Accenteur mouchet

Oiseaux

Prunella modularis (Linnaeus, 1758)

Famille des Prunellidae

LC UICN

L’Accenteur mouchet se reproduit dans les zones tempérées et boréales de l’ouest de l’Eurasie, depuis l’Atlantique à l’Oural. On y distingue huit sous-espèces1. Son aire est plus irrégulière vers le sud dès les zones méditerranéennes. Sa limite méridionale se trouve dans les Péninsules Ibérique et Italique, les Balkans, en Anatolie et en Iran. C’est une espèce essentiellement sédentaire dans l’Ouest, migratrice partielle selon les régions septentrionales ou orientales. Les populations du nord et de l’est tendent à migrer, ce qui n’est pas le cas de populations occidentales. Les déplacements se font alors jusque dans le sud de l’Europe, le Proche Orient et le sud de la Mer Caspienne. Quelques oiseaux atteignent l’Afrique du Nord et le delta du Nil. Espèce introduite en Nouvelle Zélande. C’est un oiseau relativement commun.

C’est un oiseau en déclin significatif en France : estimation décennale de 27% (Schaub [2021]). Par contre c’est une espèce relativement stable en Suisse, avec de faibles fluctuations, depuis les années 1990 (1990-2024 ➚).

L’Houmeau (Charente-Maritime), Port du Plomb, mâle, le 21 février 2026
©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles

Dans l’ouest de la France, c’est un nicheur sédentaire qui commence à chanter régulièrement dès février, voire fin janvier lors des hivers doux. Cette reprise correspond à la mise en place ou à la réaffirmation des territoires, bien avant la ponte (Cramp 1988, Snow & Perrins 1998). Ce chant a d’abord une fonction territoriale puis intervient dans la coordination reproductive (Cramp 1988). En Poitou la période de chant soutenu se situe principalement entre février et avril, avec un pic en mars. Dès le début de l’incubation, l’intensité vocale diminue nettement, mais des chants sporadiques persistent (Snow & Perrins 1998). Les nids sont construits surtout en mars-avril, les pontes ayant lieu entre fin mars et avril majoritairement. Elles ont lieu dès la mi-mars lors des années les plus douces (Dubois & al. 2008). Les jeunes sont nourris entre avril et juin. Une seconde niché est fréquente en mai-juin. Il convient de rester attentif à des possibilités de nidification plus précoce dans un contexte de changement climatique, phénomène prouvé pour d’autres oiseaux, mais non étudiée pour l’Accenteur mouchet en Poitou.

En Rhône-Alpes les populations ont été estimées à 7000-50000 couples (1995-98), revues à 11500-75000 couples (2002-05). Il s’agit d’un nicheur commun, en général à altitude moyenne, parfois plus haut dans des habitats buissonnants. C’est un transhumant partiel ou total selon les secteurs de la région. En plaine il est commun aux passages et en hiver, avec des effectifs de quelques centaines détectés en mouvement aux « cols ». En 2008 des mouvements ont été révélés entre le 4 mars et le 6 avril. Il était initialement fluctuant en plaine, aujourd’hui plus régulier : essentiellement hivernant présente depuis (fin août) début octobre à fin mars (début avril). Il arrive désormais plus tôt puisque Lebreton (1966) donne la date moyenne du 13 octobre. C’est d’abord une espèce en expansion en Rhône-Alpes depuis les années 1970, désormais plus fréquent en plaine. Toutefois suit un déclin significatif de plus de 40 % (2001-2009 : Goujon 2011) : son statut en liste rouge est à réviser ! Dans la région l’espèce est nettement représentée dans l’ensemble des massifs, Monts du Forez et de la Madeleine (Loire), Plateau ardéchois (Ardèche), Alpes Internes, ainsi que Préalpes, Monts du Jura (Ain), moins fréquent en Mateysine, chaîne Jurassienne (Ain), mais bien représenté dans les Hautes-Alpes, où il est moins nombreux dans le Dévoluy. Quelques districts naturels de plaine sont fréquentés, notamment l’Annecy-Genevois (Haute-Savoie) et de manière très faible, mais l’oiseau manque en période de reproduction dans la Bresse, le Val de Saône, la Plaine de Bièvre, le Tricastin et le Sud Ardèche (Rolland [2004]). En Isère l’espèce n’est connue en reproduction régulière que dans les secteurs d’altitude : Chartreuse, Belledonne, Oisans, Ecrins, Mateysine et de manière moins régulière dans le Vercors où les preuves de reproduction paraissent plus rares. Les Terres froides en Bas Dauphiné peuvent accueillir quelques oiseaux niveaux. Ailleurs les observations sont essentiellement internuptiales et sans rapport avec la reproduction (Rolland [2004]). Les résultats des années 2020 restent similaires (Rolland [2023]) En Tarentaise (Savoie) c’est une des 10 espèces les plus fréquentes selon Lebreton & al. (1999), contactée selon une fréquence de près de 29%. des oiseaux chanteurs ont été repérés dès 800 m et restent peu nombreux avant la cote de 1300 m (6%) et densément représentés entre 1500 et 1900 m (64% des chanteurs), l’altitude de 2100 m est encore régulièrement atteinte (15%), sans dépasser la limite des forêts, la cote de 2300 m est exceptionnellement rapportée (Lebreton & al. 1999).

L’espèce n’est pas rare en hiver dans le Midi où elle s’approche des habitations en automne et se retire dans les forêts des pays montagneux en hivers, un petit nombre reste à nicher l’été dans le nord des contrées méridionales (De Serres 1845). Elle niche en Grande Provence, en altitude vers la limite supérieure des arbres, régulier en période hivernale sur les piémonts où il n’est pas rare dans les localités favorables (Ingram 1926). Le statut de l’espèce reste similaire aujourd’hui (Belis & Olioso 2011).

L’espèce occupe des milieux forestiers entrecoupés de clairières. Dans l’ouest de la France et la région parisienne, il est aussi présent dans secteurs suburbains et ses jardins arborés ou dans des zones de buissons. Les nids sont camouflés dans la verdure et souvent dans des zones denses de buissons, généralement assez bas, à moins de 150 cm du sol. C’est un oiseau insectivore qui se nourrit aussi de graines ou de baies en période hivernale. Dans le Vercors (Drôme, Isère) l’altitude optimale se concentre entre 600 et 1300 m d’altitude, l’ensemble des altitudes disponibles dans ce massif étant occupées (300-2150 m), barycentre de 1300 m environ. Le taillis ou zones arbustives avec 40% des contacts sont privilégiés, viennent ensuite les landes boisées (27%) et les futaies irrégulières (20%). Il convient de noter le contraste avec les landes herbeuses (11%) et le futaies régulières (5%). À noter que les jardins et les habitats suburbains ne sont pas fréquentés dans ce massif. La présence d’éléments rocheux ou de chemins ou routes sont à souligner sur les stations fréquentées car ceux-ci sont présents dans près d’un tiers des cas. Les milieux aquatiques stagnants ou courants ne sont quasiment jamais signalés (Rolland [2004]).

Les passages migratoires sont connus en Suisse en mars-avril et fin août-octobre. De manière opportuniste des chants sans valeur territoriale peuvent avoir lieu en plein hiver, en particulier lors des redoux. Les chants précèdent très généralement la ponte de plusieurs semaine et débutent en février dans un contexte de mise en place des territoires anticipant la nidification proprement dite. Les accouplements se déroulent entre avril et août. La période de reproduction se déroule normalement d’avril à juillet en France, avec des variations régionales selon les climats (Dubois & al. 2008). Ces périodes sont similaires ailleurs en Europe selon Hagemeijer & Blair (1997). Il y a généralement deux nichées de trois à six œufs. L’incubation dure de 12 à 14 jours et l’envol a lieu après 10 à 14 jours. La complexité de la biologie sexuelle de cette espèce est favorable à l’émission de chants même après la formation des paires. La longévité maximale constatée est de neuf ans.

Dans le Vercors, Rolland ([2004]) révèle que la météorologie affecte le taux de contact qui est augmenté par temps « chaud » en regard de temps « doux » et diminué par temps « froid ». La pluie et le vent diminuent aussi le taux de contacts. Les conditions optimales paraissent donc être le temp « chaud », sans vent et sans pluie.

Notons que c’est une espèce qui bien que monogame est aussi très régulièrement polyandre, une femelle étant dépendante de plusieurs mâles. Le mâle dominant s’accouple alors que les autres défendent le territoire ou nourrissent la nichée.


  • Belis W. & Olioso 2011 – Aperçu diachronique de l’avifaune provençale. – Faune PACA Publication, n°9 : 237 pp.
  • De Serres M. 1845 – Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissons. – Paul Lechevalier, Paris.
  • Deliry C. 2017 – Catalogue des oiseaux de la région Rhône-Alpes. – Histoires Naturelles n°6 (1ère édition 2009). – PDF
  • Goujon G. 2011 – STOC Rhône-Alpes. Suivi Temporel des Oiseaux Communs 2001-2009. – Document, pdf.
  • Ingram C. 1926 – The Birds of the Riviera, being an account of the Avifauna of the Côte d’Azur from the Esterel Mountains to the Italian frontier. – Whiterby, London.
  • Lebreton P. 1977 – Atlas ornithologique Rhône-Alpes. – CORA, DPN : 354 pp.
  • Lebreton P. & al. 1999 – Approche écologique de l’avifaune de la Vanoise. – Travaux Scientifiques du Parc National de la Vanoise, 21 : 7-304.
  • Rolland C. 1996 – Répartition de l’avifaune du massif du Vercors en fonction de l’altitude. – ed. Parc Naturel Régional du Vercors : 21 pp.
  • [Rolland C. 2004-2023] – Oiseaux du Vercors et de Rhône-Alpes. – Alpesoiseaux, en ligne.
  • [Schaub C. 2021] – Déclin Toujours moins d’hirondelles, de moineaux ou d’alouettes, mais plus de pigeons. – Libération, en ligne, 31 mai 2021. – ONLINE

  1. Deux nichent en France, Prunella modularis occidentalis dans l’ouest et Prunella modularis mabbotti plutôt méridional, avec probablement le type dans les Alpes et en période internuptiale. ↩︎