Vers les hauteurs : un refuge climatique aux limites physiologiques pour les Odonates ?

Woods H.A., Guzman P.E. & Cheviron Z.A. 2026 – The oxygen and pressure physiology of upper elevational range limits in insects. – Functional Ecology, en ligne : 27 août 2026. – ONLINE

Pour les Odonates, l’article de Woods, Guzman & Cheviron (2026) montre que le réchauffement climatique ne se traduit pas automatiquement par une remontée vers des altitudes plus élevées. Avec l’altitude, la pression atmosphérique et la disponibilité en oxygène diminuent, ce qui peut limiter les performances physiologiques des insectes, notamment lors des activités à forte dépense énergétique.

Chez les adultes, le vol constitue probablement une contrainte majeure. L’air moins dense impose de produire davantage de puissance pour maintenir la portance, alors même que moins d’oxygène est disponible pour soutenir le métabolisme. Cette contrainte est particulièrement importante chez les libellules, qui dépendent presque exclusivement du vol pour se déplacer et chasser. Une analyse de 302 espèces de la région Néarctique (94% de l’odonatofaune de cette région étudiée) montre d’ailleurs que la taille relative des ailes augmente avec l’altitude, ce qui pourrait constituer une adaptation à la diminution de la densité de l’air (Moore & Khan, 2023).

La phase larvaire aquatique représente un second point critique. Dans l’eau, l’approvisionnement en oxygène est plus contraignant qu’en milieu aérien, et l’hypoxie d’altitude peut affecter la croissance, les performances et la tolérance thermique des insectes aquatiques. Dans les Andes équatoriennes, des travaux menés sur des larves d’insectes aquatiques distribuées jusqu’à 3450 m d’altitude suggèrent que les effets du manque d’oxygène pourraient surtout s’exprimer à long terme, ce qui est particulièrement pertinent pour les Odonates dont le développement larvaire peut durer plusieurs mois ou années (Jacobsen & Brodersen, 2008).

Ainsi, la limite altitudinale des Odonates pourrait résulter de deux contraintes complémentaires : le coût croissant du vol chez l’adulte et les effets du manque d’oxygène sur les larves aquatiques. Une température favorable en altitude ne suffit donc pas : tous les stades du cycle doivent pouvoir fonctionner et se développer dans ces nouvelles conditions, encore à l’état d’hypothèses.

©© byncsa – Cyrille Deliry – Y’Ado! selon mes consignes précises – 1er septembre 2026
  • Jacobsen D. & Brodersen K.P. 2008 – Are altitudinal limits of equatorial stream insects reflected in their respiratory performance? – Freshwater Biology, 53(11), 2295–2308. – ONLINE
  • Moore M.P. & Khan F. 2023 – Relatively large wings facilitate life at higher elevations among Nearctic dragonflies. – Journal of Animal Ecology, 92(8), 1613–1621. – ONLINE
  • Woods H.A., Guzman P.E. & Cheviron Z.A. 2026 – The oxygen and pressure physiology of upper elevational range limits in insects. – Functional Ecology, en ligne : 27 août 2026. – ONLINE