ξάγινας : un pseudo-nom grec de la libellule chez Thomas Muffet et ses implications philologiques

🔑 Métamorphose
© Scarlett Deliry

Le terme ξάγινας (prononcer « xaginas » ), présenté par Thomas Muffet (1589-90) comme un nom grec de la libellule dans son Insectorum sive minimorum animalium theatrum, ne repose sur aucune attestation antique. L’examen des sources grecques, zoologiques et épigraphiques montre qu’il s’agit d’un pseudo-grec renaissant, probablement issu d’une mauvaise lecture ou d’une re-sémantisation d’un mot non zoologique. La convergence graphique avec des formes épigraphiques homonymes est accidentelle et ne correspond à aucun lien sémantique.

Le témoignage de Thomas Muffet (1589-90)

Thomas Muffet, naturaliste anglais de la fin du XVIᵉ siècle, évoque la libellule dans un passage consacré aux insectes ailés proches de l’eau. Il lui attribue divers noms vernaculaires et savants, parmi lesquels figure un terme présenté comme grec , sous les formes ξάγινα ou ξάγινας (selon les éditions). Ce terme n’est accompagné d’aucune citation d’auteur grec, n’est ni accentué, ni fléchi selon les règles de grec ancien, n’est justifié par aucune autorité antique. Il s’agit d’un étiquetage savant et non d’un emprunt attesté.

Incompatibilité avec le grec épigraphique

Dans le texte de Muffet (1589-90), ξάγινας apparaît au pluriel. Il ne peut s’agir ni d’un animal, ni d’une métaphore animal, ni même d’une terme rituel. C’est un mot associé à un « fonctionnement administratif » et la convergence graphique donnée par Muffet (op. cit.) est fortuite et tardive.

Examen des sources antiques

Aucun des corpus suivants ne connaît ξάγινα / ξάγινας comme nom d’insecte : Aristote, Élien, Galien, Hésychios d’Alexandrie ou Souda. Les Libellules, bien que connues empiriquement, ne disposent pas d’un nom spécifique stabilisé en grec ancien. Elles sont généralement incluses dans des catégories larges d’ἔντομα πτερωτά (insectes ailés) ou confondues avec d’autres insectes aquatiques. Le seul insecte ailé aquatique nommé avec précision est l’ἐφήμερον (les Éphémères), qui n’a aucune parenté phonétique ou morphologique avec ξαγιν-.

Pratiques lexicales de la Renaissance

Les naturalistes des XVIᵉ–XVIIᵉ siècles recourent fréquemment à des néologismes pseudo-grecs, des hellénisations artificielles ou des termes grecs mal compris ou sortis de leur contexte. Cette pratique est abondamment documentée chez Conrad Gesner, Ulysse Aldrovando ou Joseph Scaliger (Daston & Park 1998, Ogilvie 2006). Dans ce contexte historique, άγινα / ξάγινας chez Muffet doit être compris comme un nom grec reconstruit destiné à conférer une autorité antique à un objet naturel mal nommé.

Occurrences épigraphiques homographes

Dans certains textes épigraphiques corrompus ou mal transmis, on rencontre une forme ξάγινας ou apparentée, insérée dans des formules administratives du type ἀδείας κομίζεσθα (Müller & al. 1841). Le contexte est alors strictement institutionnel et concerne des décrets honorifiques, des exemptions, des privilèges temporaires. Sur le plan grammatical, la forme est au pluriel et qualifie un type d’ἀδεία (autorisation) et elle ne peut en aucun cas désigner un être vivant. Il est donc exclu que cette homographie apparente soit associée à un terme zoologique et moins encore à un nom d’Insecte.

Origine probable du nom et de la confusion

Trois hypothèses non exclusives se dessinent avec aucune continuité lexicale ni sémantique détectée :

  1. Erreur de lecture d’un mot grec rare ou corrompu rencontré dans une inscription, un décret ou un manuscrit non zoologique.
  2. Néologisme savant créé pour donner une autorité grecque à un insecte mal nommé, ce qui est une pratique attestée chez Gesner, Aldrovando ou Scaliger par exemple (Thomas 2012).
  3. Re-sémantisation abusive d’un mot abstrait ou administratif, réinterprété comme substantif zoologique.

En conclusion pour ξάγινας

ξάγινας n’est pas un nom grec antique de la libellule, le nom de Muffet (1589-90) relève du pseudo-hellenisme renaissant et toute interprétation zoologique des occurrences épigraphiques est philologoqiuement infondée. Ce cas constitue un exemple éclairant de faux amis diachroniques et de la manière dont la tradition érudite moderne peut créer des entités lexicales sans ancrage antique.

Légitimé d’étudier à la suite le nom Libella découvert à la lecture de Rondelet (1558)

À ce stade de ma réflexion je tenais à éprouver les fondements du terme donné par Rondelet aux Odonates, à savoir Libella et de découvrir ou non s’il a été construit selon une démarche similaire « savante » de celle de Muffet pour son nom pseudo-grec attribué sans fondement, ni avenir pour les mêmes Insectes.

Genèse d’un nom naturaliste entre analogie, outil et insecte

Dans l’Histoire entière des poissons, Guillaume Rondelet (1558) (Universae aquatilium historiae pars altera : 1555-1558), adopte une méthode descriptive fondée sur la forme visible, l’analogie morphologique et la comparaison avec des objets techniques familiers. Il nomme Libella un poisson identifié comme le Requin-marteau, en raison de la forme de sa tête. Pourquoi ? En latin classique Libella désigne le niveau de charpentier qui a la forme d’une petite balance horizontale. C’est un instrument de mesure servant à vérifier l’horizontalité. On retrouve la référence de cet outil chez Vitruve ou Isidore de Séville. Pour Rondelet (1558) la tête du Requin-marteau est transversale, aplatie, symétrique et évoque donc la traverse horizontale d’une libella de charpentier. Libella est donc un nom analogique, fondé sur un objet technique et sans référence à un nom antérieur d’animal. Chez Rondelet (1558) ce n’est pas un diminutif, ni un nom d’insecte, mais un nom descriptif fondé sur la mécanique et la géométrie.

Libella et les insectes aquatiques chez Rondelet (1558)

Rondelet (1558) emploie aussi Libella fluviatilis pour désigner des larves aquatiques d’insectes, qui sans équivoque, en regard de l’illustration qu’il fourni, correspond à des larves de Zygoptères et sur la base du terme fluvialitilis à celles plus spectaculaires des Calopteryx qu’il a pu découvrir sur des cours d’eau. Toutefois il ne décrit pas à ce niveau l’imago et les classe parmi des animaux aquatiques indistincts ainsi qu’il ne les relie pas à une quelconque métamorphose. La disposition transversale de la tête qui évoque en miniature le Requin-marteau, vient asseoir le choix d’un terme identique et partagé. Il s’agit alors d’une néologisme. Ainsi le même mot Libella est appliqué à des réalités biologiques différentes unies par une analogie formelle sans parenté zoologique chez les deux protagonistes considérés. À la différence du terme pseudo-grec de Mouffet (1589-90), le terme Libella fera régulièrement carrière chez les auteurs à suivre, faisant le trait d’union jusqu’aux premiers travaux de Linnaeus ou Linné.

Deux dates importantes pour le nom Libellula : 1735 et 1758

Carl Linnaeus (1735) introduit le genre Libella pour les Insectes ailés que nous appelons aujourd’hui Odonates. De manière formelle, c’est un diminutif évident de Libella. Le terme est consacré aussi pour les imagos qui tiennent volontiers leurs ailes en équilibre horizontal. On retrouve bien, alors qu’il ne s’agit pas de larves, un renforcement de la logique technique du terme fondé. Linné est dans la même logique analogique que Rondelet mais selon une autre perspective de perception de ces Insectes.

Linné connaissait les ouvrages de Rondelet sans ambiguïté. Il cite cet auteur régulièrement dans ses travaux en rapport avec les Poissons, il possédait des éditions de ses ouvrages. Ainsi Rondelet est une autorité classique du XVIe siècle pour Linné. Toutefois rien n’indique que Linné ait eu en tête le Requin-marteau lorsqu’il crée Libellula. Il ne discute pas de l’usage zoologiquement hétérogène de Libella chez Rondelet. Linné hérite du mot, mais pas dans toute sa polyvalence sémantique. S’il y a une continuité analogique, il y a bien rupture taxinomique partielle au moins. Le terme Libella ayant été utilisé par les auteurs dans l’entre-temps est mieux fondé que celui d’ξάγινας inventé par Muffet (1589-90), de toute évidence car il a un sens fondé sur l’observation de la nature et l’analogie avec la culture. Si Rondelet (1558) utilise Libella pour désigner des êtres zoologiquement très distincts, mais écologiquement associés au milieu aquatique, selon une logique purement morphologique, Linné qui connaît Rondelet, ne reprend pas son raisonnement zoologique complet et hérite seulement d’une tradition d’usage des auteurs et du noyau analogique. Libellula est un diminutif stabilisateur qui précise une éventuelle polysémie. Contrairement à ξάγινας, on trouve une légitimité à Libellula, transparente et historiquement cohérente, même si la racine est née d’une analogie technique renforcée par une double similtude prise chez les larves pour Rondelet ou les imagos chez Linné, plutôt que biologique ou vernaculaire.

Essai d’historique résumé du chant lexical des noms de Libellules

Le mot Libellule est un des rares cas en zoologie où un nom savant analogiques devient un terme scientifique stable puis un nom vernaculaire dominant : Libella (Rondelet 1558), Libellula (Linnaeus 1735, 1758) donne Libellule (Olivier 1792).

La libellule n’existe pas comme espèce lexicale autonome chez les Grecs de l’Antiquité. Au mieux sont-ils placés parmi les Insectes ailés, ἔντομα πτερωτά, peut-être comme des Insectes aquatiques indéterminés. De la même manière, il n’y a rien de particulier en Latin antique. Les termes sont génériques Insecta, Animalia minuta et si Libella existe c’est comme un instrument de mesure qui n’est autre qu’un niveau de charpentier, mais jamais un Insecte sous ce terme (Vitruve 15 BC, de Selville 360). La Latin médiéval montre de fortes imprécisions lexicales. Il n’y a aucune stabilisation terminologiques et nos Libellules sont parmi des Mouches, Éphémères ou Insectes « aquatiques ailés ». Les noms vernaculaires populaires du domaine français sont souvent chargés de folkore où se trouvent en parallèle des évocations négatives ayant des sens voisins d’Aiguilles du diable, de Serpents d’eau ou de Mouches à aiguilles et une entrée élégante, avec l’usage probablement ancien de la notion de Demoiselles. La dominante est toutefois fondé sur la peur, les superstitions et la forme allongée et piquante de nos Insectes. Avec la Renaissance, Rondelet (1558) fait entrer les Odonates dans le domaine savant et Libella est appliqué par analogie au Requin-marteau en raison de la forme de sa tête et à Libella fluviatilis associée à une illustration d’une larve de Zygoptères que j’assimile à celle d’un Calopteryx, forme et habitats réunis dans la notion. Dans le cas du Poisson et de l’Insecte, la forme de la tête, la seconde en miniature, est très similaire en regard des proportions du corps et l’analogie est faite avec la libella qui est un niveau de charpentier. Ce n’est donc pas encore un nom d’Insecte, mais un terme d’analogie avec un outil bien connu. À la suite rien n’est clairement unifié, mais plusieurs auteurs reprennent le terme Libella de Rondelet (1558) alors que survient de nulle part, un terme voulu savant pseudo-nom grec, ξάγινας, comme une invention voulue ancré dans le passé par Muffet (1589-90). À la même époque le domaine français confirme la notion de Demoiselle, alliée à la finesse et la grâce et les superstitions autour de piqûres imaginaires (aiguilles du diable), le vol ondulant (serpents volants) et même perce-oreilles d’eau localement. Scana œtche, est le « crève œil » en patois d’Italie, Bergame probablement (Zannoni 1995). Le savant et le vernaculaire suivent deux voies apparemment différentes. C’est en 1735, dans la première édition du Systema Naturae qu’apparaît le terme Libellula, diminutif évident de Libella. Libellula Linnaeus, 1758 est la date canonique du genre zoologique officielle qui représente alors toutes les espèces d’Odonates décrits. Le terme est fixé dans la nomenclature scientifique. Linnaeus bien que connaissant volontiers les travaux de Rondelet, adopte avec une forme diminutive le mot, mais non en raison de la forme des larves comme Rondelet, mais plus volontiers en raison de la position d’équilibre des ailes des imagos. Le mot Libellule est écrit en français pour la première fois chez Olivier (1792), alors que le langage privilégie celui de Demoiselle qui a été médiatisé par de Réaumur (1742). Les noms folkloriques régionaux sont en recul, le français gagnant sur les patois et devenant l’unique langue désignée par l’école républicaine. Si aujourd’hui on parle de Libellules, il faut retenir que ce nom provient d’une analogie de l’aspect des larves avec des Requins-marteau en miniature, tous deux par analogie avec l’outil du charpentier nommé depuis l’Antiquité, libella, repris comme terme scientifique de manière diminutive car il convenait bien aussi aux imagos dès 1735 et fixé scientifiquement en 1758 avec la dixième édition du Systema Naturae qui inaugure la nomenclature zoologique officielle. Il passe de manière francisé à libellules, les Demoiselles et noms folkloriques disparaissant dans notre langage habituel (en anglais, Damselflies et Dragonflies ont été permanents depuis au moins le XIXe siècle). Le mot Libellules désigne volontiers l’ensemble des Odonates et ce n’est que parce qu’il est sympathique que celui de Demoiselles ressurgi dans les mots du quotidien. On a réservé ce dernier aux Zygoptères, proposant par jeu Messieurs pour les Anisoptères. Dans l’entre-temps les anglais ont conservé pour titrer des ouvrages spécifiques Damselflies and Dragonflies, Odonates ou Libellules, venant titres les livres francophones. Depuis les années 2000 par juste équilibre et mimant l’anglais, on découvre les premiers livres titrés Demoiselles et Libellules, Odonates étant peu porteur de messages vis à vis du public naturaliste non spécialisé.

Avant toute influence des termes savants Libella / Libellula, le sens commun est fondé sur un imaginaire médiéval, fixé à l’écrit dès les XIVe et XVe siècles. Il s’agit selon les région de noms évoquant la forme allongée des Odonates, leur vol rapide, silencieux et sinueux, et la proximité de l’eau qui est associé à l’Autre Monde dans l’imaginaire du Moyen-Âge. Dans les patois propres le sens sont ceux d’Aiguille du diable, de Serpent volant, de Mouche-serpent, d’Aiguille d’eau… Ces sens sont antérieurs à Libella et paraissent indépendants de la formation du sens savant donné par Rondelet (1558). Mais probablement pas tant que çà. Le diable est aussi dans la culture médiévale celui qui pèse les âmes, la balance étant l’objet des Jugements (psychostasie), cet instrument de mesure devenant un symbole moral. On trouve des illustrations de l’époque montrant Saint-Michel pesant les âmes ou du Diable tentant de fausser la balance… l’insecte à l’équilibre horizontal, volant silencieusement au-dessus de l’eau devient le signe d’un passage, d’un seuil, voire d’un messager funeste et sa métamorphose a quelque chose de diabolique. En contraste une figure angélique vient avec le terme Demoiselle en contrepoint symbolique de l’Aiguille du diable. Leur corps fin, les ailes délicates, le vol gracieux, absence d’agressivité et je pense en particulier du cas des Calopteryx, insectes papillonnant avec élégance au bord des cours d’eau forment une figure contrastée au sein des Odonates. Il s’agit d’une structure mentale médiévale bien connue : ce qui est liminal1 (entre eau et air, larve et aile, immobilité, équilibre et fulgurance) est ambigu. Le terme de Demoiselle, outre l’élégance que j’ai attribué aux Calopteryx, est aussi une pacification symbolique, probablement tardive et relative, quand la peur commence à reculée.

J’ai alors une intuition ou plutôt une réminiscence qui me semble bien fondée : libella est bien un petit niveau de charpentier, une balance horizontale qui est un terme associé à libra, la balance proprement dite, mais aussi le poids, la pesée. Libra n’est pas seulement un terme technique dans l’Antiquité, c’est un principe cosmique, celui de l’équilibre, moral, celui de la justice, et eschatologique dans le cadre de la persée des âmes. Libella est un objet symboliquement saturé, ce, des siècles avant l’invention savante de Rondelet (1558). Chez les Odonates l’équilibre est dans l’étalement horizontal des ailes, l’immobilité parfaite dans les airs, la suspension entre deux mondes par leur cycle de vie amphibie. Ceci renforce puissamment l’analogie avec la balance, la mesure juste, l’instant d’équilibre avant le basculement. Les folklore du langage populaire ne trompe pas à ce sujet et reprend toute la thématique. Linnaeus en 1735 ne fait qu’entériner scientifiquement par l’entrée dans le domaine de la taxonomie scientifique en 1758, avec le terme Libellula, une intuition visuelle partagée et une symbolique très anciennes. Ce qui est fascinant est que les noms populaires parlent de mort, diable, seuil, libella parle de mesure, équilibre, jugement, Libellula venant fixer tout cela dans un nom savant apparemment neutre mais qui concentre des siècles de sens de de pensée populaire ou plus savante. Le champ symbolique commune est l’équilibre, le passage, la pesée, la frontière ou le jugement.

De manière résumée les noms du domaine populaire français médiéval sont antérieurs et indépendants du terme savant Libella, mais ils sont symboliquement compatibles. Demoiselle est un nom plus tardif probablement, apaisant, né d’une relecture esthétique. Libella n’est pas un simple outil. C’est un symbole ancien de justice et de mesure. La libellule par sa morphologie et son comportement active spontanément ce symbolisme. Ainsi Linné, hérite d’un mot qui, sans qu’il le sache pleinement est déjà chargé de sens anthropologique profond. Une constellations sémantique culturelle stable et ancienne est bien associée aux Libellules.

La conclusion pour ξάγινας mérite alors d’être repensée

Si par une première approche le mot supposé Grec donné par Muffet (1589-90) est arrivée à une impasse (voir plus haut), peut-être qu’il est pertinent de replacer ce mot dans la constellation sémantique résumée à peine quelques lignes au-dessus. On peut fermement affirme qu’ξάγινας n’est pas attesté en Grec antique, qu’il n’appartient pas au vocabulaire zoologique Grec et qu’il n’a aucune base lexicale stable comparable à libra / libella. Il s’agit bien d’un mot pseudo-grec produit par reconstruction savant, sur la base d’une besoin de légitimation antique, chimère d’une confusion entre lexique grec réel et grec reconstruit. C’est un faux grec. Si on regarde le sujet autrement, Muffet, nomme un insecte liminal, lui donnait un statut, certes abusivement, ancien et lisible. Il n’invente pas un mot au hasard car il invente un mot qui est symboliquement dans la constellation sémantique. Même si la racine est fautive, la fonction symbolique est cohérente. J’ai trouvé ce mot dans Fragmenta historicum graecorum (Müller & al. 1841 : page 181) et dans la traduction, il est notion de permission, exemption, provisoire, par décision collective.

ξάγινας (décret in Müller & al. 1841)ξάγινας (Muffet 1589-90)Libella / Libra
Exception par autorisation légale, temporaire, mesurée, accordée pour restaurer l’harmonie civique.Nom instable, sans fondement savant réel, faux-grec sous influence et ayant pour objet la légitimité antique.Sens étendu de Libella (simple outil).
Principes de mesure, d’équilibre, de justice, de jugement.

Le point commun n’est pas étymologique, mais une fonction symbolique. Chez Muffet, il est un véritable symptôme culturel, même s’il n’y a pas de valeur étymologique correcte. La libellule par sa forme et son comportement, cristallise visuellement cette idée d’équilibre, de seuil, autorisation, mesure et jugement, largement répercuté dans le langage populaire. La libellule incarne un instrument vivant de juste mesure, horizontalité et équilibre visuel symbolisant la règle et l’exception, tout comme ξάγινας dans le décret incarne l’autorisation mesurée et limitée.

Æschna est aussi fondé chez Muffet (1589–90) ce qui est méconnu

Chez Muffet (1589-90) apparaît pour la première fois dans la littérature, le terme Æschna, ce qui est méconnu par la communauté odonatologique. Ici encore cet auteur ne cite pas de sources grecque précise. Il désigne des Phryganes, larves aquatiques en cela proche des Odonates. Dans l’édition anglaise de son ouvrage parue en 1658, on peut lire : « Water Flies, of the Greeks called, or Lacustres, as abiding in fenny places, are those that feed upon things that swim upon the surface of the water, and that live especially upon the water, as these and the like, Phryganides, Tigurina, Æschna (Lutea, Fusca), etc.« . Ainsi Æschna apparaît dans une énumération d’insectes associés au milieu aquatique et figurés par des larves filiformes. De la même manière il s’agit d’un nom pseudo-grec, faussement établi, inventé par l’auteur anglais. Fabricius (1775) va le remobiliser et fixe ce nom sous Aeshna, un genre nouveau d’Odonates. Il donne ainsi une certaine continuité à la nomenclature en venant définir et fixer les définitions. On trouve une hypothèse sur l’origine de ce mot, en Grec antique dans certains lexiques byzantins (Anonyme 980), sous la forme Ἀίσχνη (prononcer Aischne), comme un nom obscur d’insecte aquatique. La racine αἰσχ est en rapport avec la honte ou la laideur, ce qui pourrait refléter le dégoût ou la peur vis à vis des larves aquatiques. Ce nom se retrouve dans des glossaires médiévaux pour des Insectes aquatiques ou des moucherons d’aspect filiformes, notion que mobilise Muffet (1589-90) pour préciser des larves aquatiques apparentés aux Phryganes. Comme pour ξάγινας, le mot Æschna, sert d’étiquette savante pour des Insectes désignés sur des fondations voulues antiques, mais qui ne le sont qu’en apparence tant les imprécisions sont lourdes par le passé. La désignation n’est pas la puissance de la constellation symbolique ici à laquelle les termes Libella et ξάγινας appartiennent. Ici la désignation est simplement attribué à une morphologie « convergente » de larves aquatiques d’aspect filiformes. Fabricius (1775) vient moderniser le sens d’Aeshna mais perd l’analogie initiale au profit de la stabilité taxonomique, désignant de grandes libellules lors du splitage du genre unique Libellula de Linnaeus (1758) en Agrion, Aeshna et une plus grande précision pour les Libellula.

En synthèse provisoire, nous avons des stratégies lexicales de la Renaissance avec Muffet ou Rondelet qui ont recours à des termes pseudo-grecs pour légitimer et tenter de mieux définir des désignations du monde naturel ou à des analogies avec des outils comme Libella. De manière sous-jacente se trouve une constellation symbolique sur la notion d’équilibre amenant à la pesée des âmes avec intervention diaboliques. Suit la fixation de Libellula, un terme chargé symboliquement ou d’Aeshna qui n’est qu’une référence à la morphologie d’insectes aquatiques, fixé dans un tout autre sens de manière pratique, par remobilisation d’un terme alors peu précis, par Fabricius (1775).

L’Antiquité et la confusion des insectes aquatiques

Anneau d’or du Minoen tardif (1550-1100 BC) découvert vers Knossos en Crète représentant deux libellules

La célèbre Épopée de Gilgamesh, à situer au deuxième millénaire avant J.C. dans le domaine de la Mésopotamie, contient des passages qui utilisent l’image d’un insecte qui vit au bord de l’eau afin d’évoquer la brièveté de la vie et l’impossibilité de l’immortalité. C’est une métaphore sur l’existence humaine. Cet insecte est souvent interprété comme une Éphémère ou une Libellule. On trouve dans l’Égypte ancienne des animaux ressemblant à des Libellules dans l’art pharaonique, notamment comme on pourrait s’y attendre, dans des scènes de marais ou de rives du Nil, décorant des tombes ou des bijoux. On a même trouvé des amulettes en formes d’Insectes dont certaines ressemblent à des Odonates. Ainsi, si les désignations sont souvent discutés par les égyptologues, on dispose d’une représentation d’Insectes aquatiques ailés qui pourrait et, le contexte le permet, devrait même être des Libellules. Voir par exemple Evans & Weinstein (2021). À la manière des anciennes indications de Mésopotamie, Aristote (343 BC) et d’autres écrivains anciens, s’ils se réfèrent à des insectes aquatiques ailés, ne distingue pas les Éphémères des Libellules. Il s’agit de notions zoologiques encore peu développées où la distinction des larves ou des imagos présente encore un intérêt très secondaire. La documentation antique ne donne pas de représentation clairement identifiable comme une libellule. On trouve des allusions littéraires ou visuelles qui concernent tout aussi bien des Éphémères que des Odonates. La valeur symbolique associée est parfois guidée sur la durée de l’existence et une confusion entre l’insecte éphémère et sa fixation comme groupe scientifique est de l’ordre des mots et non de la signification précise des évocations de l’époque. De manière très concrète des amulettes représentent à mon sens sans aucun conteste possible bien des Anisoptères. De telles « bijoux » datent du Moyen Empire (1991-1640 BC) (ONLINE). L’aspect esthétique était peut-être privilégié, le symbole lié à l’eau et la vie suggéré. On trouve par ailleurs sur une anneau d’or du Minoen tardif (1550-1100 BC) de Crète, deux libellules stylisées (Deliry [2020]).

Constellation sémantique symbolique autour du mot Libellule

Outre les compléments donnés ci-dessous, j’avais déjà largement exploré la symbolique des Libellules et les liaisons sémantiques entre les différents termes dans un article en ligne Dragonflies et Libellules… même combat symbolique (Deliry [2022b]) qui démontrait parmi d’autres aspects la relation entre les mots français et anglais pour désigner les Odonates. Ce « papier » en ligne était accompagné d’une texte lexical qui dressait la liste des noms populaires associés aux Libellules dans différentes langues (Deliry [2022a], [2024]).

Constellation sémantique autour des Libellules : symboles et lexique populaire (image généré par IA selon mes consignes)
©© bysa – Cyrille Deliry (25 décembre 2025)
Armure de Daimyo 大名 avec casque portant une Libellule, la victoire
Les Daumyos sont des gouverneurs japonais, seigneurs de la guerre (XVe siècle et ensuite) (Musée Guimet – Paris)
©© by – Jean-Pierre Dalbéra – Flickr

Voyage symbolique à vol de libellules jusqu’aux Indes occidentales par le Pacifique

Dans de nombreuses traditions amérindiennes, la libellule est un animal spirituel positif, symbole de transformation, changement, pureté et clarté, lié à des éléments essentiels comme l’eau et le monde des esprits. Chez les Navajos, c’est un symbole de pureté, les Libellules sont présentes dans l’art décoratif et sont associées à l’élément eau et à la vie. Pour leurs voisins Zunis, elles sont associées à la pluie et à l’eau, importants pour la survie en milieu subdésertique. Les Libellules sont fréquentes sur les poteries et les bijoux. Les Hopis y voient la transformation, le changement et des guides spirituels (Taufiq 2023). Elles sont toujours représentées dans des objets artistiques et en particulier pour des « poupées » ou « figurines », les dolls Kachinas (Wright 1977). Pour les Indiens des Plaines, elles symbolisent la protection, la rapidité, l’activité et parfois l’invincibilité. Elles sont représentées sur des vêtements associés à la guerre ou sur des tipis pour protection. Ailleurs la protection ou l’identité est symbolisée par des totems où elles sont sculptées, en particulier chez les Tlingits vivant dans le nord-ouest de l’Amérique. Dans l’histoire du Coyote et du Dragon serpent, on trouve des versions où la libellule est liée à des transformations entre formes animales, inspirée par la symbolique de la métamorphose des Odonates (Mariane 2024). Taufiq (2023) rassemble des éléments en rapport avec la guérison, la pluie ou l’eau, la protection et dans certains mythes la transition entre mondes spirituels et physiques de toute évidence associés à la métamorphose imaginale de ces Insectes. Les libellules sont un symbole riche et pluriel chez les Améridiens.

A contrario, elles n’ont pas d’accroche significative dans les cultures polynésiennes (Maoris, Tahitiens…) où le symbolisme animal est davantage centré sur des créatures océaniques, des ancêtres ou des divinités majeures. Ce sont pourtant des Insectes propres à visiter les îles, y compris lors d’afflux spectaculaires, mais elles n’ont pas pris de place significative dans l’imaginaire de ces habitants du Pacifique qui se concentrent sur d’autres préoccupations symboliques. Chez les aborigènes d’Australie, notamment dans des traditions du Wadawurrung (sud de l’île), elles sont associées à l’eau des rivières aux rythmes saisonniers, venant annoncer la migration des Anguilles et des moments propices à la pêche. Elles n’ont pas de relations symboliques fortes, mais renseignent sur le fonctionnement de la nature (Vegter 2025). Elles sont ici, aussi les gardiennes de l’eau, habitat fondamental pour bien vivre. Elles servent à mieux regarder la Nature en Australie. On retrouvent les libellules comme des messagères météorologiques, des saisons. Elles sont nommées parfois en Chine, les Mouches des Typhons, car elles peuvent être nombreuses avant les tempêtes. Dans ce pays, elles symbolisent aussi l’été. Des Améridiens disent que si elles volent haut il y aura de fortes pluies (Deliry [2024]).

En guise de synthèse provisoire (2025)

Motifs décoratifs de tissus fabriqués actuellement au Japon

Il n’est pas possible dans un temps qui a quelques limites, pour moi de tout lire et tout contrôler sur les relations entre les hommes, les mots et les Libellules. C’est un peu comme un fil qu’on tire et qui se sépare en de multiples branches sans ariane, ni destination particulière qui se tisse par des retours et des croisements, des intuitions ou des convergences fortuites, parfois probablement sans fondements historiques. Il est toutefois bon de penser que ces convergences sont réelles car il nous manque tout le pan de l’oralisation. Ce sont les mots qu’on dit et qui faute d’avoir été écrits ne renseignent pas sur les ambiances sémantiques, les mythes similaires pouvant être du domaine de la parole répandue à travers le Monde entier. Toujours est-il que je tente d’être fidèle à une de mes devises naturalistes qui est de donner la parole aux libellules.

Je tente dans le tableau suivant de dégager les ambiances sémantiques et symboliques propres à alimenter les convergences ou visualiser les divergences et les originalités propres à des pans culturels par grands ensembles géographiques. En effet, n’est-ce pas dans le cadre des Odonates du Monde que je tente de rassembler ces quelques idées ?

Cultures / régionsSymbolisme centralFonctionsSimilitudes interculturellesDivergences et spécificitésHistoricité
Europe / Occident / ÉgliseDe l’irrationnel à la Science
Fugacité, équilibre, justice, diable, balance / Élégance
Médiation entre les mondes (air / eau), symboles religieux et morauxTransformation comme aux Amériques, liens entre liminalité et élémentsForte association avec le diable, le danger dans le folklore médiéval, art chrétien (dragons, équilibre, balances), mesure de la valeur des âmesConfusion des larves aquatiques, à la diabolisation médiévale vers la codification scientifique : Libelluila, ξάγινας, Aeshna, fonction décorative émergente avec l’art nouveau et le développement récent du partage naturaliste (démarche participative) et mondialisation
Asie depuis l’Inde au Japon, par la ChineEsthétisme
Bon augure, légèreté, joie, élégance, force et courage guerrier et victoire 勝虫
Bonheur, beauté éphémère, inspiration artistique (poésie et peinture), force guerrièreFugacité et beauté éphémère comme en Europe, lecture des phénomènes de Nature comme en Australie, puissance guerrièrePas d’association diabolique, davantage positif et esthétique, mais aussi un pendant de puissance guerrière retrouvée chez les samouraïsPersistance depuis l’art classique à moderne, constance du lien esthétique et philosophique, elle est décoratrice mais aussi symbole de puissance
Amériques / AmérindiensEcologie
Transformation, pureté, messages spirituels, valeur de l’eau
Guides spirituels, protection, rituels de guérison, totems, gardiennes de l’eauTransformation, passage, cycle de vie à la fois comme en Asie et en Europe, tout comme la lecture de la NatureEtroite relation avec l’eau et les cycles naturels, moins de codification esthétique ou morale, possible valorisation guerrière qu’on retrouve au Japon avec les samouraïsMaintiens des motifs traditionnels dans les arts et les rites : les libellules restent un symbolisme vivant dans l’art contemporain
Afrique subsaharienne
Australie / Aborigènes
Nature
Messagères des saisons / Pas de diabolisation
Lecture de la Nature associé à des relations très ancienne de l’humanitéLa lecture des phénomènes saisonniers se retrouve ponctuellement ailleursAucune symbolique, outre leur fonction écologique de surveillance de l’eau et des rythmes de la natureSens ancien basé sur les relations à la Nature et probablement diffusé avec la marche des Hommes depuis l’Afrique
Tradition orale non écrite anciennement, héritage en cours de transcription pour l’Australie
PolynésieEpiphénomènes
Ce n’est pas une préoccupation culturelle
rasrasAucune tradition centrée sur les libellules n’est documentée, à rechercher dans le cadre d’une écoute de l’oralisationSymbolique limitée à absente, celle-ci étant fortement dominé par le monde marin et le respect des ancêtres

On serait tenté de lire l’histoire de la marche de l’Homme depuis l’Afrique au reste du Monde, avec un symbolisme originel fondé sur l’observation de la nature, relativement intact sur le continent africain et préservé par l’isolement des peuples aborigènes d’Australie, parvenus sur cette île-continent il y a fort longtemps. Le regard sur la Nature reste important chez les Améridiens et une dimension esthétique perdure dans l’artisanat actuel, tout comme c’est le cas en Asie et notamment au Japon. La libellule est de bon augure en Asie orientale et aussi symbole de courage, force et victoire. Malgré une relation différente à la Nature en Occident, au points que les insectes aquatiques ne soient pas qualifiés au moment de l’Antiquité côté européen, y compris chez les savants naturalistes les plus célèbres comme Aristote. L’imaginaire et le fantastiques prennent place à ce mystère liminal de la transformation des libellules au cours de leur et la clé est probablement dans la métamorphose imaginale. Elles symbolise le passage entre les Mondes et leur comportement en équilibre appelle à la pesée des âmes à un rôle symbolique de balance et tous les personnages mythiques associés comme les chevaux de l’apocalypse, le diables, les archanges, les dragons médiévaux… les cabalitos del diablo, les mouches du diables ou mouches des dragons, les dragonflies. Les Calopteryx sont les Demoiselles de l’élégance et de la réconciliation avec l’esthétisme. La Science et les savants viennent réduire les superstitions et replacent les Libellules dans la balance : ce sont les Insectes du genre Libellula pour Linné en 1735 qui confirme en 1758. Alors elles entrent de nouveau dans l’esthétisme et le plaisirs tels de chats passant de l’obscurantisme à la renaissance et la lumière des arts nouveaux, du renouveau de la Nature, terrain de jeu désormais pour des naturalistes éclairés dans une démarche des sciences populaires partagées : faites des Libellules, fêtes de Libellules, donnez leur la parole.

Les Libellules pivot culturel dans le Monde (image généré par IA selon mes consignes)
©© bysa – Cyrille Deliry (26 décembre 2025)

Les auteurs disent que cette phrase de Chateaubriand a préparé la pensée du XIXe siècle a accepter l’étymologie erronée basée sur libellus, ou petit livre. En effet la démarche contemplative et poétique de Chateaubriand fonde un imaginaire et la transparence ouvre les intuitions à une préférence vers celle de feuillets, donc de livres. Chateaubriand ne dit rien ici à ce sujet, mais la pensée est dominée par la lecture de cette phrase qui est l’entrée en matière sur nos Insectes parmi les plus lues de son époque, c’est à dire après sa publication en 1802. Ainsi l’édition de 1872 du célèbre dictionnaire dirigé par Émile Littré introduit l’erreur sous influence poétique et sans meilleur contrôle étymologique. On trouve exactement : Genre d’insectes nevroptères nommés vulgairement demoiselles. On croit que libellule est un diminutif de libellus, petit livre, et que cette dénomination vient de ce que ces insectes tiennent leurs ailes étendues comme les feuillets d’un livre. D’après M. Roulin, libellule vient du lat. libella, niveau, la tête de la libellule étant en forme de niveau. Une double hypothèse étymologique est proposée. Le passage de Chateaubriand est en substance dans la définition du dictionnaire de l’Académie française et n’entre dans l’ouvrage qu’en 1935 : Genre d’insectes névroptères, au corps mince et aux ailes transparentes, appelés aussi Demoiselles. Il est important de regarder les mots présentés dans les dictionnaires plus anciens et c’est celui de libelle qui est unanimement connu, faisant généralement référence à un écrit injurieux. Aucun ne parle de l’outil de mesure de charpentier connu sous le terme libella et le précédent est un diminutif de livre, à savoir un petit livre. La confusion est donc facilitée par le fond de connaissances et l’influence de la pensé poétique. L’étymologie libellus en référence à un petit livre fait échos et sera largement répandue par l’enseignement officiel qui se réfèrent de préférence à l’évidence du livret. L’étymologie correcte, est celle basée sur l’avis d’une personne, M.Roulin, or ce n’est qu’un avis divergent. La notion de « petit livre » domine de manière contextuelle comme une évidence. Mais on peut clairement le démontrer, c’est bien celle de libella, niveau de charpentier et à la rigueur « petite balance » (diminutif de libra) qui est fondée par la désignation faite par Rondelet (1558) et avec libellula, Linné fait entrer en 1735 et confirme en 1758, un nom qui est en définitive le double diminutif de libra, la balance si chère à peser les âmes des trépassés.

Fées, naïades, ondines, fantasmes ou esthétisme ainsi le domaine de la beauté, restent de profondes lacunes pour ces quelques lignes.
Ceci signifie que les Libellules n’ont pas finis de nous parler

C’est alors que je découvre au hasard de la lecture des définitions de vieux dictionnaires, un autre sens pour libelle qui est aussi un acte pour demander une autorisation formelle… Ainsi nous retrouvons le terme initial de mes recherches ξάγινας qui n’est autre aussi, selon le contexte d’un terme certes dans un grec mal formé, qu’une demande d’autorisation officielle associée à une procédure. Cette conclusion intervient en manière de mettre tout le monde d’accord y compris sur l’étymologie déviante de petit livre répercutée de manière populaire par l’éducation générale et les grands dictionnaires de français. Nous avons bien une magnifique constellation sémantique autour du nom des Libellules a réussi à nous faire voyager jusqu’aux différents bouts du Monde.

Cyrille Deliry – Niort, les 25 et 26 décembre 2025

Références et ressources

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  1. Dans le domaine des sciences humaines, la liminalité est un rituel de passage, quand un concept ou individu perd son ancien statut et n’en a pas encore de nouveau. Un état de transition donc, marqué par le flottement voire par un vide. ↩︎
  2. L’ouvrage de Muffet a été terminé vers 1589-1590, mais il n’a été finalement imprimé qu’en 1634 dans sa version initiale latine. Sa traduction anglaise faite par John Rowland paraît en 1658. ↩︎