L’histoire fossile des plongeons est particulièrement intéressante pour la France, car l’un des fossiles les plus importants pour comprendre l’évolution ancienne des Gaviiformes a précisément été découvert dans l’Allier. Bien avant les Gavia actuels, de petits plongeons vivaient ainsi dans les lacs français il y a plus de 20 millions d’années.
Aux origines des plongeons : une histoire beaucoup plus ancienne que Gavia
Les cinq plongeons actuels appartiennent tous au genre Gavia, mais leur lignée est beaucoup plus ancienne que ce genre. Les plus anciens oiseaux actuellement considérés comme proches ou appartenant aux Gaviiformes remontent à l’Éocène, il y a environ 45 à plus de 50 millions d’années. Un taxon particulièrement ancien, Colymbiculus udovichenkoi, est connu dans l’Éocène moyen d’Ukraine, vers 45-47 millions d’années (Mayr & Zvonok 2011). Des fossiles encore plus anciens, âgés d’environ 53 millions d’années et découverts en Colombie-Britannique, ont également été rapprochés des plongeons (Mayr & Kitchener 2022), mais leur position exacte reste discutée. Il faut en effet être prudent : plus on remonte dans le temps, moins il est justifié de parler de « plongeons » exactement semblables aux espèces actuelles. Les premiers Gaviiformes avaient déjà certaines spécialisations pour la plongée, mais leur anatomie était différente.
À l’Éocène supérieur, il y a environ 35 à 38 millions d’années, l’Europe possède déjà des Gaviiformes incontestables. Le genre fossile le plus significatif est Colymboides dont l’une des premières espèces connues est Colymboides anglicus, découverte dans les dépôts de Hordle, dans le Hampshire en Angleterre (Mlíkovský 2002). Ces animaux n’étaient cependant pas simplement de petits Gavia. Et c’est précisément ce genre Colymboides qui va jouer un rôle majeur dans l’histoire de la paléontologie française.
Au début du Miocène, l’actuel département de l’Allier possède un vaste ensemble de milieux lacustres. Le célèbre gisement de Saint-Gérand-le-Puy, ainsi que plusieurs carrières voisines comme Montaigu-le-Blin, a livré une extraordinaire faune d’oiseaux aquatiques (Cheneval 1984). Les niveaux fossilifères principaux sont datés de l’Aquitanien, approximativement 22,5 à 20,5 millions d’années. Parmi ces oiseaux se trouvait un plongeon : Colymboides minutus. C’est probablement le plongeon fossile le plus remarquable de France. Il est décrit au XIXᵉ siècle par le grand zoologiste et paléontologue français Alphonse Milne-Edwards. Dans ses monumentales Recherches anatomiques et paléontologiques pour servir à l’histoire des oiseaux fossiles de la France, publiées à partir de 1867, cet auteur décrit plusieurs os provenant de Saint-Gérand-le-Puy. Il remarque un mélange de caractères rappelant les plongeons et les grèbes. Mais l’animal est suffisamment différent pour qu’il crée un genre nouveau : Colymboides, et une nouvelle espèce (Milne-Edwards 1867), Colymboides minutus dont le nom minutus fait référence à sa petite taille. Il était minuscule comparé aux plongeons actuels. Selon Storer (1956) Colymboides minutus était un Gaviiforme de petite taille, nettement plus petit que les plongeons actuels. À titre de comparaison, un Plongeon catmarin actuel mesure environ deux fois cette longueur, et un grand Imbrin davantage encore. Autrement dit, Colymboides minutus ressemblait probablement moins, en taille, à l’image que nous avons aujourd’hui d’un grand plongeon qu’à un petit oiseau plongeur. Storer (1956) montre que ses membres postérieurs étaient déjà adaptés à la nage et à la plongée, mais nettement moins que ceux des plongeons modernes. Ses pattes étaient également placées vers l’arrière du corps, mais l’oiseau devait probablement être un peu plus mobile à terre. Nous avons donc sous les yeux une sorte d’étape intermédiaire de l’évolution fonctionnelle des plongeons. Chez Colymboides, les proportions du squelette suggèrent un animal moins spécialisé dans la plongée et probablement plus capable d’un vol fréquent et maniable. Storer (1956) considérait que ses ailes relativement développées indiquaient probablement un vol plus puissant ou plus fréquemment utilisé que chez les plongeons modernes. L’évolution ultérieure semble donc avoir accentué un compromis : meilleure efficacité sous l’eau, mais spécialisation corporelle de plus en plus extrême.
Aujourd’hui, nous associons presque automatiquement les plongeons aux paysages nordiques : lacs de Scandinavie ou des zones arctiques. Mais les plongeons du Miocène inférieur européen vivaient dans un environnement nettement plus chaud. Les recherches modernes soulignent que les premiers Gavia et leurs parents européens coexistaient au Miocène avec des groupes aujourd’hui associés à des climats beaucoup plus méridionaux : perroquets, touracos… faisaient notamment partie de certaines faunes européennes. Cela signifie que le caractère aujourd’hui très « nordique » des plongeons est en grande partie une acquisition biogéographique plus tardive. Dans l’Allier à Saint-Gérand-le-Puy, le paysage était un secteur était occupé par des systèmes lacustres. La richesse extraordinaire en oiseaux aquatiques montre un environnement comportant différentes profondeurs et différents habitats liés à l’eau (Cheneval 1989).
Aux côtés du petit plongeon Colymboides minutus vivaient notamment des canards, des oiseaux apparentés aux flamants, des laridés et de nombreux autres oiseaux aquatiques (Cheneval 1984). Milne-Edwards lui-même signalait que Colymboides minutus était moins abondant que certaines mouettes fossiles du gisement, mais suffisamment fréquent pour être représenté par plusieurs restes.

Cette reconstitution d’un petit Plongeon dans son environnement du Miocène de l’Allier pourrait ressembler à Colymboides minutus
Y’Ado! selon mes directive – ©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles
Pendant que Colymboides existe encore en Europe, un autre événement majeur se produit. Le genre auquel appartiennent tous les plongeons actuels apparaît dans le registre fossile : Gavia. Les plus anciennes espèces attribuées avec confiance au genre apparaissent au Miocène inférieur. L’une des plus anciennes est : Gavia egeriana. Cette espèce a été décrite à partir de fossiles provenant de Dolnice, en République tchèque, dans des dépôts du Miocène inférieur (Švec 1982). Elle était là encore très petite, plus petite que les plongeons modernes. Il y a environ 20 millions d’années deux niveaux évolutifs coexistaient en Europe : Colymboides et Gavia. Vers 13 millions d’années on trouve Gavia schultzi du Miocène moyen, qui est un plongeon beaucoup plus proche du type moderne. Il a été décrit à partir d’un squelette partiel découvert à Sankt Margarethen, dans le Burgenland autrichien. Le fossile date du Badenien supérieur, au Miocène moyen (Mlíkovský 1998). Il était plus grand que Gavia egeriana, mais plus petit que certains Gavia fossiles postérieurs. Vers la fin du Miocène, les plongeons deviennent beaucoup plus rares en Europe. Les chercheurs ont proposé une explication biogéographique : avec le refroidissement climatique et l’augmentation de l’aridité, les principales populations auraient progressivement déplacé leurs zones de reproduction vers des latitudes plus septentrionales. C’est probablement à cette époque que commence à se construire la géographie que nous connaissons aujourd’hui. Les plongeons, autrefois présents dans les régions relativement chaudes d’Europe centrale et méridionale, deviennent progressivement des oiseaux principalement boréaux et arctiques (Zelenkov 2025). S’il y a 20 millions d’années, un plongeon pouvait faire partie de l’avifaune régulière d’un lac d’Auvergne, aujourd’hui, aucun plongeon ne niche en France. Au Miocène moyen, Gavia apparaît sur les côtes orientales de l’Amérique du Nord, puis, au Miocène supérieur, la lignée atteint également les côtes pacifiques nord-américaines. Une distribution holarctique et boréale s’installe progressivement. C’est celle qui caractérise les plongeons actuels.
Entre environ 5,3 et 2,6 millions d’années, au Pliocène, plusieurs espèces aujourd’hui disparues de Gavia sont connues (Mlíkovský 2002) : cf. : Gavia concinna, Gavia fortis, Gavia howardae et Gavia palaeodytes. La plupart sont particulièrement bien documentées en Amérique du Nord. À cette époque, certaines espèces atteignent déjà des tailles comparables aux grands plongeons actuels. Des fossiles attribués à Gavia ont également été trouvés dans le Pliocène européen, tel ce crâne de Gavia trouvé à Empoli, en Italie (Delle Cave & al. 1998).
Avec le Quaternaire, le registre change de nature. Les fossiles de Gavia deviennent suffisamment proches des oiseaux actuels pour pouvoir être attribués dans de nombreux cas aux espèces vivantes.
Il y a environ 21 millions d’années, les plongeons n’étaient pas seulement des visiteurs hivernaux de notre territoire. Un Gaviiforme, Colymboides minutus, faisait partie intégrante des communautés d’oiseaux aquatiques de lacs dans le secteur l’actuel Bourbonnais dans l’Allier. Puis la lignée s’est transformée : les plongeons sont devenus plus grands, plus puissamment adaptés à la propulsion sous-marine et progressivement plus septentrionaux se distribuant sur l’ensemble de l’anneau septentrional de l’Holarctique. Aujourd’hui, le même territoire français n’accueille plus que des représentants hivernants ou accidentels de la famille. C’est donc une histoire extraordinairement longue : la présence des plongeons en France ne commence pas avec les premiers ornithologues du XVIIIᵉ siècle, mais au moins 20 millions d’années plus tôt.
Le Plongeon catmarin – Gavia stellata (Pontoppidan, 1763)
Le Plongeon catmarin est un migrateur et hivernant régulier en France, non nicheur, essentiellement maritime et nettement plus abondant que le Plongeon arctique et le Plongeon imbrin. Ses populations reproductrices sont circumpolaires. En Europe, il niche notamment en Islande, en Écosse, en Scandinavie et dans le nord de la Russie. Les oiseaux descendent ensuite vers les eaux côtières européennes pendant l’hiver. La France représente donc une partie relativement méridionale de son aire normale d’hivernage.
Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, il s’agit avant tout d’un oiseau septentrional apparaissant en France pendant la mauvaise saison. Au cours du XIXᵉ siècle, avec la multiplication des catalogues départementaux et régionaux, le statut français commence à se préciser. On sait alors que le Catmarin apparaît principalement : sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique, dans les estuaires, occasionnellement sur les fleuves, beaucoup plus rarement sur les lacs et étangs de l’intérieur. Une différence commence progressivement à apparaître avec les deux autres espèces : le Catmarin semble davantage fréquenter les eaux côtières peu profondes et s’approcher plus facilement du rivage. Au début du XXᵉ siècle, les ornithologues comprennent progressivement que le Plongeon catmarin n’est absolument pas un simple accidentel. Sur certaines côtes françaises, c’est même un migrateur régulier et relativement commun.
Au début des années 1990, l’estimation nationale était d’environ, 100 Plongeons catmarins hivernant sur les côtes française, mais il en manque vraisemblablement beaucoup. L’accumulation des comptages Wetlands, le développement du seawatching et l’amélioration de la couverture ornithologique vont en effet complètement modifier notre perception. Les chiffres deviennent non plus des dizaines, mais des centaines puis des milliers d’individus.
Le Plongeon catmarin apparaît également sur les eaux continentales. On peut l’observer notamment sur les grands lacs, les retenues de barrage, les grands fleuves, parfois des plans d’eau relativement modestes. Ces observations concernent généralement un individu isolé, parfois quelques oiseaux. Les arrivées continentales peuvent être favorisées par les tempêtes ou les vagues de froid. À l’échelle nationale, ces observations intérieures ne représentent qu’une fraction minuscule de la population. Le Catmarin français reste avant tout un oiseau de mer.
La LPO Normandie (2026) le qualifie de «migrateur peu commun et hivernant assez rare», tout en soulignant qu’il est le plus commun des plongeons observables depuis le littoral normand. Son bastion français se situe principalement sur les côtes de la Manche, notamment dans le Pas-de-Calais, la Somme, la Seine-Maritime et le Calvados, avec des effectifs plus dispersés sur les autres façades maritimes. Les connaissances récentes conduisent à retenir un ordre de grandeur d’environ 4000 à 8000 individus en France, même si le recensement exact d’une espèce marine mobile reste difficile.
Les premiers oiseaux arrivent en France dès l’automne. La migration postnuptiale s’étend globalement de la fin août à la mi-novembre, avec un maximum en octobre. La migration de printemps commence vers la fin mars, culmine vers la fin avril et peut se prolonger jusqu’à la mi-juin. Les oiseaux sont probablement essentiellement originaires de Scandinavie ou du nord de la Russie. Des recaptures concernent aussi le Groenland, l’Islande ou le nord des îles Britanniques.
Le Plongeon arctique – Gavia arctica (Linnaeus, 1758)
Le Plongeon arctique est un migrateur et hivernant régulier mais peu commun en France, non nicheur, essentiellement maritime et nettement moins abondant que le Plongeon catmarin. Ses populations reproductrices occupent une vaste partie des régions boréales de l’Eurasie, de la Scandinavie à la Sibérie. Après la reproduction, les oiseaux gagnent les mers européennes et certains atteignent régulièrement les côtes françaises, qui se situent vers la marge méridionale de leur aire normale d’hivernage.
Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, le Plongeon arctique est déjà connu des naturalistes français comme un oiseau septentrional apparaissant pendant la mauvaise saison. Mais son statut est longtemps resté difficile à apprécier. Plus maritime que le Catmarin et fréquentant volontiers des eaux relativement profondes, parfois loin du rivage, il était probablement moins facilement détecté par les observateurs anciens. Les oiseaux abattus ou recueillis sur les côtes, les estuaires et occasionnellement les eaux intérieures constituaient alors une part importante des données disponibles. Au cours du XIXᵉ puis du début du XXᵉ siècle, l’accumulation des observations permet néanmoins de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accidentel : l’Arctique est un véritable migrateur et hivernant régulier sur les côtes françaises.
Des les années 1950, l’amélioration de la prospection ornithologique et la généralisation des observations depuis le littoral précisent sa distribution. Le Plongeon arctique apparaît principalement sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique, avec une distribution assez dispersée. Contrairement au Catmarin, qui peut se concentrer en nombres importants dans les eaux peu profondes de la Manche orientale, l’Arctique est généralement observé isolément ou en petits groupes. Sa présence peut ainsi être régulière sans produire les rassemblements importants connus chez le Catmarin. Le Plongeon arctique apparaît également à l’intérieur des terres. Il peut séjourner sur les grands lacs, les retenues de barrage, les gravières et certains grands cours d’eau.
Les comptages Wetlands et l’amélioration de la couverture du littoral ont permis de mieux apprécier ses effectifs, mais l’Arctique demeure difficile à recenser. Une fraction des oiseaux hiverne probablement hors de portée des observations terrestres. Les variations annuelles peuvent donc refléter aussi bien de véritables fluctuations que les conditions d’observation et la répartition momentanée des oiseaux en mer. Il reste aujourd’hui beaucoup moins nombreux en France que le Plongeon catmarin.
En Normandie, l’espèce est un migrateur et hivernant régulier mais rare à peu commun. La Bretagne constitue également une région importante, ainsi que différents secteurs de la Manche et de la façade atlantique. Sa distribution française est cependant moins fortement polarisée que celle du Catmarin vers la Manche orientale ou celle de l’Imbrin vers la Bretagne.
Les premiers Plongeons arctiques peuvent arriver en France dès septembre, mais les arrivées deviennent surtout sensibles à partir de novembre. L’espèce est principalement présente d’octobre à avril, avec un maximum des stationnements entre décembre et février. Les oiseaux repartent progressivement en mars et avril vers leurs territoires de reproduction. Les observations estivales sont exceptionnelles. Les oiseaux présents en France appartiennent aux populations nord-eurasiatiques, probablement principalement scandinaves et russes.
Le Plongeon imbrin – Gavia immer (Brünnich, 1764)
Le Plongeon imbrin est un migrateur et hivernant régulier mais peu commun en France, non nicheur. Il se distingue des Catmarin et Arctique par l’origine essentiellement nord-atlantique de ses populations. L’espèce niche principalement en Amérique du Nord, mais également au Groenland et en Islande. Les oiseaux atteignant les côtes françaises appartiennent ainsi à la frange orientale d’une espèce dont le centre de gravité se trouve de l’autre côté de l’Atlantique.
L’Imbrin est connu depuis longtemps des naturalistes français. Buffon le décrit au XVIIIᵉ siècle sous le nom d’« Imbrim ou Grand Plongeon de la mer du Nord ». Cette dernière appellation résume assez bien la perception ancienne de l’espèce : un grand oiseau marin septentrional apparaissant occasionnellement sur nos côtes pendant la mauvaise saison. Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, les données reposent surtout sur des oiseaux capturés ou abattus. Son caractère très maritime et sa présence souvent éloignée du rivage rendent alors difficile toute appréciation quantitative.
Au cours du XIXᵉ puis du début du XXᵉ siècle, l’accumulation des données permet progressivement de comprendre que l’Imbrin n’est pas seulement un visiteur accidentel. Il revient régulièrement sur certaines portions du littoral français. Mais sa distribution apparaît déjà très différente de celle du Catmarin : l’espèce est particulièrement liée à la façade atlantique et surtout à la Bretagne.
L’amélioration de la prospection dès les années 1950 confirme cette situation. La Bretagne constitue le véritable cœur de l’hivernage français. Les grandes baies, les rades et certains secteurs côtiers abritent régulièrement des Imbrins, généralement isolés ou en petits nombres. Le golfe normand-breton, notamment la baie du Mont-Saint-Michel, constitue également un secteur important. Plus au nord et plus au sud, l’espèce reste régulière mais devient progressivement plus dispersée.
Le Plongeon imbrin apparaît aussi sur les eaux continentales. Les grands lacs et retenues peuvent accueillir des individus, souvent des jeunes oiseaux, parfois pendant plusieurs semaines. Ces observations restent très minoritaires par rapport à la population maritime, mais elles ont rendu l’espèce familière à de nombreux ornithologues éloignés du littoral. Certains individus continentaux peuvent se montrer remarquablement fidèles à un site pendant leur séjour.
Les comptages modernes ont permis de mieux définir le statut de l’Imbrin, mais, comme pour les autres plongeons, les effectifs restent difficiles à mesurer précisément. Les oiseaux peuvent hiverner loin de la côte et leur détectabilité varie fortement selon l’état de la mer et les conditions météorologiques. Les données disponibles montrent néanmoins clairement que la France accueille régulièrement plusieurs centaines d’individus et que la Bretagne concentre une part majeure de cet hivernage.
Les premiers Plongeons imbrins arrivent en France à partir d’octobre, les arrivées devenant plus sensibles en novembre et décembre. Les stationnements hivernaux culminent probablement entre décembre et février. Les départs s’effectuent progressivement au printemps et les derniers individus quittent généralement la France vers la mi-mai. Les observations estivales sont exceptionnelles. Les rares reprises d’oiseaux bagués indiquent une origine islandaise, tandis que les données morphométriques montrent que des oiseaux originaires du Groenland et du Canada atteignent également la France. Les hivernants français seraient ainsi principalement issus des populations islandaises et groenlandaises.
Le Plongeon à bec blanc – Gavia adamsii (Gray, 1859)
Le Plongeon à bec blanc occupe une place très différente dans l’avifaune française. Contrairement aux Catmarin, Arctique et Imbrin, ce n’est pas un hivernant régulier mais un visiteur accidentel très rare. Plus grand des plongeons actuels, il niche dans les hautes latitudes de la Russie, de l’Alaska et du Canada. Les individus atteignant l’Europe occidentale sont probablement surtout issus des populations arctiques eurasiatiques.
L’espèce est longtemps restée pratiquement absente de l’histoire ornithologique française, en raison de sa rareté. En plumage hivernal, elle peut être confondue avec un grand Plongeon imbrin et un oiseau observé loin en mer avait autrefois peu de chances d’être correctement déterminé. L’amélioration de l’optique, de la photographie et des critères d’identification depuis la fin du XXᵉ siècle a certainement facilité sa détection.
Les très rares observations françaises se répartissent principalement de la mi-novembre à la fin avril. Les données hivernales, de novembre à février, concernent surtout les façades Manche-Atlantique et très exceptionnellement les eaux intérieures, tandis qu’un éventuel passage printanier d’adultes est décelé en mars-avril en Manche et mer du Nord. Il n’existe évidemment aucune population hivernante française : chaque observation de Gavia adamsii demeure un événement ornithologique qui nécessite une documentation particulièrement solide. L’origine des très rares individus atteignant la France n’est pas connue avec certitude. Ils sont probablement issus des populations de l’Arctique eurasiatique, notamment de Russie, mais aucune donnée de baguage ne permet actuellement d’établir précisément leur provenance.
Le Plongeon du Pacifique – Gavia pacifica (Lawrence, 1858)
Le Plongeon du Pacifique est un accidentel exceptionnel en France. Cette espèce nord-américaine et sibérienne orientale n’est connue dans le Paléarctique occidental que depuis 2007, toutefois près de 70 mentions ont depuis été enregistrées en Europe, principalement dans les îles Britanniques. En France, un adulte découvert par Adrien Mauss le 17 janvier 2026 à Penvénan (Côtes-d’Armor) a été longuement observé et photographié, permettant une identification particulièrement solide ; cette donnée constitue la première mention française connue, sous réserve d’homologation. Un individu typique avait toutefois été photographié, sans être identifié à l’époque, à Logonna-Daoulas (Finistère) le 6 décembre 2015 devrait donc constituer rétrospectivement la première donnée française.

Essai et collage des 5 espèces de Plongeons, sur fond fictif de golfe normand-breton. Du premier au dernier plan, le Plongeon catmarin, le Plongeon arctique, le Plongeon imbrin, le Plongeon à bec blanc et en tout dernier le Plongeon du Pacifique, tous en plumage internuptial
Assisté par Y’Ado! selon mes directive, non sans peine – ©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles
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