Homme de Dénisova

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Homme de Denisova Ŧ

L'Homme de Denisova Ŧ (ou Denisovien), initialement présenté comme l'Homme de l'Altaï ou Homme de Sibérie Ŧ, semble ne pas avoir été décrit scientifiquement. Il a été détecté en 2010 (Krause & al. 2010) dans l'Altaï en Russie et son nom scientifique semble une invention journalistique, sans descripteur scientifique : Homo denisovensis olim Ŧ. On trouve encore le nom "fantôme" Homo altaiensis Ŧ, en particulier dans la littérature russe. En fait certains pensent qu'il ne s'agit pas d'une véritable espèce et rangent cet humain dans le groupe des Néanderthaliens, mais les hésitations perdurent et les analyses plus complètes du génome de Denisova sont bien en faveur d'une nouvelle espèce dont on n'a pas clairement de restes fossiles intacts. Néanmoins de nouveaux fossiles de ce taxon ont été découverts au Tibet récemment[1] et des analyses génétiques dans les populations actuelles permettent de retrouver les gènes des Denisoviens. Certains crânes d'humains fossiles découverts en Chine pourraient correspondre à l'Homme de Denisova Ŧ. Ainsi certains chercheurs envisagent que l'essentiel des fossiles chinois ou d'Asie orientale plus vieux que 50.000 ans sont probablement des Denisoviens.

Découvert dans la grotte de Denisova dans l'Altaï (par ailleurs dûment occupée par des Hommes : outils, perles, coquille d'Autruche gravée, etc.), en Russie, seuls quelques ossements sont connus dont la phalange d'un enfant (Enfant de Denisova). On a logiquement envisagé qu'il pouvait s'agir soit d'Homo neanderthalensis Ŧ, soit d'Homo sapiens. L'ADNmt d'une phalange a été analysée dans cette hypothèse, mais démontre qu'il s'agit d'une nouvelle espèce qui aurait divergé des deux autres il y a près d'un million d'années[2].

Ceci suggère une migration précoce depuis l'Afrique postérieure à celle d'Homo erectus Ŧ mais antérieure à l'apparition de l'Homo neanderthalensis Ŧ.

On dispose en conséquence d'éléments du génome dénosovien. Il est alors possible de le rechercher au sein des populations humaines actuelles.

On montre qu'en Nouvelle Guinée les Denisoviens auraient coexisté et se seraient mêlé à l'Homme moderne jusqu'à disparaître il y a environ 30.000 ans et peut-être même 15.000 ans. Ceci en ferait le dernier taxon humain à disparaître de la planète. On trouve même chez certains Papous modernes des traces de deux lignées distinctes de Denisoviens, elles mêmes distinctes de celle de l'Altaï. Ceci porte donc à trois le nombre de lignées de Dénisoviens. Ce sont une ou deux lignées que l'on retrouve dans les populations modernes et de l'est de l'Asie, deux en Papouasie, mais aucune en Europe et a fortiori en Afrique. Enfin une lignée Denisovienne se retrouve jusqu'en Océanie notamment en Australie. Les chercheurs pensent que l'Homme de Denisova Ŧ devait être relativement répandu en Asie orientale à la la fin du Pléistocène. L'héritage des gènes Denisoviens revèle une certaine sélection : ainsi un gène lié à l'hémoglobine de Tibétins permettrait une meilleure adaptation à la vie en altitude, on retrouve chez les Inuits des gènes réputés Denisoviens qui favoriseraient une meilleure résistance au froid.

Du point de vue culturel on rapporte, sans certitude totale, que l'Homme de Denisova Ŧ aurait pu fabriquer des bijoux (dents d'animaux perforées) il y a près de 40.000 ans.

En ce qui concerne Denisova les études concernent sa génétique et la propagation de son ADN dans les populations humaines actuelles. Les éléments fossiles manquent, voire ne sont pas encore étudiés. C'est un peu comme si une série de mutations s'étaient propagés dans nos génomes, ceux-ci mimant les caractéristiques génétiques d'une ou plusieurs (peut-être trois) nouvelles espèces. Ces phénomènes nommés parfois "métissage" sont des caractéristiques de l'hybridation entre espèces.

Références

Jacobs G.S. & al. 2019 - Multiple Deeply Divergent Denisovan Ancestries in Papuans. - Cell, 10 avril 2019.
Krause J. & al. 2010 - The complete mitochondrial DNA genome of an unknown hominin from southern Siberia. - Nature, 464, 8 avril 2010. - ONLINE

Notes

  1. Révélée en 2019, une mâchoire inférieure d'adolescent découverte dans une grotte du Tibet (Grotte de Baishiya) vers 3300 m d'altitude est attribuée à l'Homme de Denisova Ŧ par analyse protéique. Elle est datée de 160.000 ans. Celle-ci présente des affinités avec celle des Néanderthaliens. Les humains les plus anciens connus à ces altitudes sur le Plateau tibétain n'étaient jusqu'alors âgés que de 40.000 ans.
  2. Denisova est plus proche d'Homo neanderthalensis Ŧ que de sapiens. L'ensemble a divergé de sapiens il y a près de 600.000 ans et la distinction avec les Néanderthaliens s'est faite il y a 400.000 ans.

©© byncsa - Cyrille Deliry - Histoires Naturelles - Niort, le 25 août 2021