15 juin 2022 - Quelques canicules relatées par l'Histoire

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Quelques canicules relatées par l'Histoire

La France n'en est pas à sa première canicule ou premier "coup de chaud". On trouve la trace dans les écrits de l'Histoire de canicules passées dont certaines ont été particulièrement mortelles. Une des caractéristiques des fortes mortalités des siècles anciens, est que ce n'est pas la chaleur qui était principalement en cause, mais la qualité de l'eau qui croupissant était susceptible de donner des maladies dont on ne se remettait pas. Le réchauffement climatique vient augmenter la probabilité des canicules, mais la protection des populations améliorée a désormais moins de conséquences que les canicules du passé.

Lorsque l'eau devient moins abondante, elle devient plus vaseuse et plus volontiers envahie de microbes malfaisants. Les maladies des intestins comme les dysenteries furent alors un véritable fléau. On se souvient de la disparition de rois de France à cause de maladies intestinales (Louis VI, Louis VIII, St Louis, Philippe V, Jean sans Terre ou en d'Angleterre comme Edouard Ier ou Henri V d'Angleterre. De grands personnages tels les explorateurs tels H.Cortès ou D.Livingstone sont morts de problèmes intestinaux graves.

De grandes sécheresses ont été indiquées anciennement et dès l'antiquité comme lors des années entre 580 et 591 avec pas moins de hui saisons de sécheresse, chaque année entre 584 et 587. Chaque siècle a ses années de sécheresse extrême et le XIVe siècle en rapporte pas moins de huit. En 580 on vit fleurir les arbres en janvier et on eut des roses en janvier 584. Il y eu une deuxième floraison en juillet 585 ou en septembre 586 et des fruits furent récoltés pour la seconde fois de l'année en décembre dans certains cas. La saison 994 se traduisit par des étiages exceptionnels et les poissons de la plupart des étangs périrent, les arbres se desséchaient et prairies et moissons furent cramées par la chaleur. En 1540 une canicule touche l'ensemble de l'Europe.

Les surmortalités estivales du Moyen-Âge souvent couplées avec des épisodes de famine ou de peste sont difficile à quantifier. Ce n'est que vers le XVIIe siècle qu'on commence à mieux discerne les causes rapportées aux coups de chaleur. En 1636, notamment Paris est sous la chaleur pendant plusieurs semaines ce qui va causer des maladies infectueuses liées à la mauvaise qualité de l'eau (fièvres chaudes, dysenteries). On estime l'impact de ces causes à quelques 500.000 morts dans le pays. Il fait 39°C à Paris pendant plusieurs jours en 1705 alors que dans le sud les thermomètres explosent sous l'effet de la dilatation du liquide qu'ils contenaient. Suivront deux été supplémentaires et particulièrement chaud. Le nombre de morts a dû passer les 200.000, toujours pour des motifs d'insalubrité de l'eau. En 1718 et 1719 ce sont deux état très chauds qui se succèdent. La canicule ou la chaleur s'installe de juin à la mi-septembre sans discontinuer en 1719. Des nués de Sauterelles ravages les cultures des environs de Paris et remontent jusqu'en Normandie. La Seine bat alors son record d'étiage avec une cote de 26,25 m. 4% de la population française périt alors. Les bébés et les enfants affectés par les dysenteries sont particulièrement touchés. En 1078 les vendanges furent avancées d'un mois et le vin fut abondant et bon. En 1325 la sécheresse fut telle qu'on ne eut pas plus de l'équivalent de deux jours de pluies en quatre lunaisons. En 1331 la terre était si dure à cause de la sécheresse que les labours furent impossibles. Il fit chaud de manière presque continue de juin à novembre en 1473. Parmi les premières mesures thermométriques à Paris, la valeur de 35°C fut atteinte le 10 juillet ainsi que les 4 et 8 août 1689. Dans la même ville la valeur de 40°C est mesurée le 17 août 1701. De juillet à septembre 1727 les thermomètres mesurent régulièrement des valeurs atteignant les 35°C et les températures restèrent élevées. En 1749 on a enregistré la température de 36°C à Lyon, en 1762 le Marais des Echets au sud de la Dombes est à sec et s'embrase par le feu. En 1778 les vignes refleurissent à Paris début octobre et produisent successivement en quelques endroits du pays, même des grappes assez grosses. En 1842 une période de chaleur s'étale de début juin avec de rares radoucissements, jusqu'en septembre. En juillet les marronnier ont perdu leurs feuilles, mais refleurissent vers la fin du mois d'août.

🔍 - Canicule à Paris à la une du Petit Journal du 9 septembre 1895

Le Journal du jeudi 10 août 1911 titre en première page "Trente sept degrés à l'ombre et on nous en promet d'avantage", le 9 août 1911, la température est montée à 35°C à Londres et 28°C à Bruxelles. Cet été sera particulièrement meurtrier, mais l'impact est diminué par rapport aux siècles précédents en raison d'une amélioration des conditions sanitaires. 1846 et 1859 déjà voyaient les bilans diminués à quelques 100.000 décès à chaque fois.

En 1921, la sécheresse commencée dans l'hiver s'avère dramatique. A Paris, juin est le mois le plus sec depuis 1810 et une vague de chaleur s'étale en fin de mois. Celle-ci est accompagnée d'événements spectaculaires comme cette chute de grêlons de plus de 100 grammes qui touche les Deux-Sèvres le 28 juin 1921. L'été est caniculaire et juillet extrêmement sec. Depuis le 22 mai, il n'est tombé à Paris, que 2 mm à la date de début juillet. Mi juillet la température de 45°C est frôlée dans le pays, il fait plus de 38°C sur les trois-quart du pays fin juillet... et la sécheresse continue en août. La pluie ne revient souvent pas avant début novembre. L'année 1921 est enregistrée comme l'année la plus sèche depuis le milieu du XIXe siècle à Paris avec seulement 270 mm de précipitations, soit à peine plus du tiers d'une année moyenne. L'ensoleillement est excédentaire sur la ville (2314 h contre une moyennde de 1650 h).

Mi avril 1934 les valeurs de 30°C sont atteintes en France. Une période de sécheresse s'étalera cette année là entre le printemps et l'été.

Eté 1976, c'est la fournaise entre fin juin et la mi juillet. Les records sont battus les uns après les autres. Les températures voient leur impact augmentées par une intense sécheresse. La surmortalité humaine est de 10% sur une vingtaine de départements.

Du 9 au 31 juillet 1983 des pics de chaleur sont enregistrés par exemple à Nantes et Cognac avec 36°C. A Paris il fait 33°C. La surmortalité est de 4700 cas sur le territoire français.

En Août 2003 toute la France est couverte par des pointes de plus de 39°C. Le Finistère avec 35°C au maximum et le Nord avec 37°C échappe à cette règle. Par contre on notre plus de 40°C dans la Vallée du Rhône et Avignon ou Orange affichent même des valeurs approchant les 43°C. Plus récemment c'est la canicule de fin juin 2019 qui apporte le record de température national qui est de 46,0°C à Vérargues dans l'Hérault. Le thermomètre passe les 35°C en pointe à Paris pendant 10 jours successifs et les 20°C ne sont pas franchis vers le bas pendant une douzaine de jours. A Orange c'est un mois complet qui dépasse les 33°C et atteint comme nous l'avons vu presque les 43°C (42,6°C exactement). Il n'y a pas eu pire au cours du XXe siècle et le XXIe siècle s'annonce alors difficile. La surmortalité à cause de cette canicule en 2003 est très significative : la canicule fait près de 20.000 morts dans le pays.

Ce sont trois périodes de canicule qui concernent l'année 2015. La surmortalité concerne 3300 personnes. En 2018, ce sont 1500 morts qui sont liés à la vague de chaleur qui a eu lieu fin juillet - début août. L'été 2018 est le second été le plus chaud en France derrière celui de 2003.

Entre 2014 et 2017 ce sont 75 jours de canicule en vigilance orange qui concernent le département du Rhône.

En juillet-août 2021, alors qu'un dôme de chaleur s'installe sur l'Europe, une part congrue de la France est épargnée. Des valeurs de 40,7°C ou 41,9°C sont toutefois notés en Corse ou dans le Midi, respectivement à Porto-Vecchio et à Trets dans les Bouches-du-Rhône. Le record européen de chaleur est enregistré vers Syracuse en Sicile, à Floridia : 48,8°C. Cà monte à 47,0°C en Espagne, 47,1°C en Grèce. C'est la vague de chaleur la plus intense qui ait touché l'Europe méridionale selon les sources météorologiques.

En 2022, les chaleurs sont très précoces et on note déjà 33°C à Toulouse, ainsi que près de 30°C à Paris le 18 mai. La sécheresse déjà constatée s'aggrave. Plus de 30 jours ce printemps sont au-dessus de la normale. En mai les températures en France sont de 3,3°C au-dessus des normales. Le précédent record datait de 2011 et ne parlait que d'un excédent de 1,9°C. Il était de 1,7°C en mai 1999, troisième valeur enregistrée dans les maxima. Mi juin sont programmées des journées très chaudes de manière particulièrement précoce : des chaleurs comme un été très chaud en cette fin de printemps ! Des 40°C généralisés sur une part congrue du pays.

🔍 - © Météociel - Prévisions pour le vendredi 17 juin 2022
© Météociel - modélisation

Canicules et sécheresses prolongées semblent avoir existé de tout temps en France et du moins trouvent-on de tels phénomènes extrêmes dans les annales depuis la haute Antiquité au moins. Toutefois si des événements remarquables étaient de l'ordre de quelques uns par siècle, ils sont désormais de quelques autres par décennie. Les phénomènes s'accélèrent sans vraiment s'amplifier quoique les valeurs de 40°C semblent des événements relativement récents. La Terre se réchauffe, ce n'est plus une blague. La France aussi et elle a passé les +3°C dans des régions comme Montélimar ou Marseille ce qui est le double de la valeur congrue acceptée pour la planète pour le GIEC (on ne sait plus pour quand tant la situation paraît grave). Certes les médias, la compréhension des phénomènes viennent amplifier la difficulté, mais le problème est réel et si au Moyen-Âge on mourrait de dyssenterie liées aux eaux croupies, c'est carrément nos robinets d'habitations bien équipé qui risquent désormais de se tarir. Nous souffrirons de soif et rapidement de la faim !