Sur les traces de Macromia splendens en Poitou-Charentes

C’est une libellule rare, farouche et spectaculaire. Une endémique gallo-ibérique. Je remercie Philippe Jourde (in litt. du 7 juin 2022) qui a apporté des précisions nombreuses et très utiles.

Cette espèce a été décrite par Pictet de la Rive, un genevois, dans un bref article apporté par le baron Edmond de Selys Longchamps en 1843 sous le nom de Cordulia splendida. Il s’agit d’un nom oublié et la postérité a retenu Cordulia splendens qui se trouve dans un double article rapporté par Pictet de la Rive et de Selys Longchamps en 1844 (réputé daté de 1843). Les auteurs se sont entendus jusqu’alors à nommer l’espèce Macromia splendens (Pictet, 1843) par simplification. La planche ci-contre est la planche originale qui accompagne la double description de cette espèce en 1844.

Dans un premier temps cette anisoptère n’avait été repérée dans le Monde que sur le secteur de Montpellier dans l’Hérault. Il a fallu plus de 30 ans avant qu’elle soit identifiée dans une autre localité et en l’occurence en Poitou-Charentes sur le secteur de Jarnac (Charente) au niveau du fleuve de la Charente. Henry Delamain qui en est l’observateur dès le 5 juin 1865 a contacté pas moins de 60 individus avant le 18 juin 1865. En 1868, Henry Delamain a pu voir l’espèce sur « l’ensemble du département » et l’espèce a pu être contactée jusqu’à Angoulême.

Il faudra ensuite attendre les années 2000 afin que cette libellule soit signalée de nouveau dans le département de la Charente. Entre temps elle avait été trouvée sur l’ouest de la France, dans les Landes dans les années 1960 et 1970. Avec peu près à la même époque, elle a été découverte Charente Maritime dans les années 2000, nouveau département pour le Poitou-Charentes. Ailleurs en France l’espèce a été largement étudiée que ce soit en Ardèche où la première mention date du XIXe siècle, dans la région de Montpellier en Languedoc-Roussillon, l’Hérault de nouveau dès les années 1960, le Gard dès les années 1980, en Lozère dès les années 1980 l’Aveyron dès les années 1990, la Gironde dans les années 2000. Au cours des années 2010, c’est la découverte de l’espèce sur un secteur isolé et très septentrional en Ardèche, sur la Vallée de l’Eyrieux qui semble être le plus grand événement dans le pays. Ceci situe l’espèce au niveau de Valence mais les stations sur le fleuve de la Charente sont plus au nord encore.

Sur ce secteur une douzaine d’observations anonymes sont fournies sur le requêteur national de l’INPN, OpenObs. C’est le 25 juin 2004 que Philippe Jourde, Michel Caupenne et Robert Hussey trouvent de nouveau la Cordulie splendide, en Poitou-Charentes, ce, dans le département de la Charente-Maritime en limite départementale sur le cours de la Dronne et sur six localités le même jour (Groupe Odonates Charente-Maritime, prospections Atlas des Odonates du Poitou-Charentes. L’espèce a été observée depuis en divers points du département. Ce ne sont pas moins de 136 données de présence qui ont été récoltées sur la Dronne, le Lary, la Charente et le Né, lors de prospections assidues. Les rivières ont été visitées près d’une vingtaine de fois à canoë afin de réaliser la collecte améliorée d’exuvies dans le cadre des suivis Natura 2000 ou d’inventaires dédiés à l’espèce. A ce jour nous disposons de 157 mentions en Charente-Maritime, mais seulement 7 sur le fleuve Charente. Ces dernières sont réparties de Salignac-sur-Charente à Saintes dont elle ne dépasse pas l’aval alors que les Gomphus graslinii y sont abondants. Sur le fleuve les prospections sont rendues difficiles à cause d’une grande largeur du lit majeur et la présence de rives bordées de Frênes au feuillage tombant sur la rivière.

Cette note est parue dans La Gazette des Libellules du 23 juin 2022, accompagnée d’illustrations anciennes – C.Deliry

  • Bilek A. 1969 – Ergänzende Beobachtungen zur Lebensweise von Macromia splendens (Pictet, 1843) und einigen anderen in der Guyenne vorkommenden Odonata- Arten. – Ent. Z., Frankf. a. M., 78 (11) : 117-124.
  • de Selys Longchamps E. 1843a – Note sur quelques libellules d’Europe. – Annls de la Soc. Entom. de France, 2e série, tome 1 : 107-109.
  • de Selys Longchamps E. 1843b – Description d’une nouvelle espèce de Névroptère du genre Cordulia découverte en France. – Revue Zoologique, revue mensuelle, mai 1843.
  • de Selys Longchamps E. & Delamain J. 1868 – Macromia splendens. In Assemblée men- suelle du 1er août 1868 In Comptes-rendus des séances de la Société Entomologique de Belgique. – Annales de la Soc. Entomol. de Belgique, tome onzième, Bruxelles, Paris, 1867-1868. – PDF
  • Deliry C. 2014a – Le véritable nom de la Cordulie splendide. – Nature Life, 13 janvier 2014
  • Deliry C. 2019 – Le véritable nom de la Cordulie splendide. – Nomina Odonata (1ère édition 13 janvier 2014), 21 janvier 2019 – PDF
  • Guenée A. 1870 – Rapport d’excursion entomologique faite dans les Montagnes de l’Ar- dèche et en particulier à Celles-les-Bains. – Annls Soc. ent. Fr., 10 (part suppl.) : 17-26.
  • Jarry D. & Vidal D. 1960 – Introduction à l’étude écologique des Odonates de la région montpelliéraine. – Vie Milieu, 11 (2) : 261-283.
  • Jourdain P., 2004 – Découverte de Macromia splendens (Pictet, 1843) en Gironde (Odonata, Anisoptera, Macromiidae). – Martinia, 20 (4) : 194-196.
  • Jourde P., 2005 – Une nouvelle espèce de libellule pour la Charente-Maritime : la Cordulie splendide Macromia splendens (Pictet, 1843) (Odonata, Anisoptera, Macromiidae). – Ann. Soc. Sci. Nat. Charente-Maritime, 9 (5) : 529-534.
  • Michel B. 1983 – Captures dans le Gard de deux Odonates rares en France. – Entomolo- giste, 39 (5) : 252.
  • Pictet de la Rive & de Selys Longchamps E. 1844 – [Cordulia splendens]. – Magazin de Zoologie, 2e série, 5e année, 1843 : texte + pl.117.
  • Prud’Homme E. & Suarez D. 2006 – Deux nouvelles espèces pour le département de la Charente : Epitheca bimaculata (Charpentier, 1825) et Macromia splendens (Pictet, 1843) (Odonata, Anisoptera, Corduliidae, Macromiidae). – Martinia, 23 (2) : 43-51.
  • Tiberghien G. 1985 – Macromia splendens (Pictet, 1843): additions faunistiques, biologiques, et récapitulation des principales données connues (Odon., Anisoptera, Corduliidae). – Bulletin de la Société entomologique de France, 90 (9-10) : 8-13.