Araignées coccinelles : Eresus

Araignées

Les Araignées coccinelles appartiennent au genre Eresus Walckenaer, 1805 et sont rangées dans la famille des Érésidés.

Les « Araignées coccinelles » sont réparties en Europe, Afrique du Nord et dans l’Ouest de l’Asie. Ce sont des Araignées terricoles caractérisées par un très net dimorphisme sexuel, les femelles étant beaucoup plus grandes que les mâles. On distingue une quinzaine d’espèces dont certaines très localisées. Eresus albopictus ne se trouve qu’en Sicile, Eresus hermani est en Hongrie. On connaît Eresus robustus est en Espagne, Eresus sedilloti dans la Péninsule ibérique, Eresus rotundiceps en Ukraine. Eresus lavrosiae du Caucase. Par contre d’autres espèces ont une répartition assez vaste comme Eresus sandaliatus qui s’observe dans le Nord de l’Europe et en Turquie, Eresus kollari qui est en Europe centrale et méridionale, Eresus moravicus présente en Europe médio-centrale, depuis la Suisse à la Roumanie, Eresus ruficapillus se trouve à la fois en Sardaigne et en Europe orientale, Eresus solitarius est à la fois dans la Péninsule Ibérique et en Grèce méditerranéenne, Eresus walckenaeri est en Italie, les Balkans et en Turquie.

En France c’est Eresus sandaliatus qui est réputée présente de manière principale, néanmoins l’examen de l’iconographie rend compte du fait que les mâles présents en Rhône-Alpes (Ardèche, Isère) ou en Corse semble mieux correspondre à Eresus kollari. Il convient de rester attentif aux mâles qui auraient des pattes arrières totalement rousses, connus de Suisse voisine et qui appartiennent à l’espèce nouvellement distinguée en 2008, Eresus moravicus. Les mentions françaises données sous Eresus niger, voire Eresus cinnaberinus sont inadéquates et doivent être précisées pour l’une des espèces précédentes et les études génétiques pourraient réserver des surprises encore…

Eresus sandaliatus : Les pattes postérieures du mâle
sont marquées de blanc
©© bysa – Wikimedia common
Eresus kollari : Les pattes postérieures du mâle
sont marquées de roux
©© bysa – Wikimedia commons

Selon Řezác & al. (2008), les « Araignées coccinelles » du genre Eresus suscitent l’intérêt des scientifiques depuis le XVIIIe siècle, mais les connaissances taxonomiques du genre sont insatisfaisantes. Les premières classifications basées sur la variation de couleur et de taille ont divisé les Eresus européennes en de nombreuses espèces. Celles-ci ont ensuite été regroupées en une seule morphospépécie prédominante, Eresus niger / E. cinnaberinus, que l’on pouvait trouver du Portugal à l’Asie centrale. Řezác & al. (2008) effectuent une révision majeure des Eresus d’Europe du Nord et d’Europe centrale en utilisant des données morphologiques, phénologiques, d’habitat, de distribution et moléculaires. Trois espèces, Eresus kollari, Eresus sandaliatus et Eresus moravicus (sp. nov.) ont été distinguées. Le nom Eresus niger (à l’origine Aranea nigra) ne peut pas être utilisé car le nom a été employée pour une espèce d’Araignée déjà existante. Le nom Eresus cinnaberinus est considéré comme un nomen dubium car non attribuable à une espèce précise. Les trois espèces diffèrent par leur taille, leur couleur, la forme de leur prosome et de leurs organes copulatoires, leur phénologie, et ont des besoins d’habitats légèrement différents. Aucune forme morphologiquement intermédiaire n’a été enregistrée. Contrairement à une morphologie et une phénologie distinctes, le genre est génétiquement complexe. Ainsi les haplotypes mitochondriaux d’Eresus sandaliatus et Eresus moravicus sont monophylètiques, tandis que ceux d’Eresus kollari sont paraphylétiques. La kollari d’Europe centrale orientale est probablement une lignée hybride entre les deux premiers taxons. Comme les kollari d’Europe orientale et occidentale sont morphologiquement et phénologiquement indissociables, elles ne sont pas formellement séparées. Cependant, des recherches détaillées sur les populations pourraient à l’avenir la diviser en plusieurs espèces.

  • Eresus niger (nomen dubium), Eresus cinnaberinus (nomen dubium)
  • Le taxon exact réellement présent en France est en définitive Eresus sandaliatus. Le taxon cinnaberinus des auteurs, correspondant de fait à trois espèces réparties dans la zone Paléarctique : Eresus sandaliatus occidentale et Eresus moravicus orientale et Eresus kollari plus centrale, résultat d’une hybridation génétique stabilisée entre les deux premiers taxons. Le nom d’Eresus niger ne peut pas être utilisé car il désignait lors de sa description sous Aranea nigra une autre espèce existant déjà, celui d’Eresus cinnaberinus est un nom incertain (nomen dubium) et ne permet pas en conséquence de désigner correctement aucun des trois taxon.
  • On trouve Eresus sandaliatus en Europe du nord et centrale, depuis le nord de l’Italie au sud de la Norvège, Grande Bretagne ainsi qu’en Turquie. Elle est en voie de disparition en Grande-Bretagne où on l’a considérée comme disparue au cours du XXe siècle, mais qui a été retrouvée en 1979 (une seule localité). Tardi-printanière, elle s’observe en mai-juin. Dimorphisme sexuel spectaculaire, les femelles passent inaperçues malgré leur grande dimensions.
  • Araignée coccinelle [2008], Érèse noire – Eresus niger (nomen dubium)Eresus cinnaberinus (nomen dubium)
  • Cette espèce a été nommée tour à tour, avec plus ou moins de bonheur, Eresus niger ou Eresus cinnaberinus. Elle s’observe en Afrique du Nord, en Europe centrale et méridionale et semble se répandre jusqu’en Asie centrale. Elle vit à altitude moyenne et s’observe le plus souvent en automne. Des individus photographiés en Isère par Guy Bourderionnet, ou par Pascal Dubois en Ardèche, ayant les pattes postérieures marquées de roux sont à attribuer à cette espèce à mon avis. Norbert Verneau ([2002])1 signale que les mâles qu’il désigne sous Eresus niger ignicomis Simon, 1914, réputée être sous-espèce des plaines de Corse, ont les pattes noires avec des anneaux blancs, mêlées de roux. Il illustre ce taxon qui semble être conforme à Eresus kollari. Il ajoute pour les formes d’altitude Eresus niger tricolor Simon, 1873 qui sont indistincts en ce qui concerne les mâles, si bien qu’il ne semble s’agir que de deux formes repérables par l’examen des femelles.
  • Cette espèce, nouvellement distinguée, est connue en Europe médio-centrale, depuis la Suisse à la Roumanie. Les mâles ont chez elle les pattes postérieures totalement rousses.
Eresus moravicus, femelle – [Public Domain] – S.Moravsky – Wikipedia
  • Řezác M., Pekar S. & Johannesen J. 2008 – Taxonomic review and phylogenetic analysis of central European Eresus species (Araneae : Eresidae). – Zoologica Scripta, 37 : 263-287.
  • [Verneau R. 2002] – Corsic’Arachne. – En ligne, mise à jour en 2002. – ONLINE
  • Walckenaer C.A. 1805 – Tableau des aranéides ou caractères essentiels des tribus, genres, familles et races que renferme le genre Aranea de Linné, avec la désignation des espèces comprises dans chacune de ces divisions. – Paris : 88 pp.

  1. Les descriptions données par Norbert Verneau ([2002]) pour la Corse, distinguent les femelles des populations d’altitude attribuées à tricolor qui ont une céphalothorax noir, parsemé de soies gris clair à brun clair, avec des dessins rouges sur les côtés et des soies rouges sur les chélicère, les pattes étant noires avec une pubescence gris-clair, avec d’éventuelles soies blanches. La forme littorale ignicomis a le céphalothorax parsemé de soies rouges, les chélicères étant pour partie rouge-orangé et les pattes sont noires avec des touffes de soies rouges ou blanches. Les mâles des deux populations ne sont pas distincts, si bien que les deux taxons distingués par les femelles ne semblent être que des formes locales. ↩︎