milieux ouverts et a fortiori semi-désertiques ou désertiques. Dans les latitudes tempérées, les Odonates recherchent volontiers la chaleur par des milieux plus ouverts et lumineux et en altitude, le moindre rayon de soleil peut suffire à activer leur activité de chasse ou reproductrice suite à peine à quelques minutes de luminosité. J’ai observé le même phénomène en Écosse où entre deux rincées qui font la réputation de cette région, les Odonates volaient dès que quelques rayons de soleils apparaissaient dans une ambiance de moiteur caractéristique additionnée de l’odeur de la tourbe.
En Europe ce sont des espèces d’origine méditerranéenne, voire tropicale qui montrent une expansion nette vers le nord. Celle-ci a subitement été significative entre 1988 et 2010 et se poursuit. Ceci a d’abord contribué à la forte augmentation de la richesse en espèces dans certaines régions. Une étude continentale révèle que sur 123 espèces considérées, 106 ont vu leur aire de répartition s’accroître vers le nord (Olsen & al. 2022). Les espèces associées à des climats plus chaud gagnent de nouveaux habitats rendus disponibles à des latitudes moyennes ou septentrionales consécutivement à l’augmentation des moyennes des températures plus au nord. Termaat & al. (2019) avaient déjà souligné le fait dans le cadre de sciences participatives que la majorité des espèces européennes avaient augmenté entre les années 1980 et 2010 (55 espèces progressant sur les 99 examinées), leur occupation globale dans l’environnement. Ces phénomènes ne sont pas tous spectaculaires et nombre d’espèces progressent discrètement localité par localité, gagnant avec quelques coups d’ailes de nouvelles stations. Le Plan National pour la France (Houard 2021) met en exergue la progression remarquable des populations de Trithemis annulata et plus localement de Sympetrum meridionale dans le pays. Il reste à mieux analyser les données pour les quantifier de manière plus précise et nombre d’analyses statistiques restent à faire alors que le matériel existe en termes d’informations issues de la réalité du terrain.
La progression de Trithemis annulata d’abord en Espagne, France ainsi qu’en Italie et désormais dans les Balkans est jugée spectaculaires. Des vecteurs placés sur des cartes donnent des valeur allant de 12 km/an, jusqu’à même 34 km/an selon les vallées basses les plus facilement colonisées. De manière remarquable, il s’agit de la première espèce méridionale qui a colonisé en Italie plusieurs vallées alpines (La Porta & Harddersen 2024). Le cas d’Anax imperator n’a guère ému l’essentiel des odonatologues européens car ces sont des contrées nordiques qui l’ont découvert comme une nouvelle espèce. De manière significative, le Danemark en 1994, la Suède en 2002 et l’Écosse en 2004. Il s’agit désormais d’une espèce établie dans ces secteurs, ce qui, à ma connaissance n’a été médiatisé par aucun article naturaliste. Autre parent pauvre des médias, est le cas d’Orthetrum cancellatum qui est désormais bien présent jusqu’en Grande-Bretagne ou en Scandinavie. Il s’agissait certes d’une espèce à vaste disparition, mais son expansion n’est pas anecdotique et contribue à enrichir l’odonatofaune septentrionale en Europe.
En Amérique du Nord on enregistre de la même manière des expansions d’espèces vers le nord et l’apparition de nouvelles occurrences. Ainsi Aeshna constricta n’était pas présente au Québec, province canadienne où elle effectue désormais son cycle de développement complet. Il en est de même pour la progression vers le nord de Leucorrhinia intacta et Plathemis lydia comme le soulignent Mochon & Savard (2023). Le phénomène Odonates gagnants reste toutefois encore peu analysé sur ce continent, mais le principe est le même qu’en Europe : des zones autrefois trop fraîches deviennent favorables avec l’augmentation globale des températures. Les recherches sur le sujet semblent encore limitées et sont assez récentes. Le dernier article en date rend compte d’un essai sur de nombreuses espèces d’Odonates américaines, finalisé en décembre 2025 (Sirois-Delisle & al. 2025)à et reste encore à intégrer à mes lectures. On trouve parmi les candidats américains, gagnants du Climat, un petit zygoptère nommé Enallagma annexum ce qui pourrait être préfiguré en Europe par l’observation en 2025 d’une nouvelle espèces d’origine africaine qui est aussi un petit zygoptère, Pseudagrion sublacteum (voir sur mon Blog des Histoires Naturelles, mon communiqué du 15 juin 2025)1.
Les mécanismes biologiques sous-jacents à cette expansion généralisée d’espèce sont que les espèces thermophiles en regard des zones plus septentrionales, suivent l’augmentation des températures moyennes ce qui se traduit en premier lieu par une augmentation de la richesse locales des stations plus au nord, le développement larvaire tend à réussir sporadiquement ou plus définitivement alors que la phénologie de vol et de reproduction des espèces en place peut s’étendre dans la saison, les développements larvaires s’accélérant conduisent situations où des espèces monovoltines peuvent devenir bivoltines et à la suite pour des cas méridionaux de trivoltinisme par exemple. Enfin les espèces les plus euryèces apparaissent comme les plus conquérentes, alors que les espèces spécialisée peuvent découvrir une concurrence pour les niches écologiques qu’elles n’avaient pas subies jusque là. Je viens rappeler ici aussi des témoins de déclin, comme par exemple dans la Drôme, d’espèces alors bien établies comme Crocothemis erythraea ou Orthetrum cancellatum dont les effectifs semblent se réduire sur certaines gravières désormais occupées par Trithemis annulata, ce, en quelques années à peine. Les calculs pour asseoir cet événement qui paraît anecdotique restent à parfaire et la faible durée ne suffit pas à dégager des certitudes. Les hypothèses doivent être testées et éveiller notre vigilance.
- Un article est sorti récemment sur le sujet. Il reste à préciser ici. ↩︎



