L’histoire du nom Aeshna est singulièrement complexe et doit être distinguée de celle de la délimitation taxonomique du genre. Elle associe une étymologie demeurée inconnue, une correction orthographique qui s’est imposée pendant une grande partie du XIXe siècle, puis un retour progressif à l’orthographe originale finalement confirmé durablement par la nomenclature zoologique.
Un antécédent remarquable chez Muffet
Bien avant Fabricius, un terme presque identique apparaît chez Thomas Muffet dans son Insectorum sive Minimorum Animalium Theatrum. L’ouvrage est préparé vers 1589-1590, mais demeure inédit et ne paraît qu’à titre posthume en 1634.
À la page 69, immédiatement après les pages consacrées aux Libellae, Muffet traite différentes formes aquatiques et emploie Æschna/Aeschna parmi ses Phryganides : Aeƒchna muscae. Le terme ne désigne donc pas le genre Aeshna au sens ultérieur et paraît concerner une «mouche d’eau» relevant de l’ensemble alors très large des Phryganes. L’édition anglaise de 1658 conserve d’ailleurs le nom sous la forme Aeschna. L’existence de ce terme près de deux siècles avant Fabricius constitue néanmoins un antécédent lexical remarquable.
Ce rapprochement prend davantage d’intérêt dès lors que Fabricius connaissait de toute évidence l’ouvrage de Muffet. Une origine par remobilisation mérite donc d’être envisagée : Fabricius aurait pu reprendre un ancien nom entomologique devenu inutilisé et l’affecter à son nouveau genre en 1775. Une telle démarche ne serait pas étrangère aux pratiques nomenclaturales des naturalistes de cette époque, et il serait particulièrement utile de documenter les autres cas où Fabricius a procédé de cette manière.
Cette filiation Æschna Muffet / Aeshna Fabricius n’est cependant pas démontrée par une déclaration de Fabricius et doit demeurer présentée comme une hypothèse. Elle bénéficie néanmoins de trois éléments objectifs : le terme existait antérieurement, Fabricius pouvait le connaître, et il ne fournit aucune autre explication de la formation d’Aeshna. Elle constitue donc une piste historique suffisamment étayée pour mériter d’être examinée.
1775 : l’énigmatique Aeshna de Fabricius
Fabricius (1775) crée son genre sous la graphie Aeshna1. Il n’en donne aucune étymologie. Ce silence aura une importance considérable car ses successeurs chercheront précisément à expliquer — et finalement à «corriger» — ce nom énigmatique.
Il paraît difficile de réduire Aeshna à une simple coquille. Fabricius conserve cette graphie dans ses publications ultérieures ; une synthèse zoonymique relève notamment son maintien dans des ouvrages de 1781, 1787 et 1793. Quelle que soit son origine, Aeshna correspond donc bien à une graphie durablement assumée par Fabricius.

Parmi les espèces réunies par Fabricius en 1775 sous Aeshna, Aeshna grandis mérite une attention particulière : elle est la seule qui appartienne encore aujourd’hui au genre Aeshna. Elle n’est d’ailleurs pas, au XVIIIe siècle, une espèce quelconque enfouie dans la littérature. Grande, singulière par ses tonalités brunes et rousses et ses ailes fortement teintées, elle avait déjà fait l’objet de représentations particulièrement remarquables. La spectaculaire planche publiée par Roesel von Rosehof (1749) en constitue un témoignage : l’imago y occupe une place majeure, accompagné de plusieurs étapes de son développement. A. grandis était donc, bien avant Fabricius, une des grandes libellules européennes les plus ostensiblement figurées.
De Geer et Illiger : naissance d’une « correction »
La modification intervient pourtant très tôt. De Geer (1779) emploie déjà Aeschna. Il ne s’agit donc pas d’une invention d’Illiger, mais celui-ci joue un rôle autrement important en cherchant à justifier philologiquement cette orthographe. Dans le Magazin für Insektenkunde, Illiger (1801) considère Aeshna comme incorrect et tente d’expliquer Aeschna par le grec αἰσχύνη (aiskhýnē), exprimant l’idée de « honte, pudeur ». Ce rapprochement semble lui-même associé à Jungfer, « jeune fille/vierge », présent dans la terminologie allemande des Odonates, notamment Schmaljungfer.
Il importe cependant de renverser la perspective longtemps adoptée : Illiger ne retrouve pas une étymologie fournie par Fabricius ; il en propose une. Aucun témoignage de Fabricius n’indique qu’Aeshna ait été construit à partir d’αἰσχύνη. L’étymologie grecque est donc une reconstruction a posteriori, et l’orthographe Aeschna devient en quelque sorte la correction du mot destinée à le rendre conforme à l’étymologie qu’on vient de lui supposer.
L’hypothèse Muffet et celle d’Illiger n’ont ainsi pas exactement la même nature. La première repose sur un mot entomologique réellement attesté avant Fabricius et auquel celui-ci pouvait avoir accès ; la seconde cherche après coup une racine grecque susceptible d’expliquer le nom. Ni l’une ni l’autre n’est démontrée, mais l’hypothèse d’une remobilisation de Muffet dispose d’une voie historique de transmission, là où celle d’Illiger demeure essentiellement philologique.
1800-1840 : coexistence des deux graphies
La proposition d’Illiger ne provoque nullement un remplacement immédiat d’Aeshna. Pendant plusieurs décennies, les deux graphies circulent parallèlement.
Toussaint de Charpentier (1825) constitue cependant un jalon important : il adopte systématiquement Aeschna. Cette position est réaffirmée avec beaucoup plus de poids dans ses Libellulinae Europaeae de 1840, où il reprend l’argumentation issue d’Illiger. Son choix est donc intentionnel : Aeschna lui paraît être la forme correcte du nom.
La fin des années 1830 et le début des années 1840 constituent le véritable moment de basculement. Burmeister (1839) adopte Aeschna, Charpentier (1840) réaffirme et argumente cette orthographe dans ses Libellulinae Europaeae, et Rambur (1842) l’utilise également. L’émendation acquiert ainsi rapidement l’autorité de plusieurs ouvrages majeurs de la systématique des Odonates et tend dès lors à s’imposer dans la littérature du XIXe siècle.
Les hésitations révélatrices d’Edmond de Selys Longchamps
Le comportement d’Edmond de Selys Longchamps est particulièrement instructif parce qu’il se situe précisément au moment de cette transition. En 1839, lorsqu’il expose les démembrements successifs du genre, il écrit encore Aeshna. Son concept est alors déjà plus restreint et il discute notamment Petalura, Cordulegaster et Anax. La graphie originale reste donc parfaitement vivante chez l’un des auteurs qui va devenir la principale autorité odonatologique du XIXe siècle.
Mais Selys rejoint très rapidement l’usage Aeschna qui s’impose autour de 1840 et qu’il conservera largement par la suite. Ce changement presque contemporain de celui de Burmeister et Charpentier illustre bien la force acquise par l’émendation à cette époque.
Une histoire parallèle se produit dans la langue française. Selys emploie d’abord Aeshne, puis la forme Aeschne s’établit. Fait remarquable, cette dernière survivra à l’abandon ultérieur d’Aeschna comme nom scientifique. Le français moderne conserve ainsi Aeschne alors que le genre s’écrit Aeshna : le nom vernaculaire constitue en quelque sorte le vestige actuel du succès de l’émendation du XIXe siècle. La littérature contemporaine française conserve effectivement cette distinction.
Le triomphe d’Aeschna est durable mais il n’est jamais absolu
Au cours du XIXe siècle, Aeschna devient néanmoins extrêmement répandu. L’autorité cumulée de Charpentier, Burmeister, Selys, Hagen, Rambur et de nombreux auteurs ultérieurs lui confère pendant plusieurs décennies l’apparence de l’orthographe normale du genre.
Il serait toutefois excessif de parler d’une disparition d’Aeshna. La graphie originale continue toutefois à être employée. Le mouvement du début du XXe siècle n’est donc pas une redécouverte d’une orthographe oubliée, mais une réaffirmation croissante de la graphie fabricienne.
Kirby, Calvert, Walker, Ris et Longfield : retour à Fabricius
Kirby (1890), ouvrage essentiel, constitue un premier jalon important de cette réaffirmation. Son usage d’Aeshna montre qu’à la fin du XIXᵉ siècle la graphie fabricienne subsiste malgré la domination d’Aeschna. Le mouvement devient plus manifeste avec Calvert (1905b)2, qui revient à son tour à l’orthographe originale. Ces usages précèdent l’Opinion 34 de 1911 et témoignent donc d’une remise en cause de la tradition Aeschna indépendante de la décision ultérieure de la Commission.
L’Opinion 34 marque en 1911 un changement de situation. En décidant que rien ne permet de considérer Aeshna comme une erreur et que l’orthographe originale de Fabricius doit être conservée, la Commission fournit désormais un fondement nomenclatural à son emploi. Walker (1912) s’inscrit immédiatement dans ce nouveau contexte en utilisant résolument Aeshna dans sa grande monographie nord-américaine ; Ris (1921) l’emploie également par la suite.
Longfield (1936) appartient ainsi à une phase différente de celle de Kirby et Calvert : elle ne participe plus à la réhabilitation initiale d’une graphie minoritaire, mais à la consolidation de l’orthographe désormais reconnue par la nomenclature zoologique, notamment dans la littérature britannique et européenne. L’histoire du retour à Aeshna se partage donc autour de 1911 : avant l’Opinion 34, quelques auteurs s’écartent de la tradition dominante d’Aeschna ; après elle, l’emploi d’Aeshna peut s’appuyer sur une décision nomenclaturale explicite.
Une conséquence extrême : Secundaeschna Götz, 1923
La coexistence prolongée des deux formes engendre même une curiosité nomenclaturale. Götz (1923) propose Secundaeschna comme nom nouveau pour Aeschna Illiger, qu’il distingue du Aeshna Fabricius antérieur, et désigne Libellula juncea Linnaeus, 1758 comme espèce type.
Ce cas ne traduit aucune découverte morphologique ni aucun démembrement réel du genre. Il résulte de l’interprétation d’Aeschna comme un nom susceptible d’être distingué nomenclaturalement d’Aeshna. Dès lors que le premier est reconnu comme une simple émendation du second, cette construction perd sa justification et Secundaeschna est placé dans la synonymie d’Aeshna. Cet épisode montre néanmoins jusqu’où la dualité orthographique avait pu compliquer la nomenclature.
Une seconde question : quel est le type d’Aeshna ?
Une autre difficulté, indépendante de l’orthographe, vient se superposer à cette histoire : Fabricius n’avait pas désigné d’espèce type en 1775.
Une désignation ancienne porte sur Libellula vulgatissima Linnaeus, 1758, choix que l’on retrouve notamment chez Kirby (1890). Mais cette espèce pose une difficulté majeure : Fabricius ne l’avait pas incluse dans Aeshna en 1775, puisqu’il la conservait parmi les Libellula. Elle appartient de surcroît au groupe ultérieurement séparé sous Gomphus. Cette contradiction sera notamment relevée par Needham (1897).
À l’inverse, Libellula grandis Linnaeus, 1758 appartenait bien au matériel originel d’Aeshna. Needham (1897) rappelle en outre que Cuvier avait dès 1798 caractérisé Aeshna en n’y plaçant que grandis, ce qui fournit un jalon ancien particulièrement important dans l’histoire de sa typification. La chronologie exacte de la fixation nomenclaturalement valide de l’espèce type mérite néanmoins d’être établie à partir de l’ensemble des textes originaux.
La Commission finit par trancher : Aeshna doit être conservé
La controverse orthographique est finalement soumise à la Commission internationale de nomenclature zoologique par R.A. Muttkowski. L’Opinion 34, Aeshna vs. Aeschna donne raison à l’orthographe originale : aucune preuve ne permet de considérer Aeshna comme une erreur de transcription, un lapsus calami ou une faute typographique susceptible d’être corrigée. Le fait que Fabricius ait maintenu cette graphie renforce évidemment cette conclusion.
La demande de Muttkowski est elle-même révélatrice de la persistance de la recherche d’une étymologie grecque. Écartant comme peu satisfaisant le rapprochement ancien avec αἰσχύνη (aiskhýnē), « honte, pudeur », il envisage αἰσχρός (aischrós), « laid, disgracieux », puis privilégie αἰσχύνω (aischýnō), « défigurer, enlaidir », en rapprochant curieusement ce sens de la perte des couleurs vives des Aeshna après leur mort dans les collections. Mais la Commission refuse précisément de déduire l’orthographe correcte d’une telle reconstruction : faute d’explication laissée par Fabricius, elle souligne que le nom pourrait aussi bien relever d’un barbarisme intentionnel, d’un nom propre ou même d’une combinaison arbitraire de lettres. L’Opinion 34 ne tranche donc pas l’étymologie d’Aeshna ; elle constate au contraire qu’elle demeure inconnue et qu’elle ne peut servir à corriger le nom.
La date de cette décision mérite d’être précisée : l’Opinion 34 remonte à 19113, et non à 1939, 1958 ou 2013 comme l’indiquent certaines références secondaires. La BHL (Biodiversity Heritage Library) indexe explicitement l’Opinion 34 aux pages 79-81, datées de juillet 1911. L’exemplaire aujourd’hui fréquemment cité appartient en revanche à la compilation des Opinions and Declarations publiée en 1958, ce qui explique la référence « Muttkowski, 1958 » rencontrée dans la littérature.
La conséquence est claire : Aeshna Fabricius, 1775 est l’orthographe nomenclaturalement correcte ; Aeschna constitue une émendation injustifiée. Cela n’efface évidemment pas plus d’un siècle d’utilisation d’Aeschna, qui conserve toute sa valeur historique.
Les métamorphoses orthographiques d’Aeshna
L’ensemble forme finalement une histoire assez remarquable. Muffet utilise avant 1590 le terme Æschna, publié en 1634 ; Fabricius, qui connaît Muffet, crée Aeshna en 1775 sans en expliquer l’origine ; de Geer puis Illiger transforment le nom en Aeschna, Illiger cherchant à lui restituer une étymologie grecque supposée ; Charpentier, Burmeister, Selys, Hagen, Rambur et de nombreux auteurs donnent ensuite à cette émendation une autorité considérable.
Mais Aeshna ne disparaît jamais : Kirby puis Calvert s’écartent de la tradition dominante d’Aeschna en revenant à la graphie originale de Fabricius ; après l’Opinion 34 de 1911, qui impose sa conservation, Walker, Ris, Longfield et d’autres adoptent ou maintiennent désormais Aeshna conformément à cette décision. Cette option est désormais généralisée.
L’étymologie proprement dite demeure donc ouverte et plusieurs pistes doivent être distinguées. Fabricius n’a laissé aucune explication de son choix. L’ancien Æschna de Muffet constitue un antécédent lexical historiquement documenté et une source possible du matériau remobilisé par Fabricius. La tradition grecque, inaugurée par Illiger avec αἰσχύνη (aiskhýnē, « honte, pudeur »), est prolongée en 1911 par Muttkowski, qui envisage αἰσχρός (aischrós, « laid, disgracieux »), puis privilégie αἰσχύνω (aischýnō, « défigurer, enlaidir »), qu’il rapproche de l’altération des couleurs de l’insecte après sa mort. Enfin, une autre voie reste à explorer indépendamment de ces reconstructions grecques : celle d’une formation faisant intervenir le latin aes, aeris, « cuivre, bronze », dont le champ sémantique pourrait convenir aux remarquables tonalités bronzées ou cuivrées de certaines grandes espèces connues de Fabricius, notamment Aeshna grandis. Cette dernière proposition reste toutefois une hypothèse nouvelle et ne dispose, à ce jour, d’aucun témoignage de Fabricius permettant de l’étayer directement.
Reste alors à expliquer non pas une prétendue erreur de Fabricius, mais la transformation Æschna → Aeshna. La constance avec laquelle Fabricius maintient cette dernière graphie dans ses publications montre qu’il ne s’agit pas d’une simple coquille : Aeshna est bien la forme qu’il entend utiliser. Un mécanisme linguistique cohérent peut dès lors être envisagé. Muffet, auteur anglais écrivant dans le latin savant de la Renaissance et pratiquant volontiers le pseudo-grec, donne sch à son Æschna ; Fabricius, familier des mondes danois, germanique et surtout britannique, pouvait parfaitement reconnaître que, pour transcrire en anglais un son /ʃ/, la graphie attendue était sh plutôt que sch. Il aurait ainsi pu « corriger en anglais » le mot de l’Anglais Muffet. Cette réfection orthographique volontaire est cohérente avec son environnement linguistique et avec le maintien ultérieur d’Aeshna ; elle reste néanmoins une hypothèse, faute d’explication laissée par Fabricius lui-même.
L’intervention d’Illiger prend alors un relief presque paradoxal. En rapprochant Aeschna du grec αἰσχύνη (aiskhýnē), « honte, pudeur », notamment par association avec Jungfer, il cherche à donner au nom une étymologie intelligible et réintroduit précisément le c que Fabricius aurait pu volontairement supprimer. Un siècle plus tard, les nouvelles tentatives grecques de Muttkowski — αἰσχρός puis surtout αἰσχύνω — montrent que l’énigme demeure entière ; significativement, la Commission refuse en 1911 de choisir entre ces reconstructions. Illiger ramène ainsi le nom vers la physionomie de l’ancien Æschna de Muffet et donne à cette forme une justification grecque nouvelle.
Les faits et les mécanismes proposés doivent néanmoins rester distincts. L’Æschna de Muffet, sa connaissance par Fabricius, le choix persistant d’Aeshna par celui-ci et l’émendation argumentée d’Illiger sont documentés ; la réfection sch → sh proposée ici constitue une explication linguistique et historique cohérente, mais non démontrée. Muffet pourrait ainsi éclairer la provenance du matériau lexical, Fabricius sa transformation, et Illiger la construction ultérieure de son sens supposé.
Une dernière piste s’ouvre alors, précisément parce qu’elle prend au sérieux la graphie fabricienne. Le début aes- peut être rapproché du latin aes, aeris, « cuivre, bronze ». Fabricius n’en dit rien et la formation complète d’Aeshna n’est pas expliquée pour autant ; mais l’hypothèse mérite d’être explorée au regard d’Aeshna grandis, seule véritable Aeschne au sens moderne parmi les espèces que Fabricius place dans son genre en 1775, et espèce particulièrement grande et remarquable, abondamment figurée par les naturalistes et artistes anciens, dont les tonalités brunes, rousses et bronzées et les ailes fortement teintées la singularisent nettement. Le rapprochement est d’autant plus suggestif que Cuvier, dès 1798, circonscrit Aeshna autour de la seule grandis, reconnaissant ainsi très tôt sa position particulière dans l’ensemble fabricien. Si Fabricius a remanié un ancien Æschna, aes pourrait avoir fourni une motivation descriptive supplémentaire à la forme nouvelle. À notre connaissance, cette piste latine et son rapprochement avec Aeshna grandis n’ont pas été proposés dans les discussions étymologiques antérieures sur Aeshna ; ils constituent donc ici une exploration nouvelle.
L’origine du matériau lexical, la transformation de sa graphie et son éventuelle remotivation sémantique constituent donc trois questions distinctes. C’est finalement Aeshna lui-même, davantage encore que son éventuelle racine, qui demeure l’« abracadabra » de cette histoire.

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Références
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- Calvert P.P. 1905a – Fauna of New England. 6. List of the Odonata. – Occasional Papers of the Boston Society of Natural History, 7 : 1–43.
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- [Deliry C. 2025] – ξάγινας : un pseudo-nom grec de la libellule chez Thomas Muffet et ses implications philologiques. – Blog des Histoires Naturelles, 25 décembre 2025. – ONLINE
- Fabricius J.C. 1775 – Systema Entomologiae. – Flensburgi & Lipsiae. – ONLINE
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- Steinmann H. 1997 – World Catalogue of Odonata. 2 volumes. – Walter de Gruyter.
- Walker E.M. 1912 – The North American dragonflies of the genus Aeshna. – University of Toronto Studies, Biological Series n°11 : 1-213.
- Fabricius (1775) ne place que quatre espèces dans son nouveau genre Aeshna : A. forcipata [= Onychogomphus forcipatus (Linnaeus, 1758)], A. grandis [= Aeshna grandis (Linnaeus, 1758)], A. variegata [= Rhyothemis variegata (Linnaeus, 1763)] et A. clavata [= Sinictinogomphus clavatus (Fabricius, 1775)]. Parmi elles, seule grandis appartient encore aujourd’hui au genre Aeshna. Fait particulièrement remarquable, Fabricius n’y place pas Libellula juncea Linnaeus, 1758, espèce linnéenne qu’il connaissait pourtant : celle-ci, aujourd’hui Aeshna juncea (Linnaeus, 1758), reste donc extérieure à son Aeshna originel. Cette absence prend un relief particulier dans l’histoire ultérieure du genre, puisque juncea deviendra au contraire une Aeschne caractéristique. ↩︎
- Un rétablissement explicite de la graphie fabricienne s’amorce chez Calvert en 1905. Le cas est toutefois un peu plus complexe : tandis que sa contribution à la Biologia Centrali-Americana (Calvert 1905b) emploie Aeshna, notamment dans les descriptions d’Aeshna dugesi et d’A. williamsoniana, sa Fauna of New England (Calvert 1905a), publiée la même année, conserve encore Aeschna. ↩︎
- Muttkowski (1887-1943) soumet à la Commission la question qui donne lieu à l’Opinion 34 de 1911, alors qu’il n’est âgé que de 24 ans. Les références bibliographiques qui datent cette Opinion de 1958 correspondent en réalité à sa republication et sont donc mal datées lorsqu’elles sont utilisées pour dater la décision. ↩︎
